Le générique d’Hélène Tré­sore Transna­tionale donne le la : la petite caméra numérique de la cinéaste, avec son image aux con­trastes appuyés, promène son regard sur des fleurs per­dues au milieu des buis­sons. Le film dans son ensem­ble sera mû par le même esprit : il s’agit pour la cinéaste de glan­er les anec­dotes d’Hélène Haz­era. Femme trans et activiste (notam­ment chez le Front homo­sex­uel d’action révo­lu­tion­naire et Act-Up), Haz­era a été entre autres actrice, poète, pre­mière jour­nal­iste trans­genre de France et ani­ma­trice radio. Judith Abit­bol entend faire de cette vie pro­téi­forme un mod­èle de l’expérience trans elle-même : sur l’écran s’affichent régulière­ment le pré­fixe trans, plusieurs de ses sig­ni­fi­ca­tions (au-delà, à tra­vers, etc.) et cer­tains verbes qui en sont dérivés (trans­met­tre, trans­gress­er, etc.). Le procédé souligne que le par­cours d’Hélène, à l’image du terme « trans », est car­ac­térisé par une grande plu­ral­ité d’horizons.

Pour ten­ter d’accéder à la vérité de cette femme aux nom­breuses facettes, la cinéaste mul­ti­plie les con­ver­sa­tions filmées au plus près de son vis­age. Dans cet esprit de prox­im­ité, les gestes du quo­ti­di­en occu­pent une place de choix et témoignent de petites bizarreries qui font le sel du por­trait : on pense notam­ment à ce seg­ment où Haz­era nous emmène dans sa salle de bains pour que nous soyons témoins d’un rit­uel qui lui tient à cœur, à savoir le lavage de ses culottes.

Mais si ces détails parsemés ici ou là attes­tent la sin­gu­lar­ité de la jour­nal­iste, le film adopte une mise en scène trop rigide pour ren­dre véri­ta­ble­ment compte de la den­sité de son exis­tence. Adop­tant la forme d’un long entre­tien filmé, il repose avant tout sur les sou­venirs et les anec­dotes égrainés. Entre les con­ver­sa­tions, elles-mêmes ponc­tuées d’images d’archives, la cinéaste inter­cale pour­tant des inter­mèdes plus expéri­men­taux – par­fois assez beaux, tels ces longs plans sur­ex­posés sur la mer et ses rayons, ou cer­taines surim­pres­sions dédou­blant les paysages alen­tour –, mais qui appa­rais­sent avant tout comme des orne­ments ou des par­en­thès­es impres­sion­nistes. Dom­mage car, de bout en bout, on sent que le film est tra­vail­lé par la ten­dresse et l’amitié d’Abitbol envers Haz­era, per­son­nage trop mécon­nu du grand pub­lic et que la cinéaste voudrait faire con­naître plus large­ment.