Aujourd’hui place à l’un des favoris pour le Lion d’or : le Sué­dois Roy Ander­s­son et son A Pigeon Sat on a Branch Reflect­ing on Exis­tence, médi­ta­tion sur la con­di­tion humaine et le sens de la vie tein­tée d’absurde et d’humour noir. Le film ne souscrit pas à une trame nar­ra­tive définie mais tient plutôt de l’entremêlement de divers tableaux arc-boutés sur une poignée de per­son­nages (le terme est peut-être un peu fort – ce sont davan­tage des auto­mates) qui jouent sur le sur­gisse­ment de l’étrange et de l’impromptu. Cha­cun de ces tableaux s’appuie sur trois piliers néces­saires au déploiement de l’humour à froid d’Andersson : le recours au plan-séquence, un goût pronon­cé pour des cadres fix­es et une organ­i­sa­tion de la mise en scène reposant beau­coup sur les pos­si­bil­ités qu’offrent les décors très élaborés. Le dis­posi­tif ne manque cer­taine­ment pas d’intérêt mais ce qu’il pro­duit séduit autant qu’il inter­roge. Si Ander­s­son pos­sède un cer­tain tal­ent de vignettiste dont il fait d’ailleurs éta­lage dans une intro­duc­tion réussie (la meilleure par­tie du film, pré­cisé­ment parce que les dif­férents frag­ments en l’occurrence présen­tés fonc­tion­nent en toute indépen­dance), l’ensemble pâtit toute­fois à la longue de cette struc­ture com­posée de micro-cel­lules qui, sans tomber dans l’écueil de la red­ite ou de la répéti­tion, finis­sent néan­moins par lass­er.

Surtout, la mécanique d’A Pigeon… souf­fre de ses pen­chants ouverte­ment taxi­der­mistes (les corps sont d’ailleurs figés, et les vis­ages raidis par une couche de maquil­lage blanc) qui don­nent le sen­ti­ment que l’auteur sur­plombe ses fig­urines dans ce long-métrage aux allures de petit traité philo­soph­ico-comique. Dans le dernier tiers du film, un car­ton affichant l’inscription « Homo Sapi­ens » précède une scène dans un lab­o­ra­toire où le cerveau d’un macaque, attaché mais con­scient, est soumis à des impul­sions élec­triques. Ce spec­ta­cle est l’écho un peu sin­istre du plan d’ouverture, où un homme regarde muet des oiseaux empail­lés et cloîtrés exposés dans des cages de verre. Voilà où sem­ble être la place de l’homme : dans un musée. C’est en tout cas le pro­gramme de la mise en scène qui, toute­fois con­sciente de la dimen­sion intrin­sèque­ment mis­an­thrope de cette dis­sec­tion des com­porte­ments et des mœurs, rac­corde cer­tains blocs de tableaux à des plans isolés en guise de fenêtres ouvertes sur l’extérieur. On y voit des enfants jouer, des amants s’étreindre, etc., autant de petits riens et de moments de douceur qui font office de con­tre­point à la rigid­ité par­fois trop poussée des savantes instal­la­tions dont abonde le film. Sans être cepen­dant détestable dans sa démarche, Ander­s­son aurait gag­né à davan­tage laiss­er sor­tir les oiseaux de ces cages si soigneuse­ment ornées.