par
Stella Doukhan
La scène du sacrifice de Walt Kowalski (Clint Eastwood) à la fin de Gran Torino s’ouvre sur un immeuble dont seule la lumière qui en émane indique qu’il est habité. L’éclairage s’avère d’autant plus visible qu'il se distingue par contraste d’un extérieur parfaitement obscur. Là où l’intérieur, par l’éclairage, manifeste la présence – le remplissement – d’habitants, l’extérieur dégage à…
par
Corentin Lê
Kaili Blues et Un Grand voyage vers la nuit, les deux premiers films de Bi Gan, ont pour singularité de faire cohabiter deux dispositifs distincts. Le premier se compose d’une série de fragments raccrochés les uns aux autres par un montage jouant sur la béance et la porosité (évoquant, par exemple, le 2046 de Wong Kar-Wai), tandis que le second…
par
Corentin Lê
Dans Un 22 juillet, le dernier film de Paul Greengrass diffusé en octobre sur Netflix, le cinéaste britannique choisissait de mettre en scène de manière concise les attentats d’Oslo et d’Utøya qui, en 2011, firent 77 morts et plus d’une centaine de blessés. Au bout d’une demi-heure de film, nous avions déjà tout vu : les préparatifs et le mode…
par
Louis Barroy
Le présent texte poursuit une réflexion, entamée avec Ready Player One et poursuivie avec Rampage et La Prophétie de l’horloge, sur les formes ouvertes par le cinéma numérique. [C’est une scène d’Harry Potter et le Prince de sang-mêlé : Harry, plongeant sa tête dans la Pensine, se trouve immédiatement transmué en témoin d’un souvenir lointain de Dumbledore. Ce qui importe…
par
Louis Barroy
Halloween s’ouvre sur un générique — plastiquement porté par un zoom avant sur une citrouille éclairée de l’intérieur — dont l’objet peut être ressaisi de deux façons. La première tendance consiste à priver la citrouille de tout contexte (de fait, elle émerge du noir comme d’un fond sans fond) et à transformer chacun de ses éléments constitutifs (trous, traits, épaisseur,…
par
Louis Barroy
Le présent texte poursuit une réflexion, entamée avec Ready Player One et poursuivie avec Rampage, sur les formes ouvertes par le cinéma numérique. 1. La Prophétie de l’horloge se clôt sur l’image d’un fauteuil qui, animé numériquement, éternue. Ce plan fait suite à un certain nombre de micro-événements disséminés au creux du film, renvoyant pour chacun d’eux à l’existence d’un…
par
Jérôme d'Estais, Martin Schneller
Terezín ou Theresienstadt, ancienne ville de garnison située dans la région des Sudètes en Tchécoslovaquie, est construite entre 1780 et 1790 par l’empereur Joseph II, qui lui donne ce nom en l’honneur de sa mère Marie-Thérèse. La bourgade se trouve transformée en prison de la Gestapo en 1940, avant que les nazis ne la convertissent en camp de concentration pour…
par
Louis Barroy
0. C’était l’avant-dernier plan, très spielbergien, de Jurassic World : deux personnages s’en allaient, selon leurs propres mots, vers la lumière comme vers la « survie ». Or ce faisant, ils s’éloignaient du refuge de fortune installé pour les victimes du premier parc, si bien que la survie procédait moins d’une logique de confinement que d’un élan presque abstrait vers l’aventure. Autrement…
par
Adrien Mitterrand Munch
Le vertige que provoque encore le visionnage de Perfect Blue vingt ans après sa sortie est sidérant. Il ne s’agit pas seulement d’un écho lointain de l’impact initial du film, qui reste encore perceptible bien au-delà de l’archipel. Revoir le premier film de Satoshi Kon en 2018 est surtout l’occasion de se rendre compte à quel point ce jeune réalisateur…
par
Louis Barroy
Le présent texte poursuit une réflexion, entamée avec Ready Player One, sur les formes ouvertes par le cinéma numérique. Rampage s’ouvre sur un raccord qui dit déjà tout haut son ambition numérique : aux logos des maisons de production, transformés en un amas de pixels, succède, après deux intertitres jetés sur fond noir, un plan sur l’espace infini – et,…
par
Louis Barroy
Ready Player One s’ouvre sur une scène qui l’inscrit immédiatement dans la continuité des derniers films de Spielberg : le jeune Wade Watts (Tye Sheridan) tente de se frayer un chemin parmi les préfabriqués superposés, les écrans publicitaires et les débris de voitures formant la trame architecturale de Columbus, Ohio. Le spectacle est moins celui du lieu, approché par une…
par
Josué Morel
Mektoub, My Love : Canto uno, comme nous l'évoquions ici, présente une inflexion dans le regard de Kechiche, regard qui jusqu'ici butait sur un nœud dont il faut retracer la généalogie pour pleinement comprendre le renversement opéré par ce nouveau film. Serge Daney disait, dans une maxime reprise jusqu'à l'usure, que le cinéma promettait le monde et non la société…
par
Louis Barroy
La Caméra de Claire s’achève sur un plan de la tout juste licenciée et probablement ré-engagée Manhee (Kim Min-hee) rangeant ses affaires dans une boîte comme on refermerait un cercueil. Ce plan, apparemment simple et rythmé par le déroulement d’un ruban adhésif, ne peut être compris qu’à l’aune de l’évolution récente du cinéma de Hong Sang-soo. C’est que, depuis Seule…
par
Frédéric Caillard
La sortie en DVD il y a quelques mois de deux westerns d’Alfred L. Werker (Three Hours to Kill - Trois heures pour tuer - et The Last Posse - La Dernière Chevauchée - chez Sidonis Calysta) n’a malheureusement toujours pas permis à leur réalisateur d’atteindre la reconnaissance qu’il mérite. On ne peut même pas parler de réhabilitation, le nom…
par
Maël Mubalegh
Article publié en partenariat avec La Nouvelle Revue Pédagogique Genre iconique du classicisme hollywoodien, le western, dans sa forme originelle, est a priori très éloigné de notre cinéma européen. Pour son troisième long-métrage de cinéma – onze ans après le remarqué Sehnsucht – la réalisatrice Valeska Grisebach en reprend pourtant les codes. Dans Western, elle s'intéresse en effet à un groupe de travailleurs allemands détachés – dont…
par
Josué Morel
The Return : cette troisième saison de Twin Peaks est l’histoire d’un voyage ; un voyage du spectateur pour revenir à l’étrangeté familière de la série des années 1990 autant qu’un voyage de Dale Cooper pour retrouver sa mémoire et son identité. Mais le principe même du « retour » se fond surtout dans un mouvement, celui-là même que David Lynch s’est donné comme…
par
Louis Barroy
On se méfie de l’image. Toujours moins digne de croyance qu’une parole vivante ou que la matière pure, l’image, toute déformée qu’elle est, se trouve systématiquement ramenée à ses contours ou à ce qui, prétend-on, se montre en elle. Cette méfiance est l’une des marques de toute l’œuvre de Lynch, lui qui toujours accorda un privilège immense à l’imaginaire de…
par
Louis Barroy
Qui est Margaret Lanterman ? C’est, d’abord et avant tout, un signe : celle qui, grâce à sa bûche comme medium, traduit à sa manière propre l’idéalité du sens. L’extrême modestie de ce personnage vient de ce que le propre du signe est que le regard jamais ne doit s’arrêter sur lui (comme signifiant), mais bien plutôt être renvoyé à…
par
Josué Morel
Au début de l’épisode 14, une apparition grinçante vient perturber pendant quelques secondes le cours d’une situation a priori anodine : alors que Gordon Cole est sur le point de prendre une tasse de café avec ses collègues, une silhouette surgit subitement derrière une fenêtre voilée et nettoie la vitre d'une suite de gestes stridents et rapides. L’agent du FBI à…
par
Josué Morel
Au milieu du superbe épisode 10, une scène stupéfiante vient rompre sans heurts la drôlerie qui régissait alors le récit : Gordon Cole (interprété par Lynch lui-même) ouvre la porte de sa chambre de sa porte d'hôtel et voilà qu'apparaît, le temps de quelques secondes, un fantôme. Ce fantôme, précisons-le, n'est pas seulement une apparition, c'est aussi la résurgence d'une…