par
Bastien Gens
« Aujourd’hui, je me considère comme l’homme le plus chanceux au monde. » Franny, un vieux monsieur qui assiste chaque dimanche à un match de baseball amateur, se répète à lui-même le discours prononcé par Lou Gehrig au Yankee Stadium lors de son dernier match, en 1939. Déclamée deux fois, au matin et à la nuit tombée – soit au…
par
Corentin Lê
« Un mélange baroque, excessif, opaque, hétérogène » : c’est ainsi que l’hippopotame Pepe, qui raconte son destin tragique depuis le monde des morts, résume à la fin du film le récit alambiqué qu’il vient de déployer. Si la chronologie des événements narrés s’avère en fin de compte assez limpide – un hippopotame est enlevé à sa Namibie natale pour…
par
Marin Gérard
Après Cow, Bird agrandit le bestiaire d’Andrea Arnold tout en marquant le retour à la fiction de la cinéaste anglaise. Si l’on interprète d’abord ce titre de façon symbolique, la caméra suivant les pas de Bailey (Nykiya Adams), une enfant de 12 ans aux portes de l’adolescence (donc prête à prendre son envol), il trouve en réalité une signification plus…
par
Corentin Lê
Au début de Mufasa : Le Roi Lion, les parents du futur souverain de la savane lui décrivent les contours de « Milele », une vallée luxuriante et en tout point opposée au désert aride dans lequel les trois personnages errent le ventre vide. Au fil de ce premier numéro chanté, le monde numérique se transforme autour des félins :…
par
Pierre-Jean Delvolvé
En marge d’une rétrospective à la Cinémathèque française, Mathieu Macheret décrivait F. W. Murnau comme « le grand poète de la nuit ». Il ajoutait : « La nuit murnaldienne agit comme un renversement des règnes et des équilibres » où la réalité « cesse d’être familière pour libérer l’entrelacs des forces occultes qui grouillaient au-dedans ». Nosferatu le vampire…
par
Corentin Lê
« J’adore tellement baiser », dit Heraldo, personnage principal de Motel Destino, à son amante et copropriétaire du love hotel dans lequel il se cache pour échapper à un gang lancé à ses trousses. Débridé et libidineux, le nouveau film de Karim Aïnouz après l’affreux Jeu de la Reine, ne l’est qu’en surface : si les scènes de sexe y…
par
Luca Mongai
La peinture que fait Planète B d’un futur dystopique est à l’image du film : brouillonne. L’action se situe en 2039, à l’heure où une France autoritaire enferme ses opposants (ici, des « écoterroristes ») dans une prison virtuelle en forme d’île isolée – la planète B. De ce postulat, Aude Léa Rapin tire une série de visions convenues qui…
par
Camille Bouthors
Katia et Maurice Krafft sont alsaciens et volcanologues. Mariés en 1970, ils parcourent le monde entier, filment et photographient cent soixante-quinze volcans, deviennent célèbres puis meurent tragiquement, le 3 juin 1991, dans l’éruption du mont Unzen au Japon. Leur légende romantique est bien installée : plusieurs livres leur sont consacrés, ainsi qu’un documentaire de Sara Dosa. Si Werner Herzog se fiche…
par
Jean-Sébastien Massart
« Coward » s'entend dire le jeune Leonard Fife (Jacob Elordi) au moment où le sergent-instructeur qui vient de l'examiner le déclare inapte au service militaire. La séquence, qui se situe à la fin de Oh, Canada, résume tout ce que la laborieuse confession de Fife a voulu mettre au jour, peut-être dans l’espoir d’une absolution : l’aveu de sa propre lâcheté,…
par
Adrien Mitterrand Munch
Difficile d’expliquer précisément ce que cherche à raconter The Wall, tant le film semble tiraillé entre plusieurs dynamiques. Partons du titre : le mur en question est celui érigé sur la frontière américano-mexicaine pendant le premier mandat de Donald Trump. Dans ses meilleures scènes, le film explore les espaces qui le bordent, du poste frontalier où Jessica Comley (Vicky Krieps) vient…
par
Luca Mongai
La langue universelle dont parle le titre se révèle être le farsi. C’est la première bizarrerie du film – et pas la dernière –, puisque l’action est située au Canada, dans une version alternative de la ville de Winnipeg où l’anglais aurait disparu, le français subsisterait et le farsi serait la langue dominante. Ce renversement ne sera jamais véritablement explicité,…
par
Robin Vaz
Dans Noël à Miller’s Point, Tyler Taormina pousse la logique du film choral, particulièrement adaptée aux rassemblements de fin d’année (Gens de Dublin, Un conte de Noël, etc.), jusqu’à atomiser le réveillon de Noël d’une famille italo-américaine (très) élargie en une myriade de petites vignettes. Après quelques minutes, on comprend que cet éclatement sert de principe structurant au film :…
par
Clément Colliaux
Avant de devenir l’auteur renommé du Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry fut pilote en Amérique du Sud au sein de l’Aéropostale, pour laquelle il assura la livraison de courriers lors de périlleux vols autour de la Cordillère des Andes. Situé durant l’une de ces aventures aériennes, qui voit l’aviateur partir à la recherche de son ailier Henri Guillaumet après sa…
par
Louise Bertin
Dans le traveling inaugural de Vingt dieux, la caméra de Louise Courvoisier suit, de dos, un homme portant un fût de bière à travers une fête de village, avant d'aller à la rencontre du personnage principal ; clope au bec et le verbe haut, il est illuminé par la lumière de l'été, donnant au plan son caractère éclatant. Accent jurassien,…
par
Josué Morel
Avec la sulfureuse figure d’Édouard Limonov, remise au goût du jour en 2011 par la biographie d’Emmanuel Carrère (qui fait d’ailleurs une brève apparition dans le film), Serebrennikov semble avoir trouvé un personnage à son image et taillé pour son cinéma : insupportable, imbu de lui-même, rock’n roll et destroy. À partir de sa trajectoire bigger than life, le réalisateur russe signe une…
par
Pierre-Jean Delvolvé
En haut d’un donjon, une flaque d'eau reflète à l’envers le chapeau d’une sorcière qui, sous cet angle, fait alors penser à une tornade. Dans ce plan-séquence inaugural, c’est comme si la « tornade » Elphaba, la célèbre « Wicked Witch », s’abattait en effet sur le monde coloré d’Oz (dont la couleur apparaissait justement dans le film de Victor…
par
Robin Vaz
Le titre énigmatique du troisième long-métrage de Virgil Vernier prend son sens à la moitié du film, alors qu’Afine (Zakaria Bouti), un escort de Monaco, énumère en voix off une série de nombres par ordre croissant en débutant par cent. Comme indiqué par un échange de SMS dans la séquence précédente, ce point de départ correspond au tarif d’une passe,…
par
Robin Vaz
Avec Grand Tour, les admirateurs de Miguel Gomes sont en terrain familier, tant ce sixième long-métrage reconduit de nombreuses caractéristiques qui ont fait le sel de son esthétique : le croisement entre fiction et documentaire dont le cinéaste est coutumier depuis Ce cher mois d’août, le noir et blanc granuleux qui évoque celui de Tabou; ou encore un romanesque anachronique et une façon…
par
Bastien Gens
Victor Kossakovski fait des films depuis trente ans et la discrétion qui entoure son œuvre en France n’a d’égal que la recherche spectaculaire qui l’irrigue. Le cinéaste russe envisage le geste documentaire comme un coup de force expérimental : qu’il soit immense (les antipodes de la planète dans ¡Vivan las Antipodas!) ou infime (une rue de Saint-Pétersbourg filmée pendant une…
par
Pierre-Jean Delvolvé
Pour son premier long-métrage, Alexis Langlois revendique un désir d’hybridation en entrelaçant culture populaire et underground queer, rires bouffons et larmes romantiques, spectacle trivial et mélancolie sentimentale. De prime abord, iel semble avoir trouvé le meilleur écrin pour ce projet. Narrant de manière rétrospective l’histoire d’amour passionnée de Mimi Madamour – une chanteuse pop victorieuse d’un télécrochet type « Nouvelle…