Critikat

Miss Peregrine et les enfants particuliers

par Louis Barroy

Il y a un moment, dans le nouveau film de Tim Burton, où des enfants plongent dans l’eau pour explorer l’épave d’un paquebot, laquelle étreint, comme en secret, le souvenir d’un certain paquebot, d’un grand paquebot qui un jour percuta un iceberg. Au moment de la sortie du film de James Cameron consacré à ce certain paquebot, Jean-Marc Lalanne décrivait…

Le Monde de Dory

par Louis Barroy

C’est un geste auquel le cinéma classique nous a habitués que de confronter le premier et le dernier plan, histoire de voir ce que le premier plan disait du film entier, ou de mesurer, à terme, le chemin parcouru. Le premier plan du Monde de Dory, a priori étranger à la morale classique, est peu surprenant : l’immensité océanique se…

Rosa la Rose, fille publique

par Louis Barroy

« Imaginé et raconté par Paul Vecchiali », clame en lettres rouges – depuis toujours couleur du mélodrame, parce qu’incarnation de l’hyperbole comme du déterminisme – un générique errant parmi les plans photographiques d’une capitale sans âge et devenue toute bleue – couleur des fantasmes du muet, de Griffith à Michael Mann. Imaginée et racontée, donc, cette histoire de Rosa,…

Broadway Therapy

par Louis Barroy

Une ancienne call-girl devenue comédienne à Broadway (Imogen Poots) raconte son ascension à une journaliste. Voilà posée là, dans cette structure a priori simple, quoique peuplée de quiproquos et de liens si nombreux qu’ils touchent à l’abstraction, peut-être, une possible définition de la comédie : faire circuler et avancer le jeu des apparences et des déplacements, qui sont autant des…

Change pas de main

par Louis Barroy

Change pas de main apparaît aujourd’hui comme le symptôme mineur et attachant de la tension qui semble animer tout l’œuvre de Vecchiali : tout contre une nostalgie infinie du cinéma populaire des années 1930 (celles qui animèrent le visage de Darrieux, ultime référent), une recherche quasiment expérimentale de tous les instants insufflant, jusqu’à Nuits blanches sur la jetée, une sensation de…

Il est difficile d’être un dieu

par Louis Barroy

Sur une autre planète, au degré zéro de la société, des scientifiques terriens sont envoyés en mission d’observation, se frayant un chemin parmi le lent écoulement de la fange. La Russie, déjà, est une terre humide, et peut-être la terre humide est-elle, d’une certaine manière et éternellement, la Russie. La pensée de l’âme est la pensée de la terre : voilà…

Nuits blanches sur la jetée

par Louis Barroy

Rencontrer le cinéma en feignant le dispositif théâtral, l’atteindre autant que le laisser venir à soi par l’abondance même des mots, c’est peut-être là l’éternel projet de Vecchiali : étirer le langage d’un bout à l’autre du champ, avec au centre des acteurs et, immédiatement derrière eux, des événements qui surgissent dans l’hétérogénéité souveraine de la forme. Cette hétérogénéité est ici…

John Ford, l’homme et ses films

par Louis Barroy

Tâche éternellement délicate que d’évoquer John Ford puisqu’il s’agira toujours d’affubler de mots un classicisme absolu, une vertu constamment relancée par la solidité minérale du style, c’est-à-dire qu’il faudra en partie nier l’évidence souveraine de films semblant se raconter d’eux-mêmes. En choisissant une approche chronologique de sa filmographie et en opérant un certain nombre de regroupements, Tag Gallagher entend, en…

A Most Violent Year

par Louis Barroy

A Most Violent Year est un film enneigé, ancré dans une tradition de la neige comme celle qui recouvre et embaume les vivants (du Grand Silence de Corbucci aux Gens de Dublin de Huston) – mais cette neige-ci ressemble hélas davantage à une poussière perdue dans de vieux albums photo que l’on ouvrirait au coin du feu. De cette atmosphère…

Men, Women & Children

par Louis Barroy

À la toute fin de De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites, lorsqu’une jeune fille déclarait que "tous les atomes en [elle], en chacun de soi, ont pour origine le soleil et des lieux au-delà de nos rêves", c’était pour Newman l’occasion de s’échapper d’une forme de destin en confrontant l’histoire individuelle à celle de la nature…

Bon rétablissement !

par Louis Barroy

Il est une scène dans Bon rétablissement qui semble révéler sa puanteur tranquille : un misanthrope (Gérard Lanvin), hospitalisé depuis quelques jours, sympathise avec une infirmière noire (Claudia Tagbo), qui en souriant lui montre un pendentif – l’homme insiste pour le revoir, parce qu’évidemment il plonge dans la poitrine de la jeune femme. Le malade se rince l’œil, ils s’en amusent…