1. Once Upon a Time… in Hol­ly­wood – Quentin Taran­ti­no
2. Glass – M. Night Shya­malan
3. Dragged Across Con­crete – S. Craig Zahler
4. Mon­rovia, Indi­ana – Fred­er­ick Wise­man
5. La Mule – Clint East­wood
6. The Irish­man – Mar­tin Scors­ese
7. Asako I&II – Ryū­suke Ham­aguchi
8. Gem­i­ni Man – Ang Lee
9. Domi­no – Bri­an De Pal­ma
10. Être vivant et le savoir – Alain Cav­a­lier

Que nous a racon­té le ciné­ma en 2019 ? Peut-être, d’abord, qu’il fait plus que jamais l’objet de muta­tions et de trans­for­ma­tions, comme en témoignent en fil­igrane les deux pre­miers films de notre classe­ment, Once Upon a Time… in Hol­ly­wood de Quentin Taran­ti­no et Glass de M. Night Shya­malan. Deux films de cinéastes encore jeunes mais déjà chevron­nés, qui ont livré des fic­tions ten­tac­u­laires aux­quelles, étrange coïn­ci­dence, se sont gref­fées d’une manière ana­logue des scènes du passé, revis­itées par la magie du numérique. Dans Glass, il s’agit bien enten­du de cer­taines scènes (dont deux coupées) du sub­lime Incass­able et de Split, et surtout d’une séquence de train dont l’appendice tisse une toile entre les trois films de cette trilo­gie. Taran­ti­no s’est quant à lui attelé à réin­ve­stir les images de la fin des six­ties, celles, nobles, du ciné­ma et les autres, impures, des feuil­letons pop­u­laires et des pub­lic­ités. Dans les deux cas, les fig­ures s’incrustent dans les images mais aus­si, dans un geste là encore voisin, font face à l’écran pour bris­er la glace qui les enferme (Glass) ou y coller leurs pieds (Once Upon a Time…) et ain­si mieux franchir la fron­tière qui sépare la fic­tion du réel. De fait, les dénoue­ments de ces films, par­mi les plus émou­vants de l’année, s’achèvent sur un trav­el­ling ascen­dant et deux chemins dis­tincts menant à une même libéra­tion : dans Glass, ce sont des mains qui se lient tan­dis que les images sor­tent de leurs boîtes, quand dans Once Upon a Time…, les portes du ciné­ma, mais aus­si ses bras (ceux de Sharon Tate), s’ouvrent enfin pour accueil­lir un acteur qui ne rêvait que de cette étreinte.

Que le ciné­ma sorte de sa boîte ou s’ouvre à ce qui d’ordinaire en restait exclu con­stitue juste­ment l’une des ten­dances dont fait état ce classe­ment. 2019 fut le théâtre d’une nou­velle étape dans l’accélération de la remise à plat des con­di­tions d’accès aux films. Out­re The Irish­man (6ème), Mar­riage Sto­ry (11ème), lui aus­si dif­fusé sur Net­flix, finit aux portes du top, et par­mi les titres les plus plébisc­ités fig­urent deux sor­ties directe­ment passées par la case VOD/DVD, Domi­no (8ème) et surtout Dragged Accross Con­crete (Traîné sur le bitume en ver­sion française), sur­prenant 3ème. Deux séries tirent égale­ment leur épin­gle du jeu : Mind­hunter (13ème) et Too Old To Die Young (citée deux fois). Aux lecteurs qui fron­ceront les yeux en voy­ant des séries fray­er avec des films, on répon­dra que si une série n’est assuré­ment pas un film, elle peut en revanche être con­sid­érée, au cas par cas, comme du ciné­ma - dans le sens où il est pos­si­ble de la voir et de l’analyser comme on le fait pour un film, à par­tir des plans, du mon­tage, de l’ensemble des élé­ments qui appar­ti­en­nent au champ du ciné­ma. L’un des défis de la cri­tique aujourd’hui est qu’il lui faut autant ren­dre compte de ce qui joue dans le ciné­ma que chercher l’endroit où il se trou­ve. Ce décloi­son­nement, s’il pose quelques ques­tions (où pos­er exacte­ment la lim­ite qui sépare une con­cep­tion tra­di­tion­nelle du ciné­ma de ses images satel­li­taires ou cousines ?), n’en ouvre pour­tant pas moins de nou­veaux hori­zons et invite à explor­er des zones inter­mé­di­aires.

Mais la dis­lo­ca­tion de cer­tains repères habituels ne s’arrête pas à la ques­tion de la porosité accrue entre le grand et le petit écran : si le ciné­ma de fes­ti­val s’avère moins représen­té qu’attendu (en dépit d’une édi­tion can­noise pour­tant con­sid­érée comme la meilleure depuis un moment), c’est aus­si parce que cer­tains films pas­sion­nants, mais aux pro­fils moins aimables et con­sen­suels, n’ont pas (encore ?) trou­vé le chemin des salles. Out­re Jacques Per­con­te, plusieurs fois cité en men­tions spé­ciales avec Or / Aour, Vien­na, dont l’œu­vre con­tin­ue de suiv­re admirable­ment son cours en dehors des cir­cuits tra­di­tion­nels, Mek­toub, My Love : Inter­mez­zo d’Abdellatif Kechiche ou encore Vitali­na Varela de Pedro Cos­ta sont à ce jour sans date de sor­tie.

L’expérience

Reste que ce sont les films, davan­tage que leur “pro­fil” ou leurs con­di­tions de pro­duc­tion et de dis­tri­b­u­tion, qui nous ren­seignent sur un cer­tain état du ciné­ma. La présence de nom­breux auteurs très expéri­men­tés (l’axe East­wood-Wise­man-Scors­ese-De Pal­ma-Cav­a­lier) illus­tre par exem­ple moins un vieil­lisse­ment des forces vives du sep­tième art qu’il ne met en valeur des œuvres qui comptent par­mi les plus aven­tureuses de l’année. East­wood relance sa car­casse flétrie sur la route, dix ans après Gran Tori­no, en même temps qu’il change pour la pre­mière fois en vingt ans de chef-opéra­teur ; Cav­a­lier fait d’un film impos­si­ble un essai peu­plé de natures mortes ; The Irish­man raje­u­nit numérique­ment les fig­ures usées des fresques scors­esi­ennes ; Wise­man aus­culte le corps usé et ago­nisant de l’Amérique rurale. Quant à De Pal­ma et son mal aimé Domi­no, il met en scène la fab­rique des images dégénérées de Daesh et les mécan­ismes ciné­matographiques de la ter­reur.

D’expérimentation, il aura été aus­si ques­tion dans Gem­i­ni Man d’Ang Lee, un film dont l’esthétique se voit en l’occurrence dif­fi­cile­ment retranch­able du cadre de la salle (et plus encore : de cer­taines salles adap­tées), tant elle repose sur la pro­jec­tion en 120 images par sec­onde et la 3D. Si ce sont donc bien les cinéastes expéri­men­tés qui se sont mon­trés les plus joueurs, notons toute­fois la présence de con­fir­ma­tions et de quelques révéla­tions. D’abord, S. Craig Zahler, dont le troisième film, Dragged Across Con­crete, a fait l’unanimité, puis Ryū­suke Ham­aguchi, qui con­firme avec Asako I&II les espoirs placés en lui après Sens­es. Notons enfin la 12ème place d’Un Grand voy­age dans la nuit, deux­ième film de Bi Gan, mais aus­si La Lib­erté de Guil­laume Mas­sart (15ème) et Ne Croyez surtout pas que je hurle de Frank Beau­vais (17ème), deux films qui con­fir­ment par ailleurs l’attachement de la revue au doc­u­men­taire (qua­tre titres dans les vingt pre­miers).

Classements des rédacteurs

Syl­vain Blandy

1. Once Upon a Time… in Hol­ly­wood — Quentin Taran­ti­no
2. Mind­hunter, sai­son 2 — David Finch­er, Andrew Dominik et Carl Franklin
3. Mon­rovia, Indi­ana — Fred­er­ick Wise­man
4. Glass — M. Night Shya­malan
5. La Mule — Clint East­wood
6. Être vivant et le savoir — Alain Cav­a­lier
7. Gem­i­ni Man — Ang Lee
8. Domi­no — Bri­an de Pal­ma
9. Dragged Across Con­crete — S. Craig Zahler
10. La Lib­erté — Guil­laume Mas­sart

Men­tion spé­ciale : Mek­toub, My Love : Inter­mez­zo d’Abdellatif Kechiche (mon­tage can­nois).

Damien Bonel­li

1. Once Upon a Time… in Hol­ly­wood — Quentin Taran­ti­no
2. Dragged Across Con­crete — S. Craig Zahler
3. Le Lac aux oies sauvages — Diao Yi’­nan
4. Mar­riage Sto­ry — Noah Baum­bach
5. Asako I&II — Ryū­suke Ham­aguchi
6. A Bread Fac­to­ry, Part 2 : Un petit coin de para­dis — Patrick Wang
7. Mon­rovia, Indi­ana — Fred­er­ick Wise­man
8. The Irish­man — Mar­tin Scors­ese
9. Douleur et Gloire — Pedro Almod­ó­var
10. Mid­som­mar — Ari Aster

Télévi­sion : Mind­hunter, sai­son 2 et The Deuce, sai­son 3.

Chloé Cav­il­li­er

1. Asako I&II — Ryū­suke Ham­aguchi
2. Mon­rovia, Indi­ana — Fred­er­ick Wise­man
3. Mar­riage Sto­ry — Noah Baum­bach
4. Por­trait de la jeune fille en feu — Céline Sci­amma
5. Los Silen­cios — Beat­riz Seign­er
6. Au bout du monde — Kiyoshi Kuro­sawa
7. M — Yolande Zauber­man
8. Vien­dra le feu — Oliv­er Laxe
9. Être vivant et le savoir — Alain Cav­a­lier
10. La Vie invis­i­ble d’Eurídice Gus­mão — Karim Aïnouz

Olivia Coop­er-Had­jian

1. Syn­onymes — Nadav Lapid
2. La Vie invis­i­ble d’Eurídice Gus­mão — Karim Aïnouz
3. Ne croyez surtout pas que je hurle — Frank Beau­vais
4. Être vivant et le savoir — Alain Cav­a­lier
5. M — Yolande Zauber­man
6. La Lib­erté — Guil­laume Mas­sart
7. Once Upon a Time… in Hol­ly­wood — Quentin Taran­ti­no
8. Dragged Across Con­crete — S. Craig Zahler
9. Le Bel Été — Pierre Cre­ton
10. Une fille facile — Rebec­ca Zlo­tows­ki

Men­tions spé­ciales : The Sou­venir de Joana Hogg, Green­er Grass de Joce­lyn DeBoer et Dawn Luebbe, Mek­toub, My Love : Inter­mez­zo d’Ab­del­latif Kechiche, Ama­ra de Pierre Mich­e­lon et Oroslan de Mat­jaž Ivanišin.

Stel­la Doukhan

1. Gem­i­ni Man — Ang Lee
2. La Mule — Clint East­wood
3. Glass — M. Night Shya­malan
4. Le Roi Lion — Jon Favreau
5. Or / Aour, Vien­na — Jacques Per­con­te
6. The Irish­man — Mar­tin Scors­ese
7. Domi­no — Bri­an De Pal­ma
8. Once Upon a Time … in Hol­ly­wood — Quentin Taran­ti­no
9. Mar­riage sto­ry — Noah Baum­bach
10. Toy Sto­ry 4 — Josh Coo­ley

Men­tion spé­ciale : Bien­v­enue à Mar­wen de Robert Zemeck­is.

Fab­rice Fuentes

1. Dragged Across Con­crete — S. Craig Zahler
2. Le Traître — Mar­co Bel­loc­chio
3. Mar­riage Sto­ry — Noah Baum­bach
4. Bacu­rau — Kle­ber Men­donça Fil­ho et Juliano Dor­nelles
5. Glass — M. Night Shya­malan
6. Jeanne — Bruno Dumont
7. La Mule — Clint East­wood
8. Par­a­site — Bong Joon-ho
9. Ad Astra — James Gray
10. Too Old to Die Young — Nico­las Wind­ing Refn

Marin Gérard

1. Glass — M. Night Shya­malan
2. Dragged Across Con­crete — S. Craig Zahler
3. Asako I&II — Ryū­suke Ham­aguchi
4. Once Upon a Time… in Hol­ly­wood — Quentin Taran­ti­no
5. La Mule — Clint East­wood
6. Un Grand voy­age vers la nuit — Bi Gan
7. Green Book : Sur les routes du sud — Peter Far­rel­ly
8. A Bread Fac­to­ry, Part 2 : Un petit coin de par­adis — Patrick Wang
9. Une vie cachée — Ter­rence Mal­ick
10. The Irish­man — Mar­tin Scors­ese

Men­tions spé­ciales : Four­teen de Dan Sal­litt, The Beach Bum de Har­mo­ny Korine, La Flor de Mar­i­ano Llinás.

Thomas Grignon

1. Once Upon a Time… in Hol­ly­wood — Quentin Taran­ti­no
2. Un Grand voy­age vers la nuit — Bi Gan
3. Dragged Across Con­crete — S. Craig Zahler
4. The Irish­man — Mar­tin Scors­ese
5. Glass — M. Night Shya­malan
6. La Mule — Clint East­wood
7. Asako I&II — Ryū­suke Ham­aguchi
8. Domi­no — Bri­an De Pal­ma
9. Green Book : Sur les routes du sud — Peter Far­rel­ly
10. Les Éter­nels — Jia Zhang-ke

Men­tions spé­ciales : une chèvre et trois pylônes élec­triques dans Au bout du monde de Kiyoshi Kuro­sawa, le dessin d’un enfant retrou­vé des années plus tard dans Douleur et Gloire de Pedro Almod­ó­var et la presta­tion de Zahia Dehar dans Une fille facile de Rebec­ca Zlo­tows­ki.

Corentin Lê

1. Glass — M. Night Shya­malan
2. Un Grand voy­age vers la nuit — Bi Gan
3. The Irish­man — Mar­tin Scors­ese
4. Once Upon a Time… in Hol­ly­wood — Quentin Taran­ti­no
5. Le Roi Lion — Jon Favreau
6. Mon­rovia, Indi­ana — Fred­er­ick Wise­man
7. Une vie cachée — Ter­rence Mal­ick
8. Too Old to Die Young — Nico­las Wind­ing Refn
9. Domi­no — Bri­an de Pal­ma
10. Gem­i­ni Man — Ang Lee

Men­tion spé­ciale : Or / Aour, Vien­na de Jacques Per­con­te.

Thomas Lequeu

1. Glass — M. Night Shya­malan
2. Once Upon a Time… in Hol­ly­wood — Quentin Taran­ti­no
3. The Irish­man — Mar­tin Scors­ese
4. Mon­rovia, Indi­ana — Fred­er­ick Wise­man
5. Dragged Across Con­crete — S. Craig Zahler
6. Vien­dra le feu — Oliv­er Laxe
7. La Vie invis­i­ble d’Eurídice Gus­mão — Karim Aïnouz
8. La Lib­erté — Guil­laume Mas­sart
9. Roubaix, une lumière — Arnaud Desplechin
10. Être vivant et le savoir — Alain Cav­a­lier et La Mule — Clint East­wood

Adrien Mit­ter­rand

1. Douleur et Gloire — Pedro Almod­ó­var
2. Once Upon a Time… in Hol­ly­wood — Quentin Taran­ti­no
3. Ne croyez surtout pas que je hurle — Frank Beau­vais
4. Au bout du monde — Kiyoshi Kuro­sawa
5. Mar­tin Eden — Pietro Mar­cel­lo
6. Glass — M. Night Shya­malan
7. Ad Astra — James Gray
8. The Irish­man — Mar­tin Scors­ese
9. La Cordil­lère des songes — Patri­cio Guzmán
10. Par­a­site — Bong Joon-Ho

Antho­ny Mor­eira

1. Glass — M. Night Shya­malan
2. La Mule — Clint East­wood
3. Once Upon a Time… in Hol­ly­wood — Quentin Taran­ti­no
4. Mon­rovia, Indi­ana — Fred­er­ick Wise­man
5. Domi­no - Bri­an De Pal­ma
6. Mind­hunter, sai­son 2 (épisodes 2 et 3) — David Finch­er
7. Gem­i­ni Man — Ang Lee
8. Être vivant et le savoir — Alain Cav­a­lier
9. The Irish­man — Mar­tin Scors­ese
10. Green Book : Sur les routes du sud — Peter Far­rel­ly

Men­tions spé­ciales :  Dragged Across Con­crete de S. Craig Zahler, Bien­v­enue à Mar­wen de Robert Zemeck­is et le par­cours Livre d’image au Théâtre Nan­terre-Amandiers.

Josué Morel

1. Once Upon a Time… in Hol­ly­wood — Quentin Taran­ti­no
2. Glass — M. Night Shya­malan
3. Mon­rovia, Indi­ana — Fred­er­ick Wise­man
4. Mind­hunter, sai­son 2 (épisodes 1, 2 et 3) — David Finch­er
5. La Mule — Clint East­wood
6. Dragged Across Con­crete — S. Craig Zahler
7. Gem­i­ni Man — Ang Lee
8. Domi­no — Bri­an de Pal­ma
9. The Irish­man — Mar­tin Scors­ese
10. Être vivant et le savoir — Alain Cav­a­lier

Men­tions spé­ciales : Mek­toub, My Love : Inter­mez­zo d’Abdellatif Kechiche et Vitali­na Varela de Pedro Cos­ta (inédits en salle), Or / Aour, Vien­na de Jacques Per­con­te, un départ soudain (Asako I&II), la 3D du Roi Lion, le maître des fonds verts (Spi­der­man : Far from Home), une porte qui s’ou­vre (Green Book), une jeune mutante (Ali­ta : Bat­tle Angel), un petit trem­ble­ment de terre (Bien­v­enue à Mar­wen), une fila­ture (Le Lac aux oies sauvages), des retrou­vailles (Une vie cachée, Douleur et Gloire), un mot lâché dans la douleur (Le Jeune Ahmed), une fourchette (Toy Sto­ry 4) et un corps bur­lesque (Fabi­en Fenet dans Jeanne).