Tout com­mence dans un din­er, par l’irruption d’un homme étrange (Sam Rock­well) qui annonce venir du futur dans le but de trou­ver sept per­son­nes à même de stop­per la créa­tion d’une IA respon­s­able de la fin du monde. Capa­ble de voy­ager dans le temps autant de fois que néces­saire, il explique égale­ment que ses nom­breuses ten­ta­tives lui ont per­mis de se rap­procher, peu à peu, de la com­po­si­tion du groupe par­fait. S’engage alors une aven­ture artic­ulée entre deux types de scènes : d’une part, des flash­backs nar­rant les événe­ments les plus récents de la vie des mem­bres de cette équipe bricolée, et de l’autre, des scènes con­sacrées à l’accomplissement de leur mis­sion.

Les pre­mières tis­sent de petites his­toires mêlant tech­nolo­gie et fan­tas­tique, à la manière d’un Black Mir­ror bouf­fon. Dans l’une d’entre elles, des lycéens zomb­i­fiés par leurs smart­phones attaque­nt des pro­fesseurs qui, pour se défendre, brico­lent des armes sur le mod­èle des pis­to­lets de Mars Attacks !. Le film de Tim Bur­ton est d’ailleurs cité par le per­son­nage inven­teur du gad­get, avant d’autres clins d’œil à la sci­ence-fic­tion des années 1980–90. Ce trait atteste du prob­lème majeur du film : son regard daté. Verbin­s­ki a beau align­er les signes de con­tem­po­ranéité, il n’en tire qu’un pas­tiche peu inspiré – cf. cette vision d’une IA malé­fique, tri­an­gle lumineux sur un écran en mesure d’hypnotiser instan­ta­né­ment celui qui le regarde.

Les scènes « au présent » ne sont guère plus con­va­in­cantes. Les péripéties du groupe, qui pro­gressent vers un endroit incon­nu pour men­er une quête aux con­tours flous (les per­son­nages n’apprenant que tar­di­ve­ment com­ment vain­cre l’IA), adoptent un style car­toonesque et par­fois gore rap­pelant le ciné­ma d’Edgar Wright. Mais le ton se veut ici plus mor­dant : le voyageur du futur, qui peut décider de repar­tir dans le passé à tout moment si les choses tour­nent mal, prend des allures de Mon­sieur loy­al com­men­tant l’action et le sort, par­fois funeste, de ses com­pagnons mal­adroits. Ce détache­ment, ajouté à la démesure dont fait preuve peu à peu le réc­it, par­ticipe d’une déréal­i­sa­tion de plus en plus pro­fonde, au point que l’on soupçonne rapi­de­ment que l’intrigue se passe dans un jeu vidéo ou une réal­ité virtuelle, voire une matrice façon­née par l’IA. Cette piste peine toute­fois à pro­duire des visions : mal­gré la bizarrerie de cer­taines sit­u­a­tions, la pau­vreté de l’imaginaire pro­posé prive cette étrange odyssée de toute appari­tion un tant soit peu sur­prenante. Ni inquié­tant, ni drôle, le film de Verbin­s­ki, dont le logi­ciel paraît bien obsolète, ne fait qu’aligner des visions cri­ardes et périmées.