1. Oncle Boon­mee, celui qui se sou­vient de ses vies antérieures – Apichat­pong Weerasethakul
2. Bad Lieu­tenant : Escale à La Nou­velle-Orléans – Wern­er Her­zog
3. Toy Sto­ry 3 – Lee Unkrich
4. The Ghost Writer – Roman Polan­s­ki
5. Moth­er – Bong Joon-ho
6. Film Social­isme – Jean-Luc Godard
7. Mys­tères de Lis­bonne – Raúl Ruiz
8. Copie con­forme – Abbas Kiarosta­mi
9. Tournée – Math­ieu Amal­ric
10. Mourir comme un homme – João Pedro Rodrigues

2010, an 1 de cette nou­velle décen­nie, l’occasion de remet­tre les comp­teurs à zéro. Et en effet, quelle année ! Quoi de com­mun entre un mourant qui dia­logue avec les esprits au fin fond de la jun­gle, le retour d’un cinéaste que per­son­ne n’attendait et le troisième opus d’une série de films d’animation pro­duits par l’une des plus gross­es machines de Hol­ly­wood ? Ils con­stituent le trio de tête de notre top 10 de l’année 2010, une année dense et éton­nante, une année comme on les aime : riche des promess­es de la décen­nie qui com­mence.

En décer­nant sa Palme à Apitchat­pong Weerasethakul et son Oncle Boon­mee, le jury can­nois présidé par Tim Bur­ton n’a pas seule­ment fait preuve d’une audace que l’on n’espérait plus de la part du réal­isa­teur d’Alice au Pays des Mer­veilles (pas cité une seule fois par les rédac­teurs de Critikat), mais il a surtout rap­pelé que le ciné­ma est avant tout une source inépuis­able d’émerveillement, for­mi­da­ble ter­rain de jeu où la magie est reine. Sen­ti­ment partagé par l’ensemble de la rédac­tion, qui a cité Oncle Boon­mee à 16 repris­es, dont 6 fois dans les trois pre­miers : le film se classe logique­ment en tête de notre top 10. Con­sécra­tion, recon­nais­sance, adoube­ment pour un cinéaste pré­cieux, rail­lé par les idiots de la Croisette pour son nom jugé imprononçable et qui pose les bases d’un ciné­ma sen­suel et ludique, sin­guli­er et mul­ti­ple : à la fois expéri­men­tal et acces­si­ble, Apichat­pong Weerasethakul ouvre le bal des années 2010 avec un ciné­ma trans­genre.

Le ciné­ma, affaire de magie, comme Méliès et les frères Lumière en leur temps, se doit donc aujourd’hui de puis­er son inspi­ra­tion un peu partout. Her­zog et Pixar n’ont pas fait autre chose avec le déli­rant Bad Lieu­tenant, faux remake du film homonyme d’Abel Fer­rara et Toy Sto­ry 3, boulever­sante con­clu­sion à une trilo­gie qui résume à elle seule l’Hydre à deux têtes hol­ly­woo­d­i­enne — art et com­merce. En réin­ven­tant à la fois un film qui n’est pas le sien et les codes (hol­ly­woo­d­i­ens) qui ne sont pas ceux de sa cul­ture ciné­matographique, Wern­er Her­zog se refait un nom et une vir­ginité : le film, peu vu en salles mal­gré son cast­ing lux­ueux, est cité à 12 repris­es dont 7 fois dans le trio de tête. Les stu­dios Pixar, eux, vont fouiller dans les fonde­ments de l’American Dream pour don­ner aux pro­duits les plus insi­dieux du cap­i­tal­isme (les jou­ets pro­duits à la chaîne) une mémoire et une con­science poli­tique et sociale qui font défaut à leur patrie. Boulever­sant plaidoy­er pour la trans­mis­sion et éton­nant out­il de réflex­ion (à quoi ser­vent nos vieux jou­ets, et que devons-nous en faire ?), Toy Sto­ry 3 (3e de notre classe­ment, cité 13 fois) est peut-être le film le plus pro­gres­siste de l’année, avec sa Bar­bie en mode lutte des class­es, son Buzz l’Éclair bilingue et chaud comme la braise et son Ken queer dont les lubies ves­ti­men­taires ne choquent plus per­son­ne.

Redéfinir les gen­res et repouss­er les lim­ites de l’identité : si Pixar étonne en abor­dant ces thèmes, d’autres cinéastes, plus habitués à les brass­er dans leur ciné­ma, ont par­ti­c­ulière­ment séduit cette année. Du Tournée de Math­ieu Amal­ric (9e, seul film français de notre top 10 avec le Film Social­isme de Godard) aux Nuits d’ivresse print­anière de Lou Ye (29e) en pas­sant par Mourir comme un homme de João Pedro Rodrigues (10e), Les Amours imag­i­naires de Xavier Dolan (11e), La Boc­ca del Lupo de Pietro Mar­cel­lo (12e), Kaboom de Gregg Ara­ki (14e) et Ander de Rober­to Castón (22e), les corps se trans­for­ment et se mélan­gent, le désir se joue à deux, trois ou plus, entre hétéros, homos, bi, trans ou autres, dans un même mou­ve­ment éro­tique, délibéré­ment roman­tique ou déli­cieuse­ment lubrique. De la tragédie à la comédie, les cinéastes sont en pleine révo­lu­tion sex­uelle, même si elle n’est que bavarde en apparence (Copie con­forme d’Ab­bas Kiarosta­mi, 8e) et même les pois­sons chats (Oncle Boon­mee), les renards (Fan­tas­tic Mr. Fox, 24e), les pneus (Rub­ber, 25e) et les clowns (En présence d’un clown, 27e) s’y met­tent…

Pas en reste pour met­tre en scène leur mon­tée de sève, les aînés côtoient les plus jeunes cinéastes dans un par­fait équili­bre qui aurait fait plaisir aux jou­ets de Toy Sto­ry 3 : une his­toire de trans­mis­sion encore, entre ceux qui con­tin­u­ent envers et con­tre tout à filmer, de Her­zog à un Polan­s­ki revig­oré (The Ghost Writer, 4e), d’un Godard plus que jamais polémique (au moins à Critikat) à un Ruiz qu’on n’attendait plus (Mys­tères de Lis­bonne, 7e), d’un Moul­let qui, toutes pro­por­tions gardées, bat des records au box-office (La Terre de la folie, 20e) à un Kôji Waka­mat­su qui remet les pen­d­ules à l’heure dans les manuels d’histoire japon­aise (Le Sol­dat Dieu, 30e)… Et Bergman enfin, revenu d’entre les morts, stat­ue du com­man­deur qui, depuis son île de Farö, veille sur les plus jeunes.

Et les femmes, dans tout ça ? Si elles sont sou­vent au cœur du réc­it, fig­ures mater­nelles trag­iques (Moth­er de Bong Joon-ho, 5e ; White Mate­r­i­al de Claire Denis, 15e ; Bright Star de Jane Cam­pi­on, 17e ; Poet­ry de Lee Chang-dong, 18e ; Lola de Bril­lante Men­doza, 21e), héroïnes pas­sion­nées (Copie con­forme, Bright Star) ou éter­nels objets de désir (Tournée, The Social Net­work, Rub­ber), elles restent rares der­rière la caméra (seules deux réal­isatri­ces dans les 30 pre­miers : Claire Denis et Jane Cam­pi­on). Un peu plus bas encore dans le classe­ment, pour­tant, une nou­velle généra­tion de réal­isatri­ces (toutes français­es !) attend son tour : Sophie Letourneur, Valérie Donzel­li, Rebec­ca Zlo­tows­ki, Clau­dine Bories, Mar­i­ana Otero, Katell Quil­lévéré… En espérant la con­sécra­tion avant 2020 ?

Classements des membres de la rédaction

Fer­hat Abbas

1. Année bis­sex­tile — Michael Rowe
2. Des hommes et des dieux — Xavier Beau­vois
3. Nos­tal­gie de la lumière — Patri­cio Guzmán
4. Kaboom — Gregg Ara­ki
5. Tournée — Math­ieu Amal­ric
6. Rub­ber —  Quentin Dupieux
7. Mam­muth — Benoît Delépine et Gus­tave Kervern
8. Un poi­son vio­lent — Katell Quil­lévéré
9. Every­one Else — Maren Ade
10. Belle Épine — Rebec­ca Zlo­tows­ki

Vin­cent Avenel

1. Val­hal­la Ris­ing, le guer­ri­er silen­cieux — Nico­las Wind­ing Refn
2. Kaboom — Gregg Ara­ki
3. Tournée — Matthieu Amal­ric
4. Les Invités de mon père — Anne Le Ny
5. Fan­tas­tic Mr. Fox — Wes Ander­son
6. Cen­tu­ri­on — Neil Mar­shall
7. Une vie de chat — Jean-Loup Feli­ci­oli et Alain Gag­nol
8. The Ghost Writer — Roman Polan­s­ki
9. L’Il­lu­sion­niste — Syl­vain Chomet
10. We Are Four Lions — Christo­pher Mor­ris

On nous a déjà rap­pelé, dans les colonnes du cour­ri­er des lecteurs, la vacuité de l’ex­er­ci­ce d’un classe­ment des meilleurs films. Mar­ronnier édi­to­r­i­al, l’ex­er­ci­ce manque pour­tant, il est vrai, de la plus élé­men­taire rigueur cri­tique. Com­ment juger de la qual­ité d’Une vie de chat, joli film d’an­i­ma­tion plein d’au­daces inac­cou­tumées, de bril­lantes ten­ta­tives nar­ra­tives et visuelles, à l’aune de la rudesse visuelle et formelle de The Ghost Writ­er, ou des éclats de rire de sale gosse de We Are Four Lions ?

Pas d’en­tour­loupe, pas de pirou­ettes : c’est une com­para­i­son vaine. Comme de vouloir désign­er, avec un tant soit peu d’ob­jec­tiv­ité, un numéro 1. Les Invités de mon père pour­rait aisé­ment y pré­ten­dre, étant prob­a­ble­ment l’une des plus intel­li­gentes et courageuses comédies français­es ; Tournée pour son évi­dent amour du ciné­ma ; Kaboom, parce qu’il mar­que le retour d’un Gregg Ara­ki intel­li­gent, auda­cieux, dynamique et bril­lant… Mais non. Ce sera le très décrié Val­hal­la Ris­ing, qui, était vu en “rat­tra­page” très récem­ment, a eu l’im­mense avan­tage de la prox­im­ité tem­porelle.

Qui sait si le film, vu à l’époque de sa sor­tie en salle, après la vision d’une bande-annonce par­faite­ment men­songère, n’au­rait pas été, en cette fin d’an­née, relégué aux fins fonds du classe­ment ? Mais, il n’en sera pas ain­si : tem­pête ciné­matographique de cette fin d’an­née, Val­hal­la ris­es. Capa­ble tout à la fois d’évo­quer les expéri­men­ta­tions de Ken­neth Anger que le style élé­giaque de Ter­rence Mal­ick, que la rigueur réjouie et ten­dre d’Al­bert Ser­ra, le film vaut aus­si par son détache­ment intel­lectuel, sa propo­si­tion artis­tique éthérée et sub­tile sur les mys­tères de la foi et du mar­tyr — et ce, sans avoir jamais recours à l’ap­pui musi­cal d’un Lac des cygnes trop pathé­tique.

Cha­cun sa foi, en somme, pour son classe­ment. Foi égale­ment dans le monde de l’an­i­ma­tion, qui s’é­panouit avec les styles si dif­férents de Mr. Fox, de L’Il­lu­sion­niste ou d’Une vie de chat, et qui per­siste à mon­tr­er que, là où le ciné­ma tra­di­tion­nel peine à se renou­vel­er formelle­ment (mal­gré d’in­téres­santes ten­ta­tives comme le très sur­prenant Sound of Noise, à l’orée de ce classe­ment), l’an­i­ma­tion prend tou­jours plus la mesure de ses pos­si­bil­ités formelles. Foi, enfin, dans un ciné­ma tou­jours plus con­fi­den­tiel : celui du geek Neil Mar­shall, encore hon­oré cette année, avec son Cen­tu­ri­on qui devrait, et à juste titre, appa­raître comme un grand film culte avec le temps.

Ari­ane Beauvil­lard

1. La Terre de la folie — Luc Moul­let
2. Lola — Bril­lante Men­doza
3. Tournée — Math­ieu Amal­ric
4. En présence d’un clown — Ing­mar Bergman
5. White Mate­r­i­al — Claire Denis
6. The Ghost Writer — Roman Polan­s­ki
7. La Reine des pommes — Valérie Donzel­li
8. Entre nos mains — Mar­i­ana Otero
9. Tribu­la­tions d’une amoureuse sous Staline — Borys Lankosz
10. A Seri­ous Man — Joel et Ethan Coen

Frédéric Cail­lard

1. ex æquo Mem­o­ry Lane — Mikaël Hers et Rub­ber — Quentin Dupieux
3. ex æquo Moth­er — Bong Joon-ho et La Vie au ranch — Sophie Letourneur et Oncle Boon­mee, celui qui se sou­vient de ses vies antérieures — Apichat­pong Weerasethakul
6. ex æquo Toy Sto­ry 3 — Lee Unkrich et Des hommes et des dieux — Xavier Beau­vois
8. ex æquo Lenny and the Kids — Joshua et Ben Safdie et Teza — Haile Ger­i­ma
10. ex æquo Polici­er, adjec­tif — Cor­neliu Porum­boiu et Vénus noire — Abdel­latif Kechiche

Si le niveau général n’a pas été très élevé en 2010, l’année a tout de même été émail­lée de quelques belles propo­si­tions. Peu de films ont pris des risques, mais ceux qui ont ten­tés de défrich­er de nou­veaux ter­ri­toires l’ont générale­ment fait avec brio. Décryptage de mon pal­marès selon trois axes: l’audace, la fragilité et la vir­tu­osité.

Audace

Oncle Boon­mee est selon moi le meilleur Weerasethakul, car il traite de son sujet — les vies INtérieures — avec plus de con­sis­tance que ses prédécesseurs. Au vu de l’absence de con­cur­rence sérieuse et d’un manque d’inventivité fla­grant des films de la sélec­tion offi­cielle, son suc­cès à Cannes est grande­ment mérité. Rub­ber est l’autre grand geste auda­cieux de l’année, et réus­sit l’exploit d’être aus­si jouis­sif que théorique. Un peu comme pour Weerasethakul, je n’avais pas été con­va­in­cu par les pre­miers films de Joao Pedro Rodrigues, mais j’ai été séduit par la pro­lificité de Mourir comme un homme qui finit au pied de mon top. Côté français, La Vie au ranch de Sophie Letourneur est issu d’un tra­vail orig­i­nal sur le son et pro­pose une adéqua­tion fond/forme remar­quable. L’éclosion de la nou­velle généra­tion de cinéastes français a été une des grandes nou­velles de 2010, vive­ment 2011 ! Bonne nou­velle égale­ment en prove­nance de Roumanie, où le ciné­ma com­mençait à s’enliser dans le style de la nou­velle école de Bucarest: Cor­neliu Porum­boiu (Polici­er, adjec­tif) ouvre de nou­veaux pos­si­bles avec l’intégration géniale de réflex­ions lan­gag­ières comme con­tre­point à l’absurdité du sys­tème admin­is­tratif roumain. Avec Vénus noire, Kechiche parvient quant à lui à creuser le même sil­lon sans se répéter, tout en pas­sant à l’échelon supérieur : ce ne sont plus ses scènes qu’il étire en y ressas­sant les mêmes motifs jusqu’à l’épuisement, mais son film qu’il dis­tend en y mul­ti­pli­ant la même scène. Mag­nifique coup de force autoréflexif, son per­son­nage s’épuisant à mesure que sa scène se vide de tout ce qu’elle a à don­ner. Mal­gré une réal­i­sa­tion clas­sique, on se sou­vien­dra égale­ment du réseau de cor­re­spon­dances inat­ten­dues dévelop­pé par Patri­cio Guzmán dans Nos­tal­gie de la lumière. Men­tion de dernière minute enfin pour l’écriture osée de Fram­marti­no pour son Le Quat­tro Volte, où les dia­logues sont aban­don­nés au prof­it d’une dou­ble dose de poésie haute­ment sym­bol­ique.

Fragilité

Un autre filon creusé par bon nom­bre des meilleurs films de 2010 : celui de la fragilité. Der­rière Lenny and the Kids et l’ultrasensible et poignant Mem­o­ry Lane, de nom­breux « bons films » frap­pent à la porte de mon top 10: La Piv­el­li­na, Adieu Falken­berg, Huit fois debout, Entre nos mains ou encore Belle Épine. À not­er égale­ment la trilo­gie des grands auteurs asi­a­tiques sur les grands-mères, dont Lola et Poet­ry met­tent en avant un mélange touchant de déter­mi­na­tion et de fragilité. Toy Sto­ry 3 nous a offert une des scènes les plus boulever­santes de l’année, avec ces jou­ets impuis­sants qui atten­dent leur destruc­tion en se ser­rant les uns con­tre les autres. Et alors qu’on aurait pu crain­dre une pirou­ette finale sim­ple­ment des­tinée à offrir un hap­py end au jeune pub­lic, Pixar nous offre une con­clu­sion habile et un pro­pos dans la lignée de L’Heure d’été d’Olivier Assayas, en cap­tant l’inexorable dés­in­car­na­tion des objets qui nous sont chers, et la dif­fi­culté pour nos mémoires d’y entretenir une petite flamme.

Vir­tu­osité

Vir­tu­osité à l’état pur pour Moth­er et Bong Joon-ho : scé­nario et con­struc­tion clas­sique du réc­it, mais quel tal­ent, quelle maîtrise! Autre som­mets plein de maes­tria, Des hommes et des dieux — pour lequel la seule objec­tion que je pour­rais émet­tre serait qu’il ne prend pas beau­coup de risques — et une série de grandes sagas ent­hou­si­as­mantes : Mys­tères de Lis­bonne, à la croisée d’Il était une fois en Amérique et de Bar­ry Lyn­don, et Car­los et Teza, qui sai­sis­sent cha­cune à leur manière la gueule de bois qui a frap­pé ceux qui se sont engagés dans les luttes poli­tiques des années 1970. Le choix a été cornélien par­mi ces trois épopées hale­tantes, et c’est finale­ment Teza qui intè­gre mon top, Assayas et Ruiz ayant béné­fi­cié de plus de vis­i­bil­ité. Men­tion spé­ciale égale­ment pour la scène d’ouverture des Femmes du Caire de Yous­ry Nas­ral­lah et décep­tion à la hau­teur de l’attente pour Xavier Dolan, dont la vir­tu­osité a tourné à vide dans Les Amours imag­i­naires. Les grands auteurs ont aus­si livré une série de films très dens­es, mais sans ce petit plus pour les faire ren­tr­er dans mon pal­marès: The Ghost Writer, Bad Lieu­tenant : escale à La Nou­velle-Orléans, The Social Net­work. Enfin, pour con­clure, je souhaite don­ner un ultime coup de pro­jecteur sur la vir­tu­osité atyp­ique et tout en retenue de Mikaël Hers (Mem­o­ry Lane) : com­ment peut-on en dire autant en en dis­ant si peu ?

Stéphane Cail­let

1. Poet­ry — Lee Chang-dong
2. Bad Lieu­tenant : Escale à La Nou­velle-Orléans — Wern­er Her­zog
3. Breath­less — Yang Ik-june
4. Oncle Boon­mee, celui qui se sou­vient de ses vies antérieures — Apichat­pong Weerasethakul
5. Toy Sto­ry 3 — Lee Unkrich
6. Achille et la tortue — Takeshi Kitano
7. The Ghost Writer — Roman Polan­s­ki
8. Polici­er, adjec­tif — Cor­neliu Porum­boiu
9. Kaboom — Gregg Ara­ki
10. Vénus noire — Abdel­latif Kechiche

Men­tions spé­ciales:
— The Amer­i­can — Anton Cor­bi­jn
— Les Femmes de mes amis — Hong Sang-soo

Mes choix reflè­tent mon impres­sion d’une année 2010 en demi-teinte, faible­ment ryth­mée par quelques grands films de cinéastes ou de stu­dios con­fir­més (Her­zog ; Polan­s­ki ; Kitano ; Pixar) et par les rares œuvres nova­tri­ces d’auteurs plus jeunes (Weerasethakul, bien sûr, mais aus­si Porum­boiu). Poet­ry, moins intéres­sant ciné­matographique­ment que Bad Lieu­tenant ou Oncle Boon­mee, est pour­tant mon favori — mon coup de cœur — cette année. Le film de Lee Chang-dong m’a pro­fondé­ment boulever­sé par la puis­sance de ses images poé­tiques se déploy­ant au sein d’un réc­it accu­sant vio­lem­ment la froideur mécanique d’une société coréenne con­ser­va­trice. Même impres­sion pour le mag­nifique Breath­less. Le jouis­sif Kaboom fait égale­ment par­tie de mon top pour sa tal­entueuse représen­ta­tion des peurs de la jeunesse et pour son détourne­ment jubi­la­toire des dis­posi­tifs lynchiens. Enfin, j’ai choisi le con­tro­ver­sé Vénus noire, film jusqu’au-boutiste, tout droit sor­ti des tripes de son auteur, d’où, peut-être, son imper­fec­tion.

Sébastien Cha­puys

1. Teza — Haile Ger­i­ma
2. The Ghost Writer — Roman Polan­s­ki
3. Bright Star — Jane Cam­pi­on
4. The Social Net­work — David Finch­er
5. Les Arrivants — Clau­dine Bories et Patrice Chag­nard
6. Lenny and the Kids — Ben­ny et Joshua Safdie
7. Le Braque­ur — Ben­jamin Heisen­berg
8. Poet­ry — Lee Chang-dong
9. Un trans­port en com­mun — Dyana Gaye
10. Des hommes et des dieux — Xavier Beau­vois

– Ha ! C’est tout ?… – Mais… – Ah ! non ! c’est un trop court podi­um !
On voudrait citer bien d’autres films en somme…

En effet, la péri­ode ne fut pas avare en œuvres stim­u­lantes — même si elles con­sti­tuèrent sou­vent l’ex­cep­tion plutôt que la règle :

- Des fresques foi­son­nantes et généreuse­ment romanesques, venues d’Éthiopie (le mag­nifique et trop peu vu Teza), de Pales­tine (Aja­mi), du Por­tu­gal (Mys­tères de Lis­bonne), d’Italie (Amore) ou encore d’Égypte (Femmes du Caire)… surent rap­pel­er que le ciné­ma inter­na­tion­al ne s’adresse pas qu’aux cri­tiques et aux jurés de fes­ti­val, et ne se réduit pas à quelques œuvrettes min­i­mal­istes au réc­it anémique.

- Une poignée de films inven­tifs et ambitieux (Scott Pil­grim, I Love You Phillip Mor­ris, Kaboom, voire Incep­tion) rachetèrent une pro­duc­tion améri­caine qui table de moins en moins sur l’imagination et l’audace. La général­i­sa­tion de la 3D ne con­stitue qu’un piteux cache-sexe tech­nologique à un réc­it hol­ly­woo­d­i­en qui peine à con­cur­rencer l’excellence des séries télévisées, alors qu’il gag­n­erait à s’en inspir­er, comme le prou­ve The Social Net­work. Par­al­lèle­ment, le ciné­ma dit « indépen­dant » dis­paraît peu à peu, faute d’avoir su renou­vel­er ses recettes — seul demeure le touchant Lenny and the Kids.

- Au-delà des lan­guis­santes chroniques ado­les­centes et autres por­traits de groupes de bour­geois désœu­vrés (que d’autres que moi se charg­eront de van­ter), quelques films français parv­in­rent surtout à nous ren­dre proche le passé (Lib­erté ; Nan­nerl, la sœur de Mozart ; Vénus noire) ou à aus­cul­ter le temps présent avec culot et per­ti­nence (Le Nom des gens, Les Mains en l’air, ou le très sous-estimé Le temps de la ker­messe est ter­miné).

- Quelques doc­u­men­taires (dont le remar­quable Les Arrivants, mais aus­si Le Prési­dent, Faites le mur ou Le Temps des grâces) surent se plac­er à la bonne hau­teur et à la juste dis­tance de leurs sujets et ne pas sac­ri­fi­er leurs visées didac­tiques à la pré­ci­sion de leur dis­posi­tif — même s’ils furent quelque peu noyés dans la masse des reportages plus ou moins mil­i­tants mais rarement per­ti­nents qui envahissent le grand écran depuis que le petit a défini­tive­ment aban­don­né sa mis­sion d’in­for­ma­tion du citoyen.

Bref, pour celles et ceux pour qui le ciné­ma ne saurait se réduire à des instal­la­tions d’art con­tem­po­rain ou à des démon­stra­tions de force d’auteurs-démiurges, mais con­stitue avant tout un réc­it en prise avec le monde qui l’a vu naître, 2010 n’aura pas été une trop mau­vaise année !

Emmanuel Didi­er

1. Kaboom — Gregg Ara­ki
2. En présence d’un clown — Ing­mar Bergman
3. Le Sol­dat Dieu — Kôji Waka­mat­su
4. Ander — Rober­to Castón
5. Film Social­isme — Jean-Luc Godard
6. Mam­muth — Benoît Delépine et Gus­tave Kervern
7. Toy Sto­ry 3 — Lee Unkrich
8. Oncle Boon­mee — Apichat­pong Weerasethakul
9. Le Temps des grâces — Dominique Mar­chais
10. Moth­er — Bong Joon-ho

Sarah Elka­ïm

1. The Ghost Writer — Roman Polan­s­ki
2. Teza — Haïlé Géri­ma
3. La Terre de la folie — Luc Moul­let
4. Oncle Boon­mee, celui qui se sou­vient de ses vies antérieures — Apichat­pong Weerasethakul
5. A Seri­ous Man — Joel et Ethan Coen
6. Bright Star — Jane Cam­pi­on
7. Tournée — Math­ieu Amal­ric
8. Les Rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch — Anne Lin­sel et Rain­er Hoff­mann
9. Tama­ra Drewe — Stephen Frears
10. La Reine des pommes — Valérie Donzel­li

Romain Genis­sel

1. Bad Lieu­tenant : Escale à La Nou­velle-Orléans — Wern­er Her­zog
2. Moth­er — Bong Joon-ho
3. Film Social­isme — Jean-Luc Godard
4. The Ghost Writer — Roman Polan­s­ki
5. Car­los — Olivi­er Assayas
6. Lenny and the Kids (Go Get Some Rose­mary) — Joshua et Ben Safdie
7. Tournée — Math­ieu Amal­ric
8. The Social Net­work — David Finch­er
9. Mam­muth — Gus­tave Kervern et Benoît Délépine
10. Toy Sto­ry 3 — Lee Unkrich
et Fan­tas­tic Mr. Fox — Wes Ander­son

Men­tion spé­ciale à I’m Here de Spike Jonze (inédit)

Dans un arti­cle pom­peuse­ment inti­t­ulé « Pourquoi le ciné­ma est-il mau­vais ? », un cri­tique de la revue Transfuge, Damien Aubel, explique pourquoi la cinéphilie n’est aujourd’hui plus une sinécure. En s’appuyant sur Hitch­cock ou Le Voyeur de Pow­ell, il note que « le ciné­ma est mau­vais parce qu’il est trop “bon”, il a oublié le mal, il n’a plus le cran d’affronter sa puis­sance sou­veraine, il répugne à recon­naitre sa séduc­tion et il est aveu­gle à sa présence au sein de notre vie la plus anodine ». Cette sen­tence qui pour­ra paraitre abstraite (le pire étant juste­ment la car­i­ca­ture dudit « mal ») explique pourquoi ce sont deux corps sous influ­ence qui se retrou­vent en haut du classe­ment. Et sur la troisième marche du podi­um, Godard qui, sur un bateau, démon­tre qu’il est l’un des plus grands cinéastes en activ­ité.

Alex­is Gilli­at

1. ex æquo Moth­er — Bong Joon-ho et Val­hal­la Ris­ing — Nico­las Wind­ing Refn
3. Dans ses yeux — Juan José Cam­panel­la
4. The Social Net­work — David Finch­er
5. Toy Sto­ry 3 — Lee Unkrich
6. Bright Star — Jane Cam­pi­on
7. Car­los (ver­sion longue) — Olivi­er Assayas
8. White Light­nin’ — Dominic Mur­phy
9. La Révéla­tion — Hans-Chris­t­ian Schmid
10. Bad Lieu­tenant : Escale à La Nou­velle-Orléans — Wern­er Her­zog

Men­tions spé­ciales :
Mys­tères de Lis­bonne — Raúl Ruiz : serait peut-être sur le podi­um s’il avait été vu moins tar­di­ve­ment (avant de cuisin­er pénible­ment un top, par exem­ple)…
Achille et la tortue — Takeshi Kitano : la beauté obstinée d’une parabole sous forme de con­te cru­el.

Clé­ment Graminiès

1. Oncle Boon­mee, celui qui se sou­vient de ses vies antérieures — Apichat­pong Weerasethakul
2. Moth­er — Bong Jong-ho
3. Toy Sto­ry 3 — Lee Unkrich
4. White Mate­r­i­al — Claire Denis
5. Domaine — Patric Chi­ha
6. Belle Épine — Rebec­ca Zlo­tows­ki
7. Femmes du Caire — Yous­ry Nas­ral­lah
8. Lola — Bril­lante Men­doza
9. Rub­ber — Quentin Dupieux
10. Ander — Rober­to Castón

Flo­ri­an Guig­nan­don

1. Mys­tères de Lis­bonne — Raúl Ruiz
2. Bad Lieu­tenant : Escale à La Nou­velle-Orléans — Wern­er Her­zog
3. Film Social­isme — Jean-Luc Godard
4. Bliss — Drew Bar­ry­more
5. Oncle Boon­mee — Apichat­pong Weerasethakul
6. Une édu­ca­tion — Lone Scher­fig
7. Le Sol­dat Dieu — Kôji Waka­mat­su
8. Amer­i­can Trip — Nicholas Stoller
9. Night and Day — James Man­gold
10. Orly — Angela Schan­elec

Arnaud Hée

1. Film Social­isme — Jean-Luc Godard
2 La Boc­ca del Lupo — Pietro Mar­cel­lo
Le Quat­tro Volte — Michelan­ge­lo Fram­marti­no
Mourir comme un homme — João Pedro Rodrigues
Oncle Boon­mee, celui qui se sou­vient de ses vies antérieures — Apichat­pong Weerasethakul
6. White Mate­r­i­al — Claire Denis
7. Moth­er — Bong Joon-ho
8. Fan­tas­tic Mis­ter Fox — Wes Ander­son
9. La Terre de la folie — Luc Moul­let
10. Entre nos mains — Mar­i­ana Otero

+ Guest — José Luis Guerín (Mostra 67)

La pri­mauté au film de Jean-Luc Godard, c’était ça ou rien du tout ; pour le périple salu­taire au pays des images, parce qu’il se per­met d’être méchant et peu aimable, con­fus et mil­limétré, aus­si rageur qu’émouvant : Film Social­isme n’en finit pas de se déploy­er, sous nos yeux, tous les jours. Il m’a sem­blé évi­dent de réu­nir La Boc­ca del Lupo, Mourir comme un homme, Oncle Boon­mee et Le Quat­tro Volte ; une cir­cu­la­tion fer­tile s’opère entre ces qua­tre œuvres, dans la façon d’entraîner le spec­ta­teur vers des con­trées sin­gulières grâce à des gestes ciné­matographiques poé­tiques, sin­guliers, amples et osés. On note aus­si une manière d’investir de « grands réc­its » cos­miques et éter­nels, tout en lais­sant les portes du réel ouvertes. J’associe à cette ten­dance la for­mi­da­ble prise de pouls con­sti­tuée par Guest de José Luis Guerín (à dis­tribuer d’urgence !), où le ciné­ma (re)trouve une place qu’il occupe de plus en plus dif­fi­cile­ment : par­mi le monde, où la caméra s’invite autant qu’elle y est con­viée. Ces six films et cinéastes sont les têtes de pont d’un régime ciné­matographique con­tem­po­rain, le témoignage que si le champ du 7e art tend à se réduire, il con­serve une réelle autonomie, de nom­breux ter­ri­toires d’expression et d’exploration.

De façon volon­taire­ment moins con­stru­ite, vien­nent ensuite : Mar­i­ana Otero pour son geste doc­u­men­taire impa­ra­ble, Claire Denis pour sa capac­ité à pro­pos­er des expéri­ences ciné­matographiques intens­es, de même que Bong Jong-ho, avec lequel il est bon de se sur­pren­dre à être sur­pris. On a plus que jamais besoin de Luc Moul­let, de son regard oblique — loin d’être tor­du — pour nous aider à regarder le présent. Sou­vent séduit par Wes Ander­son tout en restant sur une réserve, Fan­tas­tic Mis­ter Fox fait office de grande révéla­tion d’un cinéaste trou­vant dans l’animation le ter­rain qu’il ne fai­sait que chercher précédem­ment : un comble pour celui qui n’a, dit-on, jamais mis les pieds sur le plateau du film.

Anne-Vio­laine Houcke

1. Mys­tères de Lis­bonne — Raúl Ruiz
2. Oncle Boon­mee, celui qui se sou­vient de ses vies antérieures — Apichat­pong Weerasethakul
3. Toy Sto­ry 3 — Lee Unkrich
4. La Boc­ca del Lupo — Pietro Mar­cel­lo
5. Moth­er — Bong Joon-ho
6. Mourir comme un homme — João Pedro Rodrigues
7. Le Quat­tro Volte — Michelan­ge­lo Fram­marti­no
8. Copie con­forme — Abbas Kiarosta­mi
9. Des hommes et des dieux — Xavier Beau­vois
10. En présence d’un clown — Ing­mar Bergman

Lionel Hurtrez

1. Nos­tal­gie de la lumière — Patri­cio Guzmán
2. Les Amours imag­i­naires — Xavier Dolan
3. Film social­isme — Jean-Luc Godard
4. Oncle Boon­mee — Apichat­pong Weerasethakul
5. Rub­ber — Quentin Dupieux
6. The Social Net­work — David Finch­er
7. Tournée — Math­ieu Amal­ric
8. Belle Épine — Rebec­ca Zlo­tows­ki
9. Entre nos mains — Mar­i­ana Otero
10. Kaboom — Gregg Ara­ki

Nico­las Jour­net

1. Bad Lieu­tenant : Escale à La Nou­velle-Orléans — Wern­er Her­zog
2. Les Amours imag­i­naires — Xavier Dolan
3. Poet­ry — Lee Chang-dong
4. Tournée — Math­ieu Amal­ric
5. Polici­er, adjec­tif — Cor­neliu Porum­boiu
6. Lola — Bril­lante Men­doza
7. Incep­tion — Christo­pher Nolan
8. La Vie au ranch — Sophie Letourneur
9. The Social Net­work — David Finch­er
10. Simon Wern­er a dis­paru… — Fab­rice Gob­ert

Alexan­dre Labarus­si­at

1. Des hommes et des dieux — Xavier Beau­vois
2. Oncle Boon­mee, celui qui se sou­vient de ses vies antérieures — Apichat­pong Weerasethakul
3. The Ghost Writer — Roman Polan­s­ki
4. Copie con­forme — Abbas Kiarosta­mi
5. Amore — Luca Guadagni­no
6. L’Il­lu­sion­niste — Syl­vain Chomet
7. The Social Net­work — David Finch­er
8. Ago­ra — Ale­jan­dro Amenabar
9. Toy Sto­ry 3 — Lee Unkrich
10. Bad Lieu­tenant : Escale à La Nou­velle-Orléans — Wern­er Her­zog

Raphaël Lefèvre

1. Oncle Boon­mee, celui qui se sou­vient de ses vies antérieures — Apichat­pong Weerasethakul
2. Mys­tères de Lis­bonne — Raúl Ruiz
3. Tournée — Math­ieu Amal­ric
4. Toy Sto­ry 3 — Lee Unkrich
5. Mourir comme un homme — João Pedro Rodrigues
6. Fan­tas­tic Mr. Fox — Wes Ander­son
7. Sexy Dance 3D — Jon Chu
8. Femmes du Caire —  Yous­ry Nas­ral­lah
9. Invic­tus — Clint East­wood
10. La Boc­ca del Lupo — Pietro Mar­cel­lo

Presque tous les films de ce classe­ment trou­vent leur rai­son d’y fig­ur­er dans les pages de ce site. Quelques réserves ont tout juste été for­mulées à l’en­droit d’Invic­tus, qui est pour­tant un beau film sur la con­struc­tion d’un col­lec­tif dénué d’u­na­n­imisme béat, un traité pas si human­iste que ça sur l’im­pureté en poli­tique et un por­trait bien plus mali­cieux qu’ha­giographique. Quant à Sexy Dance 3D, passé sous silence à sa sor­tie mais égale­ment cité par deux de mes col­lègues, un texte de rat­tra­page revien­dra dessus la semaine prochaine. Plutôt que de jus­ti­fi­er ce top 10, je préfère donc le trans­former en top 20 et évo­quer les beautés plus dis­crètes ou pas­sagères des films qui m’ont moins pleine­ment con­va­in­cu.

Dire un mot d’Alice au Pays des Mer­veilles de Tim Bur­ton, dont je suis sor­ti per­plexe, notam­ment en rai­son de l’orientation idéologique dou­teuse de son scé­nario (où le Des­tin doit s’accomplir et l’émancipation fémi­nine se met­tre au ser­vice de la coloni­sa­tion cap­i­tal­iste !), mais dont je reste mar­qué par le jeu habile sur les échelles, la 3D façon pop up book, quelques visions fab­uleuses, l’érotisme de Mia Wasikows­ka et surtout le génie d’Anne Hath­away, qui offre la plus belle com­po­si­tion de l’année en Reine Blanche, pris­on­nière de son rôle, mue telle une mar­i­on­nette par une force invis­i­ble et for­cée d’afficher un sourire niais : hila­rant et poignant.

Citer The Social Net­work de David Finch­er et I Love You Phillip Mor­ris de Glenn Ficar­ra et John Requa pour l’éblouissement nar­ratif de leurs bril­lantes mis­es en route.

Recon­naître à Woody Allen et aux frères Coen qu’ils m’ont offert de belles sur­pris­es alors que je n’attendais rien d’eux, avec des films cru­els mais ironiques (et donc touchants) davan­tage que cyniques (et donc déplaisants).

Men­tion­ner Night and Day de James Man­gold pour son réjouis­sant dynamisme cor­porel et sen­ti­men­tal, Film Social­isme de Jean-Luc Godard pour ses sidérants plans de mer et sa revig­o­rante « démoc­ra­tie des images », The Ghost Writer de Roman Polan­s­ki pour l’élégance de son mys­tère en plein jour, Unstop­pable de Tony Scott pour sa manière de trans­former son goût « gra­tu­it » de la vitesse en com­bustible plas­tique et poli­tique, Twi­light — chapitre 3 : Hési­ta­tion de David Slade qui per­pétue les pal­pi­ta­tions lyriques et le roman­tisme déca­dent de cette curieuse saga tout en ques­tion­nant son puri­tanisme.

Enfin et surtout, remerci­er feu Rain­er Wern­er Fass­binder pour son fab­uleux télé­film Le Monde sur le fil (1973), oppor­tuné­ment sor­ti une semaine sur un écran parisien.

Ah, et puis non, ce n’est pas fini : ayant respec­té la règle qui veut que ne fig­urent dans notre top que les longs métrages sor­tis en France en 2010, ce texte me donne l’oc­ca­sion d’évo­quer quelques courts métrages remar­quables (Les Drag­ons n’existent pas de Guil­laume Mas­sart, Don’t Touch Me Please de Shan­ti Masud, Far From Man­hat­tan de Jacky Gold­berg, La Gui­tare de dia­mants de Franck Beau­vais) et un long métrage inédit, The Myth of the Amer­i­can Sleep­over de David Robert Mitchell, déli­cat teen movie qui sil­lonne avec douceur une voie à égale dis­tance de Lar­ry Clark (sans le côté trash) et de John Hugh­es (sans jouer à fond les stéréo­types), et dont les stig­mates indie (pho­to désat­urée, ton lo-fi) finis­sent par con­tribuer à sa beauté nos­tal­gique. Peut-être fig­ur­era-t-il en bonne place dans mon top 10 de l’année 2011…

Math­ieu Macheret

1. Oncle Boon­mee (celui qui se sou­vient de ses vies antérieures) — Apichat­pong Weerasethakul
2. Film Social­isme — Jean-Luc Godard
3. Bad Lieu­tenant : Escale à La Nou­velle-Orléans — Wern­er Her­zog
4. Mourir comme un homme — João Pedro Rodrigues
5. Lenny and the Kids — Ben et Joshua Safdie
6. Fan­tas­tic Mr Fox — Wes Ander­son
7. The Ghost Writer — Roman Polan­s­ki
8. Mys­tères de Lis­bonne — Raúl Ruiz
9. Le Quat­tro Volte — Michelan­ge­lo Fram­marti­no
10. The Social Net­work — David Finch­er / Sexy Dance 3D — John Chu

L’im­age de l’an­née de 2010 est con­nue. C’est celle d’un grand singe aux yeux rouges sor­ti de la forêt et s’in­vi­tant, le soir tombé, à un repas de famille. Cette image tirée d’Oncle Boon­mee, du Thaï­landais Weerasethakul, en syn­thé­tise beau­coup d’autres et mar­que une inva­sion, dans l’e­space habituelle­ment anthro­po-cen­tré du ciné­ma, d’autres formes d’ex­is­tence. Les ani­maux nous rem­pla­cent au cen­tre du plan, nous relaient au cen­tre des réc­its. Il en va de la chèvre de Le Quat­tro Volte comme de la com­mu­nauté fur­ry de The Cat, The Rev­erend and The Slave ou des Na’Vi d’Avatar, aux­quels on peut bien ajouter les iguanes de Bad Lieu­tenant, la ménagerie de Fan­tas­tic Mr Fox ou même le lama de Film Social­isme. La dérive des esprits — selon tous les sens que peut pren­dre l’ex­pres­sion — fut le grand thème de l’an­née. Une dérive qui sonne comme une prise de pou­voir, une (re)conquête, puisqu’ils n’ont cessé, d’une part, de nous appa­raître, puis de nous rem­plac­er. L’homme — son corps, sa présence, son unité — est détrôné, rel­a­tivisé au milieu des grands cir­cuits de l’u­nivers, de la grande cir­cu­la­tion des âmes. Si Oncle Boon­mee trône au som­met de ce classe­ment, c’est qu’il a su mieux que quiconque exprimer cette rel­a­tivi­sa­tion pro­gres­sive de la présence humaine, sa dématéri­al­i­sa­tion, cette grande quête de l’u­biq­ui­té qui n’est rien moins que l’hori­zon, tant tech­nologique que pic­tur­al, de notre époque (entre les jeux vidéo, Inter­net et autres modes de com­mu­ni­ca­tion à dis­tance). Dans ce monde, l’e­sprit est libre d’in­ve­stir plusieurs formes, dans une chaîne où le corps humain n’est qu’un moment par­mi d’autres. En fin de compte, Mourir comme un homme, The Social Net­work et Mys­tères de Lis­bonne ne par­lent de rien d’autre que de cette dis­per­sion de l’ex­péri­ence humaine sur des fronts simul­tanés. Pas­sons le relais…

Nico­las Maille

1. Mys­tère de Lis­bonne — Raúl Ruiz
2. Toy Sto­ry 3 — Lee Unkrich
Wak­ing Sleep­ing Beau­ty — Don Hahn
3. Potiche — François Ozon
4. The Ghost Writer — Roman Polan­s­ki
5. Bright Star — Jane Cam­pi­on
6. Amore — Luca Guadagni­no
7. Moth­er — Bong Joon-ho
8. La Reine des pommes — Valérie Donzel­li
9. Les Amours imag­i­naires — Xavier Dolan
10. Sexy Dance 3D — Jon Chu

Julien Marsa

1. Mys­tères de Lis­bonne — Raoul Ruiz
2. ex æquo Poet­ry — Lee Chang-dong et White Mate­r­i­al — Claire Denis
4. Bad Lieu­tenant : Escale à La Nou­velle-Orléans — Wern­er Her­zog
5. Copie con­forme — Abbas Kiarosta­mi
6. Le Temps des grâces — Dominique Mar­chais
7. Kaboom  — Gregg Ara­ki
8. La Boc­ca del Lupo — Pietro Mar­cel­lo
9. Mem­o­ry Lane — Mikhaël Hers
10. Bright Star — Jane Cam­pi­on / Tournée — Math­ieu Amal­ric

Un top 10 est par essence ren­du totale­ment sub­jec­tif par les films que l’on choisit d’in­clure et ceux que l’on exclut. Ce sont des choix qui mêlent le cœur et la rai­son, et qui nous sont totale­ment per­son­nels. Le top 10 est un exer­ci­ce à la fois ludique et très impor­tant, car il nous per­met de véri­fi­er que nous sommes tou­jours guidés par cette même envie de défendre une con­cep­tion d’un ciné­ma riche et sin­guli­er. Il sera bien­tôt temps de tir­er des con­clu­sions sur cette année 2010 mais, en atten­dant, gar­dons intact ce sim­ple plaisir de choisir des films que nous aimons. Un top 10, cela ne se jus­ti­fie pas : cela se vit chaque année dans les salles obscures !

Ursu­la Michel

1. The Social Net­work — David Finch­er
2. The Ghost Writer — Roman Polan­s­ki
3. Le Guer­ri­er silen­cieux — Val­hal­la Ris­ing — Nico­las Wind­ing Refn
4. Amer — Hélène Cat­tet et Bruno Forzani
5. Les Amours imag­i­naires — Xavier Dolan
6. Har­ry Pot­ter et les reliques de la mort — David Yates
7. Mr Nobody — Jaco Van Dor­mael
8. Aisheen — Nico­las Wadi­moff
9. Piran­ha 3D — Alexan­dre Aja
10. Kaboom — Gregg Ara­ki

Guil­laume Morel

1. La Boc­ca del Lupo — Pietro Mar­cel­lo
2. Ne change rien — Pedro Cos­ta
3. Copie con­forme — Abbas Kiarosta­mi
4. Oncle Boon­mee, celui qui se sou­vient de ses vies antérieures — Apichat­pong Weerasethakul
5. Polici­er, adjec­tif — Cor­neliu Porum­boiu
6. Mem­o­ry Lane — Mikhaël Hers
7. Mar­di, après Noël — Radu Mutean
8. Every­one Else — Maren Ade
9. Orly — Angela Schan­elec
10. Toy Sto­ry 3 — Lee Unkrich

La Boc­ca del Lupo et Ne change rien parta­gent beau­coup. Leur manière de faire sur­gir, dans un dis­posi­tif doc­u­men­taire, d’autres sphères loin­taines du ciné­ma restera longtemps en tête. Dif­fi­cile effec­tive­ment de savoir si Ne change rien ressem­blait à un film sur le rock ou à un polar styl­isé de Fukasaku. Enzo dans La Boc­ca del Lupo est un per­son­nage comme seul le doc­u­men­taire sait en inven­ter, mais aus­si héros venu du west­ern jusque dans un opéra génois malade. Beau­coup de beauté indéter­minée et d’hybridation égale­ment dans le reste de ce pal­marès. Les cha­grins d’Orly et de Mem­o­ry Lane étaient à la fois ter­ri­ble­ment présents et indi­ci­bles. Les cou­ples de ciné­ma, cette année, pou­vaient mys­térieuse­ment chang­er de peau à la sor­tie d’une trat­to­ria (Copie con­forme), bas­culer dans le mou­ve­ment d’une unique phrase (Mar­di, après Noël) ou mourir trag­ique­ment pour ressus­citer joyeuse­ment chez Ade. Un polar se muait en traité lex­i­cologique et en man­i­feste d’insoumission chez Porum­boiu. Une inno­cente peluche fuschia révélait même une cru­auté délec­table (Toy Sto­ry 3). Weerasethakul nous a rap­pelé avec un film qu’il était peut-être aujourd’hui le cen­tre de ce ciné­ma des croise­ments.

Mar­i­on Pasquier

1. Ander — Rober­to Castón
2. Nuits d’ivresse print­anière — Lou Ye
3. Un homme qui crie — Mahamat-Saleh Haroun
4. Film Social­isme — Jean-Luc Godard
5. Copie con­forme — Abbas Kiarosta­mi
6. Pieds nus sur les limaces — Fabi­enne Berthaud
7. Les Amours imag­i­naires — Xavier Dola
8. Com­mis­sari­at — Ilan Klip­per et Vir­gil Vernier
9. The Ghost Writer — Roman Polan­s­ki
10. La Boc­ca del Lupo — Pietro Mar­cel­lo

Raphaëlle Pireyre

1. C’est ici que je vis — Marc Recha
2. Polici­er, adjec­tif — Cor­neliu Porum­boiu
3. La Vie au ranch — Sophie Letourneur
4. Mourir comme un homme — João Pedro Rodrigues
5. Téhéran — Nad­er T. Homay­oun
6. Moth­er — Bong Joon-ho
7. Bright Star — Jane Cam­pio
8. Lola — Bril­lante Men­doza
9. Belle Épine — Rebec­ca Zlo­tows­ki
10. Oncle Boon­mee, celui qui se sou­vient de ses vies antérieures — Apichat­pong Weerasethakul

Camille Pol­las

1. Bad Lieu­tenant : Escale à La Nou­velle-Orléans — Wern­er Her­zog
2. Film Social­isme — Jean-Luc Godard
3. La Boc­ca del Lupo — Pietro Mar­cel­lo
4. White Mate­r­i­al — Claire Denis
5. Oncle Boon­mee, celui qui se sou­vient de ses vies antérieures — Apichat­pong Weerasethakul
6. Mourir comme un homme — João Pedro Rodrigues
7. La Reine des pommes — Valérie Donzel­li
8. Sous toi, la ville — Christoph Hochhäusler
9. Un homme qui crie — Mahamat-Saleh Haroun
10. Inde­pen­den­cia — Raya Mar­tin

Hors caté­gorie : En présence d’un clown — Ing­mar Bergman

Il est beau­coup plus dif­fi­cile de lire un « top » que d’en faire un. C’est qu’au-delà de l’évidente jouis­sance de la liste, sa logique reste sou­vent her­mé­tique. Après le plaisir glou­ton des fêtes, quelques pistes, donc, pour expli­quer cette cohab­i­ta­tion à 10.

Les six pre­miers se déga­gent d’eux-mêmes, d’évidence, con­traire­ment à leur classe­ment. Mal­gré leurs natures et le poids vari­ables de leurs réal­isa­teurs, ils ont un point com­mun : la puis­sance. Le terme con­cen­tre mon plaisir, mes attentes, et ce qu’il me reste en pre­mier lieu du ciné­ma vu en 2010.

Con­stante chez Her­zog, la puis­sance est, dans Bad Lieu­tenant, alliée à un éclate­ment des gen­res, à une vio­lente lib­erté. Plus par­cel­laire, elle est davan­tage éton­nante dans les pro­duc­tions récentes de Godard, mais pen­sons pour­tant sim­ple­ment à ces images patch­work du bateau de Film Social­isme. Se con­juguant au doc­u­men­taire dans La Boc­ca del Lupo, comme les fois plutôt rares où cela fonc­tionne, elle passe d’abord par un lieu – Naples – qui émerge, domine, et donne vie aux per­son­nages. Presque ontologique chez Weerasethakul, même s’il ne la priv­ilégie plus autant qu’à ses débuts, elle est dans Mourir comme un homme l’alliage éblouis­sant de la vio­lence et de la maîtrise.

Les qua­tre derniers titres n’en sont pas dépourvus, mais sig­nalons qu’ils sont avant tout un liant. Ils com­plè­tent, élus pour la par­tic­u­lar­ité majeure par laque­lle ils se dis­tinguent. La Reine des pommes pour le coup de pied dans la graisse de la fic­tion française, Sous toi, la ville pour sa beauté plas­tique, pour faire des hommes et de leurs œuvres une même matière exsangue et anx­iogène. Un homme qui crie, à tous niveaux plus insta­ble, use du hors champs comme rarement avec une telle habileté, avec une telle pro­fondeur dans ses réper­cus­sions. Et Inde­pen­den­cia, pour la radi­ance pérenne qui émane de sa fac­ture.

Si l’avant-dernier film de Bergman n’entre pas dans le classe­ment, c’est avant tout parce que s’il était inédit en salle depuis sa réal­i­sa­tion en 1997, il relève mal­gré sa splen­deur – et une fois encore sa puis­sance – d’une époque dif­férente des autres films du classe­ment. Treize années de matière humaine les sépar­ent, cela néces­site sa dis­tinc­tion.

Pour ouvrir aux images en général un ciné­ma qu’on con­fine ne serait-ce que par habi­tude à la salle, citons deux exem­ples issus du plus exci­tant virage actuel : les séries télévisées Mad Men (sai­son 4) et Break­ing Bad (sai­son 3). L’une parie sur le développe­ment d’un nid de per­son­nages insond­ables dans une réal­i­sa­tion dans langueur éblouis­sante, l’autre se veut plus brute, addic­tive comme le furent les séries des années 2000, mais fonc­tionne en tel sur­régime que sa vitesse sem­ble être le vrai can­cer des per­son­nages. On aurait aus­si aimé voir Treme de David Simon, qui à l’opposé de Break­ing Bad pour­suit la veine doc­u­men­taire et non nar­ra­tive de The Wire. Qui dans le ciné­ma améri­cain con­tem­po­rain aurait pu croire qu’une inven­tiv­ité et une cer­taine rad­i­cal­i­sa­tion sur­gi­raient du côté de la télévi­sion ?

Ari­ane Prunet

1. Nuits d’ivresse print­anière — Lou Ye
2. Les Amours imag­i­naires — Xavier Dolan
3. Mys­tères de Lis­bonne — Raúl Ruiz
4. Ander — Rober­to Castón
5. Copie con­forme — Abbas Kiarostam
6. Octubre — Diego et Daniel Vega Vidal
7. Bright Star — Jane Cam­pi­on
8. Tournée — Math­ieu Amal­ric
9. Des hommes et des dieux — Xavier Beau­vois
10. Lola Bril­lante Men­doza

Fabi­en Reyre

1. Toy Sto­ry 3 — Lee Unkrich
2. Mourir comme un homme — João Pedro Rodrigues
3. Oncle Boon­mee, celui qui se sou­vient de ses vies antérieures — Apichat­pong Weerasethakul
4. Moth­er — Bong Joon-ho
5. Lola — Bril­lante Men­doza
6. Des hommes et des dieux — Xavier Beau­vois
7. La Terre de la folie — Luc Moul­let
8. Fan­tas­tic Mr. Fox — Wes Ander­son
9. L’Épine dans le cœur — Michel Gondry
10. Green­berg — Noah Baum­bach

Matthieu San­tel­li

1. Toy Sto­ry 3 — Lee Unkrich
2. Copie con­forme — Abbas Kiarosta­mi
3. Les Femmes de mes amis — Hong Sang-soo
4. Iron Man 2 — Jon Favreau
Incep­tion — Christo­pher Nolan
6. Bad Lieu­tenant : Escale à La Nou­velle-Orléans — Wern­er Her­zog

On ne va pas se men­tir, le ciné­ma est loin d’avoir la même vital­ité qu’a­vant. Je n’ai donc retenu cette année que six films qui m’ont paru porter un vrai regard sur le monde et le ciné­ma. Il restera donc de 2010 : le retour rossellinien de Kiarosta­mi à la fic­tion avec une réflex­ion touchante sur les faux-sem­blants, le cou­ple et l’art, un Hong Sang-soo mineur mais qui con­firme à mes yeux que ce dernier est le seul auteur majeur qui a éclos depuis dix ans, le super­héros d’une Amérique pro­tec­tion­niste et para­noïaque qui va encore plus loin dans la déglingue autode­struc­trice que dans le précé­dent volet, un block­buster qui en jouant de son manque d’imag­i­na­tion et en appli­quant le principe bunuelien du rêve dans le rêve parvient à dyna­miter la nar­ra­tion hol­ly­woo­d­i­enne, Nico­las Cage qui retrou­ve un peu de con­te­nance grâce à Her­zog dans un polar qui ose la digres­sion. Et en tête de ce classe­ment, une grande sur­prise pour moi qui n’avais pas été con­va­in­cu par les derniers Pixar, le troisième Toy Sto­ry : un très beau film sur notre rap­port à l’en­fance, sur l’altérité et notre place dans le monde. Entre le clas­si­cisme hol­ly­woo­d­i­en et la méta­physique de la série B, c’est pour moi la pre­mière grande œuvre de cette décen­nie.

Benoît Smith

Avant toute chose, une petite pointe de regret per­son­nel pour une année 2010 peu studieuse, où j’au­rai par ma pro­pre faute man­qué quelques films qui avaient pour­tant éveil­lé mon intérêt (le tal­ent d’écri­t­ure de leurs chroniqueurs de Critikat n’y est pas pour rien) et auraient bien pu, avec plus ou moins de cer­ti­tude, pos­tuler pour le pal­marès des propo­si­tions de ciné­ma les plus val­ables de ce début de décen­nie. Par­mi eux:

Femmes du Caire — Yous­ry Nas­ral­lah
Teza — Haïlé Géri­ma
My Joy — Sergei Loznit­sa
Les Secrets — Raja Amari
Tournée — Math­ieu Amal­ric
etc.

Tan­dis que le beau L’É­trange Affaire Angéli­ca du jeune et vigoureux Manoel De Oliveira, vu à Cannes cette année, ne devrait fig­ur­er qu’au pal­marès 2011 (mieux vaut tard que jamais)…

Voici donc un «top 10» aus­si per­son­nel qu’in­com­plet, for­cé­ment par défaut, fatale­ment un peu frus­tant, où ont dû batailler ferme le plaisir des décou­vertes, la sat­is­fac­tion des con­fir­ma­tions et une cer­taine cir­con­spec­tion devant quelques films atten­dus et néan­moins célébrés çà et là. Plusieurs fois, dans ce dernier cas de fig­ure, la recherche par le cri­tique de l’ex­pres­sion sincère et sans affec­ta­tion d’une vision du monde, des gens ou sim­ple­ment de soi s’est heurtée à la raideur et à l’en­com­bre­ment d’un dis­posi­tif (un Oncle Boon­mee pour­tant non dénué de beaux moments, auquel j’ai préféré un Copie con­forme pour­tant non exempt de ce défaut), voire à l’in­con­sis­tance d’une pos­ture (le très sur­coté Des hommes et des dieux).

De telle sorte que se sont dégagées cette année non seule­ment la lucid­ité sans fard, essen­tielle, d’un Hong Sang-soo sur lui-même et ses sem­blables, mais aus­si l’hon­nêteté et la per­ti­nence de films un peu plus indus­triels et qu’on aurait pu pré­sup­pos­er for­matés (voir les invités aux 5e, 6e places et en men­tion spé­ciale du classe­ment ci-après) – à ne pas con­fon­dre avec des pro­duits indus­triels pré­sup­posés ambitieux, mais qui ten­dent à s’ébrouer dans le vide (Mr Nolan, if you read this…).

Et donc :

1. Les Femmes de mes amis — Hong Sang-soo
C’est tou­jours avec une aisance et une lim­pid­ité décon­cer­tante que le Coréen pointe les petites lâchetés, les aveu­gle­ments et les faux espoirs de ses sem­blables, jusque dans son pro­pre art. Cette acuité-là est pré­cieuse.
2. Bad Lieu­tenant : Escale à La Nou­velle-Orléans — Wern­er Her­zog
3. When You’re Strange — Tom DiCil­lo
4. Le Sol­dat Dieu — Kôji Waka­mat­su
5. Toy Sto­ry 3 — Lee Unkrich
6. Iron Man 2 — Jon Favreau
7. La Terre de la folie — Luc Moul­let
8. En présence d’un clown — Ing­mar Bergman
9. Inde­pen­den­cia — Raya Mar­tin
10. Copie con­forme — Abbas Kiarosta­mi

Men­tion spé­ciale : Hal­loween II, de Rob Zom­bie.
Exploité directe­ment en DVD en France, et sans vouloir dén­i­gr­er le marché du direct-to-video, on ne peut s’empêcher d’en nour­rir quelque regret. Pro­longeant sa réponse à la fois respectueuse et toute per­son­nelle au slash­er pri­mor­dial de John Car­pen­ter, la façon qu’a le cinéaste métalleux de faire siennes les thé­ma­tiques de celui-ci (ado­les­cence réprimée, con­formisme malade de l’Amérique, marche sidérante et inex­orable du mal en incar­na­tion des pul­sions mon­strueuse­ment humaines) pour les porter à un niveau sidérant d’in­can­des­cence mor­bide eût mérité un meilleur accueil.

Anaïs Vin­cent

1. Breath­less — Yang Ik-june
2. Bad lieu­tenant, escale à La Nou­velle-Orléans — Wern­er Her­zog
3. L’Épine dans le cœur — Michel Gondry
4. Copie con­forme — Abbas Kiarosta­mi
5. Le Plein Pays — Antoine Boutet
6. Aja­mi — Scan­dar Cop­ti et Yaron Shani
7. La Tis­seuse — Wang Quan’an
8. Moth­er — Bong Joon-ho
9. Une Chi­noise — Guo Xiaolu
10. Tribu­la­tions d’une amoureuse sous Staline — Borys Lankosz