Super Mario Galaxy est ani­mé par deux dynamiques irré­c­on­cil­i­ables. La pre­mière con­siste à envis­ager l’univers du plom­bier mous­tachu comme la matrice d’un film oscil­lant entre l’action débridée et le slap­stick – ce qui revient, en gros, à jouer une par­ti­tion héritée des films de Buster Keaton à par­tir d’une matière tan­tôt ronde (les bouilles de per­son­nages sujets à de nom­breuses méta­mor­phoses), tan­tôt car­rée (les décors inspirés des jeux de plate­forme met­tant en scène Mario et ses amis). Ce pan du film, il ne faut pas com­plète­ment le bal­ay­er d’un revers de la main : Aaron Hor­vath et Michael Jelenic instal­lent un cer­tain nom­bre de sit­u­a­tions présen­tant un poten­tiel scénique, qu’il s’agisse d’un espace cubique à la grav­ité fluc­tu­ante, faisant de chaque mur un sol que les per­son­nages peu­vent fouler, ou d’un dan­gereux couloir dont les chausse-trappes et pièges sont activés en direct par les antag­o­nistes. Cette dynamique achoppe cepen­dant sur la sec­onde : il ne s’agit pas seule­ment de prélever divers élé­ments de la fran­chise pour en tir­er un film à part entière, mais d’envisager le film comme une vit­rine. Le générique de fin le for­mule sans détour, en rejouant l’ensemble du réc­it sous la forme d’un petit spec­ta­cle de mar­i­on­nettes. Des vignettes qui font surtout penser, par la sophis­ti­ca­tion dont elles font preuve der­rière leur fac­ture bricolée, aux tableaux ani­més des galeries des grands mag­a­sins à Noël.

Chaque séquence est ain­si moins tra­vail­lée par une logique ciné­tique que référen­tielle : il faut faire ren­tr­er dedans un max­i­mum de références, de jeux – Mario Galaxy, donc, mais aus­si Yoshi’s Island, Super Mario Mak­er, etc. – et même d’autres licences Nin­ten­do, telles que Pik­min ou Star Fox. C’est d’autant plus dom­mage que le film, plus encore que le pre­mier (plutôt défendu dans ces colonnes), fai­sait de son point de départ une ode à la plas­tic­ité en opposant deux per­son­nages, Har­mo­ny et Bows­er Junior (auquel Ben­ny Safdie, ex-enfant ter­ri­ble du ciné­ma améri­cain indépen­dant, prête sa voix), dont les pou­voirs relèvent d’une mise en abyme de l’animation elle-même. Le reje­ton de la tortue malé­fique est notam­ment doté d’un pinceau mag­ique à par­tir duquel il peut don­ner vie à n’importe quelle créa­ture. Très belle idée, emprun­tée à Mario Sun­shine, mais aus­si très beau symp­tôme, puisque l’instrument a le pou­voir de matéri­alis­er l’imagination de celui qui l’utilise. Sera-t-on sur­pris que Super Mario Galaxy n’en fasse pas grand-chose ?