par
Ana Ilic
Les premières secondes de La Grève convoquent les images d’un monde du travail qui semble voué à sa propre inertie : des femmes exécutent dans le plus grand calme des gestes répétitifs, eux-mêmes scandés par le mouvement monotone de machines bien réglées. Mais une ouvrière casse l’ordre, en rejoignant ses collègues devant son usine, alors qu’on entend alternativement l’Hymne des…
par
Étienne Cimetière-Cano
Il faut attendre une demi-heure pour comprendre où veut en venir Drunken Noodles. Chapitré en quatre parties, le film s’organise de manière antéchronologique (chaque chapitre est un « flashback » du précédent), sans pour autant que cette structure soit de prime abord explicitée ; ce n’est qu’au milieu du deuxième segment que l’on saisit soudain la composition de l’ensemble. Le…
par
Josué Morel
On revient beaucoup ces derniers mois sur une notion que l’on pensait acquise : c’est quoi, au juste, un auteur ? La manifestation d’un style, d’une écriture, d’un regard, d’un ton, d’un ensemble de problèmes travaillés et retravaillés de film en film ? Ou un statut à décorréler des films eux-mêmes et qui serait alimenté par une somme d’instances : la critique, les festivals,…
par
Audrey Colard
Au début d’Affection affection, le scénario présente très classiquement sa protagoniste, Géraldine (Agathe Bonitzer) ainsi que son entourage : sa mère qu’elle vient de retrouver après de longues années d’absence, Jérôme, un homme plus âgé qu’elle fréquente ou encore Kenza, sa belle-fille, qu’elle vient de rencontrer. Mais ce qui est moins attendu, c’est que les proches de la jeune femme…
par
Josué Morel
Quel rapport Toledano et Nakache, papes de la comédie populaire, entretiennent-ils à la société française et à la chose politique ? Juste une illusion, leur dernier film, permet de faire le point. C’est la première fois que le titre d’un film d’Éric Toledano et Olivier Nakache n’affiche pas une limpidité en symbiose avec la rondeur du feel-good movie propre à leur…
par
Adrien Mitterrand Munch
Tout commence dans un diner, par l’irruption d’un homme étrange (Sam Rockwell) qui annonce venir du futur dans le but de trouver sept personnes à même de stopper la création d’une IA responsable de la fin du monde. Capable de voyager dans le temps autant de fois que nécessaire, il explique également que ses nombreuses tentatives lui ont permis de…
par
Diogo Serafim
Zeki Demirkubuz, connu en Turquie pour sa rivalité de longue date avec Nuri Bilge Ceylan, n’avait jamais vu l’un de ses films sortir en France. Avec Hayat, Demirkubuz porte à l’écran un projet longtemps différé, l’idée du scénario remontant à plus de trente-cinq ans. Ce temps de maturation se reflète dans un film qui semble à la fois synthétiser certains…
par
Clémence Duhornay
Le nouveau film de Carla Simón n’est pas sans lien avec Été 93, son premier long-métrage qui creusait déjà une veine autobiographique : comme la petite Frida et désormais l’héroïne de Romería, la cinéaste n’a jamais connu ses parents, tous deux morts du SIDA dans les années 1980. Dès le début de son voyage en Galice pour rencontrer la famille…
par
Robin Vaz
La sortie conjointe de The World is Full of Secrets et An Evening Song (For Three Voices), les deux premiers films de Graham Swon (réalisés respectivement en 2018 et 2023), offre l’occasion de découvrir en France un cinéaste indépendant américain au style déjà affirmé. Celui-ci tient à la rencontre entre une volonté d’investir des formes narratives singulières (le récit oral…
par
Juliette Conti
En 2022, dans Stars at Noon, Claire Denis avait déjà démontré qu’elle éprouvait plus d’intérêt pour le corps de ses jeunes acteurs que pour le cadre nicaraguayen, qu’elle diluait, entre deux étreintes, dans une intrigue politique confuse et maladroite. Dans Le Cri des gardes, même le corps, le fameux cinéma du corps cher à la cinéaste, rend les armes. Si…
par
Josué Morel
Super Mario Galaxy est animé par deux dynamiques irréconciliables. La première consiste à envisager l’univers du plombier moustachu comme la matrice d’un film oscillant entre l’action débridée et le slapstick – ce qui revient, en gros, à jouer une partition héritée des films de Buster Keaton à partir d’une matière tantôt ronde (les bouilles de personnages sujets à de nombreuses…
par
Juliette Conti
À la toute fin de la trilogie Wives, l’une des trois protagonistes, Heidrun (Frøydis Armand) s’effondre en apprenant que l’idée générale du roman qu’elle avait commencé à écrire, qui raconte comment une femme achète le manteau d’une ancienne prostituée puis décide de prendre sa place, a déjà été exploitée par un homme quelques années auparavant. Mais au fond, qu’importe : comme…
par
Luca Mongai
Le générique d’Hélène Trésore Transnationale donne le la : la petite caméra numérique de la cinéaste, avec son image aux contrastes appuyés, promène son regard sur des fleurs perdues au milieu des buissons. Le film dans son ensemble sera mû par le même esprit : il s’agit pour la cinéaste de glaner les anecdotes d’Hélène Hazera. Femme trans et activiste…
par
Fabrice Fuentes
Les bons sentiments font rarement les bons films. Avec Plus fort que moi de Kirk Jones, cette lapalissade trouve un exemple probant. Ce biopic sur John Davidson, un Écossais atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, s’ouvre sur un épisode célèbre : alors que la reine Elizabeth en personne s’apprête à lui remettre la médaille de membre de l'Ordre de…
par
Daniel Akhoun
« Personne ne les écoute au tribunal » : dans une vidéo précédant de quelques minutes le meurtre de Javier Chocobar, chef de la communauté Chuschagasta, son futur assassin résume quel traitement est réservé aux indigènes qui ont le malheur de se plaindre des expropriations dont ils sont victimes. En 2018, après neuf ans d’impunité, le procès s’ouvre. Si la voix…
par
Juliette Conti
Depuis Sick of Myself, présenté à Cannes en 2022 dans la sélection Un Certain Regard, Kristoffer Borgli a réussi sa migration vers Hollywood grâce à un sens bien recherché de la lourdeur. Alors que son premier film, encore produit en Norvège, faisait peser sur les bras d’une jeune serveuse tous les vices d’un narcissisme d’époque dans une maigre satire des…
par
Diogo Serafim
Carlotta organise une rétrospective de l'œuvre de Seijun Suzuki, centrée sur la fin de sa période contractuelle avec la Nikkatsu, durant laquelle il réalisa quarante films en douze ans. La programmation retient neuf titres de cette phase : La Jeunesse de la bête, Les Fleurs et les Vagues, La Barrière de chair, Histoire d’une prostituée, La Vie d’un tatoué, Carmen…
par
Robin Vaz
Le plus beau plan des Saisons est aussi son dernier : le long des branches d’un immense chêne-liège, la caméra glisse lentement jusqu’au tronc, avant de remonter vers de nouveaux rameaux qui s’élèvent jusqu’au ciel. La grâce de ce mouvement sinueux transcende l’horizon de la seule description et synthétise le principe du film, qui entend révéler l’harmonie secrète d’un espace.…
par
Robin Vaz
Film semi-autobiographique, Un jour avec mon père aborde l’Histoire nationale nigériane par le prisme d’un récit resserré : Folarin guide ses deux fils aux quatre coins de Lagos lors de la journée électorale de 1993, qui mènera à une grave crise politique. Dans l’une des premières séquences, l’un des rares temps morts du film, les deux enfants cherchent simplement à…
par
Audrey Colard
À peine honorée d’un prix saluant l’ensemble de sa carrière de styliste, Lina s’éclipse de la cérémonie et, à l’abri des regards, se débarrasse de son trophée en le jetant au fond d’une poubelle. Le motif de la chute se poursuit dans la séquence suivante : alors qu’elle traverse un pont, la jeune femme se laisse subitement tomber dans les…