Critikat

Anatomie d’une chute, ou le cinéma français au tribunal

par Josué Morel

Au-delà de ses mérites et défauts, la dernière Palme d’or soulève une question : pourquoi depuis quelques années le cinéma français passe-t-il autant de temps au tribunal ? Lors du dernier Festival de Cannes, on reconnaissait dans ces colonnes des qualités au film de Justine Triet, sans être pourtant tout à fait convaincus. Ce sentiment n’a depuis pas fluctué, mais la Palme…

La beauté du geste — épiphanies actorales

par La rédaction

Qu'ils renferment l'essence d'une actrice ou d'un acteur, ou qu'ils révèlent un part insoupçonnée de leur jeu, certains gestes permettent de circonscrire plus précisément la singularité d'une présence. En voici quelques-uns.  Les mains de Meryl Streep (Sur la route de Madison) Sur le siège passager du pick-up de Robert (Clint Eastwood), Francesca (Meryl Streep) croise et décroise les bras, compte…

Eyes Wide Shut en odorama

par Jean-Sébastien Massart

Le 28 juin dernier, le Festival du Film de Fesses proposait une séance spéciale d’Eyes Wide Shut en odorama. Retour sur la genèse d’un projet inédit, chapeauté par Anastasia Rachman, responsable de la programmation du festival et Martin Jaccard, codirecteur du Journal d’un anosmique. Avant d’interroger les trois parfumeurs qui ont créé les odeurs du film – Alexandra Carlin, Pierre…

Keanu Reeves, le dernier vestige ?

par Jean-Sébastien Massart

Depuis presque vingt-cinq ans, Keanu Reeves est abonné aux costumes noirs : ce fut d’abord le look cyberpunk-cuir de Neo dans Matrix, puis celui, plus classique, de John Wick. Dans cette franchise où l’art de tuer voisine avec une sorte de lifestyle associé à l’élégance (en témoigne l’attention méticuleuse portée sur le choix d’une veste ou d’une chemise en prévision…

Sur les traces de Johan van der Keuken

par Fabrice Fuentes

Du 16 juin au 17 septembre, Le Jeu de Paume rendra hommage au photographe et cinéaste Johan van der Keuken. Profitons de cette exposition pour extraire quelques lignes de force à l’intérieur d’un cinéma travaillé autant par le jaillissement du réel que par la part aveugle du regard. Au Bhoutan, un homme gravit une montagne. La montée sur le sentier…

INLAND EMPIRE, « restauré » ou altéré ?

par Étienne Cimetière-Cano

Abusivement présenté ici et là comme une « restauration », la remastérisation d’INLAND EMPIRE par Janus Films soulève plusieurs questions liées à la retouche des films, qui atteint aujourd’hui un nouveau point de perfectionnement avec le recours aux intelligences artificielles génératives. La frontière entre la nécessaire préservation de films dégradés et la recherche d’images toujours plus dénuées d’aspérités, au risque de les aseptiser,…

Jeux indépendants, le secret derrière l’écran

par Adrien Mitterrand Munch

Qu’implique l’exploration d’un monde numérique ? Telle est la question que pose cette série d’analyses, en revenant sur les approches singulières et inventives d’une poignée de jeux vidéo. Troisième et dernier volet : les jeux d’exploration indépendants, qui nous invitent à reconsidérer la nature même des territoires que l’on arpente. Dans les sagas Zelda et Silent Hill, explorer implique d’accomplir…

Peter Bogdanovich, ou l’innocence perdue

par Clément Colliaux

Durant le mois d’avril, la Cinémathèque Française a consacré une rétrospective (presque) intégrale à Peter Bogdanovich, disparu en janvier 2022. C’est l’occasion de revenir sur certains de ses films moins en vue, qui mettent en lumière la part élégiaque de son cinéma. L’une des plus belles séquences de La Dernière Séance (1971), dans laquelle Sam « The Lion » emmène…

Aftersun et Tàr, une subtilité en question

par Josué Morel

Rebond sur deux films sortis en début d’année. À première vue, Aftersun et Tàr n’ont formellement pas grand-chose à voir. Ils visent toutefois chacun une complexité de façade à partir de deux stratégies communes : le morcellement et le signal. C’est une scène d’Aftersun, film défendu dans nos colonnes (ici et là), mais qui a fait débat au sein de la…

Jeanne Dielman dans la pénombre

par Corentin Lê

Après avoir emmené un client jusqu’à sa chambre, Jeanne Dielman referme la porte derrière elle, laissant la caméra de Chantal Akerman, à l’autre bout, filmer le couloir vide. Par un jump cut, la luminosité de l’appartement passe alors d’un éclairage légèrement tamisé à l’obscurité. On le comprend sans peine : le rapport tarifé a eu lieu le temps de cette…

John Carpenter ou le mensonge américain

par Jean-Sébastien Massart

Révisons Carpenter : la mini-rétrospective que le distributeur Splendor Films consacre, à partir du 12 avril, au cinéaste américain, nous offre l'occasion de revoir cinq films réalisés entre 1970 et 1988. À côté de Dark Star, son moyen-métrage de fin d’études, le corpus se compose de deux dystopies (New York 1997 et Invasion Los Angeles) et de deux autres films plus…

Joanna Hogg, redécouverte

par Alexandre Moussa

Il aura fallu attendre que The Souvenir fasse connaître en France la cinéaste britannique Joanna Hogg pour que ses films précédents – Unrelated (2007), Archipelago (2010) et Exhibition (2013) – trouvent enfin le chemin de nos écrans. Ils circonscrivent pourtant mieux la beauté et la singularité de son cinéma insulaire que l’ample diptyque autobiographique qui a valu à l’autrice sa notoriété internationale…

Silent Hill, le sentiment des confins

par Adrien Mitterrand Munch

Qu’implique l’exploration d’un monde numérique ? Telle est la question que pose cette série d’analyses, en revenant sur les approches singulières et inventives d’une poignée de jeux vidéo. Deuxième volet : la saga Silent Hill, où s’ouvre un chemin vers un terrifiant au-delà. Les premiers jeux qualifiés de « survival horror », tel Alone in the Dark, reposaient essentiellement sur l’exploration…

Zelda, le territoire imaginé

par Adrien Mitterrand Munch

Qu'implique l’exploration d’un monde numérique ? Telle est la question que pose cette série d'analyses, en revenant sur les approches singulières et inventives d'une poignée de jeux vidéo. Premier volet : la saga The Legend of Zelda qui, depuis trois décennies, propose aux joueurs d’imaginer un territoire avant de l'arpenter. The Legend of Zelda, l’art d’ouvrir un passage Au début…

Revoir Titanic

par Hugo Mattias

« Quel baratin, chef ! » Couché dans un sous-marin dernier cri, le nez collé au hublot, Brock Lovett fait son numéro. Le discours est ampoulé, le regard faussement absorbé et la petite caméra qui enregistre la mascarade tourne sur elle-même en un travelling racoleur. De l’autre côté de la vitre, l’objet du « baratin » se dévoile dans toute sa majesté…

Sammy Fabelman, monteur

par Corentin Lê

Dans une scène centrale de The Fabelmans, Sammy, le jeune avatar de Steven Spielberg, monte un film familial à première vue anodin, avant de faire l’expérience d’un déchirement. Pour consoler sa mère endeuillée, Mitzi (Michelle Williams), le jeune Sammy Fabelman (Gabriel LaBelle) se résout à assembler, sur la table de montage Mansfield 8mm que lui a offert son père (Paul…

Fluidité du cinéma de Jonás Trueba

par Chloé Cavillier

Au début de Venez voir, le visage d’Itsaso Arana, émue par la mélodie d’un pianiste, se dévoile au sein d’un plan dont la durée étirée permet de discerner progressivement certains détails, qu’il s’agisse de sa manière de pincer discrètement son cou, de ses brefs sourires ou encore de son regard qui brille légèrement. Les scènes de concert, récurrentes dans le…

James L. Brooks, pas d’espace entre nous

par Hugo Mattias

Cela fait douze ans, depuis le magnifique Comment savoir, que James L. Brooks n'a pas tourné. Ses films restent une source de lumière inépuisable à laquelle on vient régulièrement s'abreuver.  Au cœur du triangle amoureux que forment Jane, Tom et Aaron, les trois protagonistes de Broadcast News (1987), se niche un épineux problème de mise en scène. Désireux d’asseoir sa…

2022, trois rattrapages

par La rédaction

Avant de dévoiler le top 10 de la rédaction, petit rattrapage de trois films de 2022 non évoqués jusqu’ici dans nos colonnes. La musique de Petite Solange Compositeur hermannien chez Nicolas Pariser (Le Parfum vert), maître d'œuvre d'une comédie musicale pour Serge Bozon (Don Juan), Benjamin Esdraffo a également signé, avec la courte bande originale de Petite Solange d'Axelle Ropert (constituée…

L’attrait des profondeurs (Barbare)

par Corentin Lê

La première partie de Barbare de Zach Cregger contient une séquence terrifiante et ludique, qui nous invite à descendre dans l’abîme pour renouer avec une forme d’horreur primitive : la peur du noir. La scène débute sur une situation archétypale : un personnage descend dans une cave, dont la porte se ferme à clef derrière son passage. Tess (Georgina Campbell),…