Film semi-auto­bi­ographique, Un jour avec mon père abor­de l’Histoire nationale nigéri­ane par le prisme d’un réc­it resser­ré : Folar­in guide ses deux fils aux qua­tre coins de Lagos lors de la journée élec­torale de 1993, qui mèn­era à une grave crise poli­tique. Dans l’une des pre­mières séquences, l’un des rares temps morts du film, les deux enfants cherchent sim­ple­ment à tromper leur ennui. Les jeux et chamail­leries sont pour­tant vite par­a­sités par quelques inserts étranges : des four­mis qui trans­portent un cadavre d’insecte, un zoom dans l’obscurité sur les végé­taux qui bor­dent leur mai­son, etc. Ces irrup­tions ont valeur de présage : quelque chose est tapi dans l’ombre ; le quo­ti­di­en banal com­mence à se lézarder et sera bien­tôt boulever­sé. 

L’unité tem­porelle per­met ain­si à Aki­no­la Davies Jr de jouer tout au long du film avec une série de petits décrochages qui con­trari­ent le flux de l’action. Il s’agit aus­si bien de ren­con­tres impromptues du père avec d’anciennes con­nais­sances, que d’annonces à la télévi­sion ou de l’apparition de la police – autant d’éléments par lesquels le con­texte nation­al et le passé de Folar­in, lié à une organ­i­sa­tion poli­tique clan­des­tine, font effrac­tion dans l’après-midi passé en famille. L’idée est d’abord promet­teuse, en ce qu’elle restitue la per­cep­tion des enfants face à une sit­u­a­tion qu’ils ne com­pren­nent pas entière­ment. Pour le spec­ta­teur aus­si, les enjeux poli­tiques ne sont pas tout à fait explic­ités, mais émer­gent dans l’inquiétante fébril­ité qui pèse sur la ville en ce jour d’élection. Le cinéaste a toute­fois la main de plus en plus lourde, si bien que ces rup­tures devi­en­nent rapi­de­ment étouf­fantes : des oiseaux de mau­vais augure, des mil­i­taires de pas­sage filmés au ralen­ti, un saigne­ment de nez suivi de la brève appari­tion d’un vis­age incon­nu qu’on iden­ti­fiera unique­ment à la fin du film, etc. L’enjeu sem­ble moins de met­tre en scène un point de vue que mul­ti­pli­er les effets d’annonce pour injecter une ten­sion dra­ma­tique arti­fi­cielle. Alors que ces décalages voudraient ménag­er leur petit effet de mys­tère, ils finis­sent plutôt par don­ner l’impression d’un teas­ing tour­nant en rond.