On ne regrette pas d’avoir pris des nou­velles de Joe Dante, même le temps d’un film aus­si mineur que Bury­ing the Ex où il ne force pas vrai­ment son tal­ent. Il sac­ri­fie ici au genre de la zom­bie-com­e­dy ou “zom-com” (voire, dans ce cas pré­cis, “rom-zom-com” si l’on con­sid­ère que c’est aus­si une comédie roman­tique), en vogue depuis Shaun of the Dead et qui a con­sacré le “mort qui marche” comme une créa­ture de fic­tion tout à fait main­stream à déclin­er dans toutes les ten­dances. Bury­ing the Ex met un jeune vendeur de vidéo-club d’hor­reur en proie au doute sur sa rela­tion avec sa petite amie, très sexy mais veg­an acharnée (la deux­ième du fes­ti­val avec celle du raté Hun­gry Hearts), séduite par la dés­in­vol­ture geek de son homme mais peu respectueuse de sa pas­sion et surtout très pos­ses­sive. Au moment où il s’ap­prête à lui annon­cer son inten­tion de rompre, elle est ren­ver­sée par un auto­bus et, après avoir fait répéter à son amant leur vœu d’amour éter­nel, meurt dans ses bras. Rongé par la cul­pa­bil­ité, il craque cepen­dant pour une jolie serveuse d’ice-creams partageant ses goûts cul­turels, mais c’est compter sans la défunte qui, ayant émergé du tombeau dans un état pas très frais, vient repren­dre sa vie de cou­ple d’a­vant, avec des ajuste­ments du genre mor­bide…

Would you have sex with a zombie ?

Le scé­nario, signé par un cer­tain Alan Trez­za sur la base d’un vieux court métrage qu’il a réal­isé, offre au film sa métaphore sur un plateau : le zom­bie ren­tré au foy­er, c’est à la fois la cul­pa­bil­ité qui hante le vivant et la rela­tion qui ne veut pas finir. Là-dessus se calquent des élé­ments pro­pres à rap­pel­er qu’on est bien chez Joe Dante, pour la sig­na­ture sans doute, mais pas seule­ment. Quelques vannes et jeux de mots bien sen­tis clig­nent de l’œil aux cinéphiles (ain­si la bou­tique d’ice-creams se nomme-t-elle, on vous le donne en mille, “I Scream”), tout en met­tant en avant la soli­tude qui guette le geek (voir la blague répétée et tou­jours mal reçue du héros sur “Go to Hell”). Plus fin : le film fait un usage pas idiot des atten­dues cita­tions de clas­siques du ciné­ma bis. Out­re l’im­man­quable appari­tion du titre I Walked with a Zom­bie, cer­taines cita­tions arrivent à point nom­mé pour éclair­er la part la plus secrète de la sit­u­a­tion du héros, soit son déchire­ment entre son désir de tourn­er la page et sa dif­fi­culté intime à le faire. Sur la télé du vidéo-club, un pas­sage du Corps et le Fou­et de Mario Bava, celui où Christo­pher Lee fou­ette Dali­ah Lavi en lâchant “Tu as tou­jours aimé la vio­lence”, est on ne peut plus par­lant : pour se débar­rass­er du cadavre qui s’ac­croche à lui, le jeune homme doit d’abord sur­mon­ter son pro­pre masochisme qui le pousse encore à endur­er les humil­i­a­tions con­ju­gales (l’in­ter­dit suprême étant la nécrophilie à laque­lle feu son ex-future ex veut le con­train­dre).

Voilà qui tend à indi­quer que Joe Dante a encore son âme de cinéaste et d’amoureux du ciné­ma, même attelé à un film qui sem­ble pen­sé pour boucler les fins de mois en sur­fant sur un genre pop­u­laire (ou qui l’a été). Dom­mage que l’on ne le voie pas ici pren­dre son film plus à bras le corps, jouer de la forme comme il a su le faire aupar­a­vant pour exprimer ses idées et ren­dre les scènes plus savoureuses (notam­ment le com­bat final, déce­vant), surtout sur­mon­ter quelques lieux com­muns et le côté prévis­i­ble des péripéties de scé­nario. Un film bien mineur, disions-nous — mais nous revien­drons pren­dre des nou­velles au prochain.