Critikat

Carrie au bal du Diable

par Louis Barroy

C’est une scène très célèbre des Oiseaux : sur le parking d’une station-essence, un homme explose et se consume avec sa voiture, alors que Melanie (Tippi Hedren), rivée avec d’autres clients de passage à la fenêtre de la station, avait d’abord tenté de le prévenir de ne pas allumer sa cigarette. Or le seul montage de la séquence vient suggérer…

Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald

par Louis Barroy

Le présent texte poursuit une réflexion, entamée avec Ready Player One et poursuivie avec Rampage et La Prophétie de l’horloge, sur les formes ouvertes par le cinéma numérique. [C’est une scène d’Harry Potter et le Prince de sang-mêlé : Harry, plongeant sa tête dans la Pensine, se trouve immédiatement transmué en témoin d’un souvenir lointain de Dumbledore. Ce qui importe…

Halloween : La Nuit des masques

par Louis Barroy

Halloween s’ouvre sur un générique — plastiquement porté par un zoom avant sur une citrouille éclairée de l’intérieur — dont l’objet peut être ressaisi de deux façons. La première tendance consiste à priver la citrouille de tout contexte (de fait, elle émerge du noir comme d’un fond sans fond) et à transformer chacun de ses éléments constitutifs (trous, traits, épaisseur,…

La Prophétie de l’horloge

par Louis Barroy

Le présent texte poursuit une réflexion, entamée avec Ready Player One et poursuivie avec Rampage, sur les formes ouvertes par le cinéma numérique. 1. La Prophétie de l’horloge se clôt sur l’image d’un fauteuil qui, animé numériquement, éternue. Ce plan fait suite à un certain nombre de micro-événements disséminés au creux du film, renvoyant pour chacun d’eux à l’existence d’un…

La Prophétie de l’horloge

par Louis Barroy

Le présent texte poursuit une réflexion, entamée avec Ready Player One et poursuivie avec Rampage, sur les formes ouvertes par le cinéma numérique. 1. La Prophétie de l’horloge se clôt sur l’image d’un fauteuil qui, animé numériquement, éternue. Ce plan fait suite à un certain nombre de micro-événements disséminés au creux du film, renvoyant pour chacun d’eux à l’existence d’un…

14 notes sur Jurassic World : Fallen Kingdom

par Louis Barroy

0. C’était l’avant-dernier plan, très spielbergien, de Jurassic World : deux personnages s’en allaient, selon leurs propres mots, vers la lumière comme vers la « survie ». Or ce faisant, ils s’éloignaient du refuge de fortune installé pour les victimes du premier parc, si bien que la survie procédait moins d’une logique de confinement que d’un élan presque abstrait vers l’aventure. Autrement…

Rampage

par Louis Barroy

Le présent texte poursuit une réflexion, entamée avec Ready Player One, sur les formes ouvertes par le cinéma numérique. Rampage s’ouvre sur un raccord qui dit déjà tout haut son ambition numérique : aux logos des maisons de production, transformés en un amas de pixels, succède, après deux intertitres jetés sur fond noir, un plan sur l’espace infini – et,…

Ready Player One

par Louis Barroy

Ready Player One s’ouvre sur une scène qui l’inscrit immédiatement dans la continuité des derniers films de Spielberg : le jeune Wade Watts (Tye Sheridan) tente de se frayer un chemin parmi les préfabriqués superposés, les écrans publicitaires et les débris de voitures formant la trame architecturale de Columbus, Ohio. Le spectacle est moins celui du lieu, approché par une…

La Caméra de Claire

par Louis Barroy

La Caméra de Claire s’achève sur un plan de la tout juste licenciée et probablement ré-engagée Manhee (Kim Min-hee) rangeant ses affaires dans une boîte comme on refermerait un cercueil. Ce plan, apparemment simple et rythmé par le déroulement d’un ruban adhésif, ne peut être compris qu’à l’aune de l’évolution récente du cinéma de Hong Sang-soo. C’est que, depuis Seule…

Rio Grande

par Louis Barroy

Il suffit de revenir un instant sur l’ouverture de Rio Grande pour saisir le mouvement éminemment fordien que suivra son écriture. Des plans fixes se succèdent, chaque rupture étant amenée par l’événement-avènement d’une ligne nouvelle : A. La ligne du fleuve. Le fleuve divise l’espace en deux rives : d’un côté, de hauts mesas ; de l’autre, une rive plate,…

Le 15h17 pour Paris

par Louis Barroy

Il y avait quelque chose de fatalement intrigant à ce qu’Eastwood, pour adapter l’affaire de l’attentat déjoué du Thalys, fasse appel aux trois Américains qui s’y illustrèrent réellement (soit : en désarmant le terroriste et en secourant l’un des passagers). C’est que son cinéma s’est toujours tenu du côté du non-refilmable, de l’unité tragique de l’événement qui, dès lors qu’il…

Cinquante nuances plus claires

par Louis Barroy

Il sera difficile de reprocher à la trilogie Cinquante nuances de Grey, au moment où elle se clôt, de n’avoir pas suivi un parcours cohérent. Ce parcours consiste en une modification profonde du rapport à la signification. La série, de fait, s’était ouverte sur un univers infesté, débordé par la signification : parce que, pour Anastasia Steele (Dakota Johnson), la…

Que le Diable nous emporte

par Louis Barroy

Que le Diable nous emporte commence à l’extérieur de la gare de Marseille, quand Camille (Fabienne Babe) ramasse le téléphone portable que Suzy (Isabelle Prim) y avait perdu. Tout semble a priori concourir à faire de cette scène une séquence aplanie et triviale, réductible à la netteté de sa lumière, de ses enjeux et de l’univers sans qualité dans laquelle…

La Villa

par Louis Barroy

Une fratrie se retrouve pour veiller sur un père qui, assis tranquillement sur un balcon plongeant dans une calanque quasi déserte, se meurt. Tous les personnages, passant sur ce balcon en forme de broche, arrivent avec un trauma sous le bras et dépasseront pourtant l’épreuve du négatif au profit d’une positivité que serait, à grande échelle, l’auto-définition d’une communauté excédant,…

Notre pain quotidien

par Louis Barroy

Un jeune couple ruiné hérite d’une ferme qu’il va tenter de faire fructifier avec le soutien de toute une communauté d’exclus : de ce récit typique de la Grande Dépression, Notre pain quotidien tire un triple apprentissage, forcément problématique, de la polysémie du travail. Le premier apprentissage est celui de la nécessité de travailler le mythe américain, compris comme une…

Twin Peaks, saison 3 — Le Retour des images

par Louis Barroy

On se méfie de l’image. Toujours moins digne de croyance qu’une parole vivante ou que la matière pure, l’image, toute déformée qu’elle est, se trouve systématiquement ramenée à ses contours ou à ce qui, prétend-on, se montre en elle. Cette méfiance est l’une des marques de toute l’œuvre de Lynch, lui qui toujours accorda un privilège immense à l’imaginaire de…

Twin Peaks, saison 3 : épisode 15

par Louis Barroy

Qui est Margaret Lanterman ? C’est, d’abord et avant tout, un signe : celle qui, grâce à sa bûche comme medium, traduit à sa manière propre l’idéalité du sens. L’extrême modestie de ce personnage vient de ce que le propre du signe est que le regard jamais ne doit s’arrêter sur lui (comme signifiant), mais bien plutôt être renvoyé à…

La Chasse au lion à l’arc

par Louis Barroy

À chaque vision d’un film de Rouch, le premier sentiment est celui, chaque fois relancé avec la même acuité, d’une infinie modestie. Il suffit de voir le premier plan de cette Chasse au lion à l’arc, récit de l’enchaînement des campagnes de chasse menées par le groupe de Gow au Niger, pour s’en convaincre : un homme joue de la…

La La Land

par Louis Barroy

Il faut attendre le – très beau – dénouement de La La Land pour que son sujet véritable, auparavant dissimulé sous les ors du joli pastiche, éclate dans sa pleine évidence, et sous la forme d’un constat tout simple : il s’agissait là, depuis le début, d’une comédie musicale statuant que la comédie musicale, précisément, ne pouvait plus exister. Que raconte…

La Prunelle de mes yeux

par Louis Barroy

L’échec complet de La Prunelle de mes yeux d’Axelle Ropert a ceci de regrettable que le film ambitionnait, en faisant évoluer l’action dans un monde entièrement autonome, dépourvu d’un quelconque ancrage dans le réel ou de considérations sociologiques, de se frayer un chemin heureux dans le champ miné de la comédie française. Il était déjà aisé d’apercevoir le corrélat de…