Dif­fi­cile d’expliquer pré­cisé­ment ce que cherche à racon­ter The Wall, tant le film sem­ble tirail­lé entre plusieurs dynamiques. Par­tons du titre : le mur en ques­tion est celui érigé sur la fron­tière améri­cano-mex­i­caine pen­dant le pre­mier man­dat de Don­ald Trump. Dans ses meilleures scènes, le film explore les espaces qui le bor­dent, du poste frontal­ier où Jes­si­ca Com­ley (Vicky Krieps) vient tra­vailler chaque jour, aux pas­sages inter­lopes emprun­tés par les Amérin­di­ens vivant dans la région. Philippe Van Leeuw esquisse de cette manière une petite géo­gra­phie de ce bout du monde, sorte de no man’s land qui change de nature selon le point de vue adop­té. La police des fron­tières monte la garde comme elle le ferait aux abor­ds d’une forter­esse, les immi­grés le tra­versent tête bais­sée telles des proies traquées par des chas­seurs, tan­dis que les Amérin­di­ens s’y dépla­cent libre­ment, faisant fi de cette démar­ca­tion entre deux pays qu’ils ne recon­nais­sent pas. Les lignes dess­inées par ces déplace­ments con­stituent l’aspect le plus con­va­in­cant du film, en ce qu’elles fig­urent une con­flict­ual­ité, avec d’un côté les allers-retours des policiers par­al­lèles au tracé du mur, et de l’autre les pas­sages des Amérin­di­ens et des migrants, per­pen­dic­u­laires à la fron­tière. Le cli­max du film survient d’ailleurs au terme d’une longue séquence en mon­tage alterné, durant laque­lle ces lignes se rap­prochent l’une de l’autre jusqu’à ce qu’une cat­a­stro­phe éclate lors de leur croise­ment.

De part et d’autre

Ce motif récur­rent de la croix matéri­alise par ailleurs une autre oppo­si­tion : celle des dif­férents rap­ports au chris­tian­isme qu’entretiennent les per­son­nages. L’agent Com­ley, cru­ci­fix autour du cou, s’imagine en croisée, investie d’une mis­sion divine. Au con­traire, l’Amérindien Zeke (Ezekiel Velas­co, plus ou moins dans son pro­pre rôle) dis­pose – en croix ! – des bouteilles d’eau sur le sol à des­ti­na­tion des mal­heureux per­dus dans le désert. La dis­tinc­tion s’avère quelque peu sché­ma­tique, mais elle a le mérite d’énoncer à quel point l’interprétation de devise états-uni­enne, « In God we trust », peut servir des aspi­ra­tions con­tra­dic­toires.

Le véri­ta­ble prob­lème de The Wall tient à ce que le film s’alourdit à mesure qu’il brosse le por­trait de Jes­si­ca, comme s’il s’agissait de trou­ver des excus­es à sa dérive vio­lente. Cette ten­ta­tion de la bavure proviendrait-elle de l’éducation raciste de son père red­neck, ou encore de l’intégration de codes néces­saires pour sur­vivre en tant que femme dans un milieu vir­iliste tel que la police ? Ces pistes, trop nom­breuses pour être suff­isam­ment tra­vail­lées, se fondent dans une approche psy­chol­o­gisante qui finit par tomber à plat. Reste la colère émanant des traits crispés de Vicky Krieps, qui auraient large­ment suf­fi à fig­ur­er l’intériorité d’un per­son­nage sous influ­ence, per­suadé de bien faire son devoir.