Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses ban­des-son de films favorites et ses sou­venirs cinéphiles. red­starstill (Esther Gla­vany) est pro­duc­trice de musique et ingénieure du son pour le ciné­ma.

“Par sa fac­ulté de révéler la matière des objets, de ren­dre présente la chair des corps der­rière tout dis­cours, le son nous tient, nous prend et nous boule­verse. Il se révèle autant chair des codes que chair des icônes. Et si l’im­age sonore ressus­cite la mémoire de la chair, elle émerge, comme présence vivante, en train d’être vécue, à par­tir de l’é­coute, c’est-à-dire dans l’in­stant aigu de la sen­sa­tion.”

Daniel Deshays, Enten­dre le ciné­ma, p. 27

Pro­duc­trice de musique, je tra­vaille aus­si le son pour le ciné­ma. Ces deux pra­tiques ne sont pas jux­ta­posées mais inter­dépen­dantes selon moi : elles se répon­dent, se nour­ris­sent, et con­ver­gent vers une même hypothèse. Celle d’une coex­is­tence du son, où tout, lit­térale­ment, peut devenir matière. C’est par exem­ple dans le mon­tage son au ciné­ma que ce principe trou­ve un ter­rain fer­tile : un espace de jeu presque infi­ni, où chaque son peut être déplacé, recom­posé, assigné à un autre sens que celui qu’on lui con­nais­sait. Le mix pro­posé ici aurait pu for­mer une tout autre com­po­si­tion ou ensem­ble. Une autre écoute, un autre regard, un autre ancrage. Et, c’est un algo­rithme sen­si­ble dif­férent qui en aurait résulté. Un agence­ment qui n’ex­is­tera nulle part ailleurs que dans cette sélec­tion pré­cise.

Ce qui suit n’est donc pas une col­lec­tion de coups de cœur, mais une série de choix. Tout tra­vail du son, s’il est mené jusqu’au bout de sa logique, est un tra­vail poli­tique : il faut con­stam­ment ques­tion­ner, ou déplac­er la fenêtre qui sem­ble être fixée. C’est dans cet hori­zon-là ant­i­cap­i­tal­iste, antiraciste, antipa­tri­ar­cal, que s’in­scrit mon rap­port au son.

Les per­spec­tives sonores, les rythmes, les niveaux, le mix­age sont autant de moyens de for­mu­la­tion infi­nis : la péri­od­ic­ité d’un son, son image, sa représen­ta­tion, son empreinte, sa super­po­si­tion à d’autres sons, son mou­ve­ment. Tout cela par­ticipe d’une même écri­t­ure de l’e­space-temps… Cette ques­tion du sou­venir sonore, de ce qui reste et de ce qui s’ef­face, est un ques­tion­nement cen­tral dans ma pra­tique du son et dans ma manière d’écouter. Elle rejoint celle que pose Mark Fish­er lorsqu’il évoque le tra­vail de William Basin­s­ki autour du cof­fret The­o­ret­i­cal­ly Pure Antero­grade Amne­sia (2006). Pen­sé autour d’une forme d’am­nésie où l’on garde le sou­venir du passé sans pou­voir en créer de nou­veaux[1]. Basin­s­ki y recrée par le son cette désori­en­ta­tion, en semant “des frag­ments de mélodie émergeant d’un cloaque audio et tonal monot­o­ne”[2], impos­si­bles à situer pré­cisé­ment dans le temps même après plusieurs écoutes.

Je fini­rais mon intro­duc­tion avec une men­tion de la notion de “paysage sonore”, notion pen­sée par R. Mur­ray Schafer (1977)[3], qui pense l’en­vi­ron­nement sonore comme un tis­su de sig­ni­fi­ca­tions plutôt qu’un tas de bruits : des sig­naux repères, des empreintes qui s’an­crent, un silence qui n’est jamais un vide mais l’e­space qui laisse respir­er le reste. Ce sont quelques-uns de ces paysages-là que j’es­saie de vous faire écouter avec ce mix !

“Through its abil­i­ty to reveal the mate­ri­al­i­ty of objects, to make the flesh of bod­ies present behind all dis­course, sound holds us, seizes us, and moves us. It proves to be as much the flesh of codes as the flesh of icons. And if the son­ic image res­ur­rects the mem­o­ry of the flesh, it emerges as a liv­ing pres­ence, unfold­ing through the act of lis­ten­ing itself—that is, in the acute instant of sen­sa­tion.”

Daniel Deshays, Enten­dre le ciné­ma, p. 27

I am a music pro­duc­er, I also work in sound for cin­e­ma. To me, these two prac­tices are not sep­a­rate but deeply inter­de­pen­dent: they respond to one anoth­er, nour­ish one anoth­er, and con­verge toward the same hypothesis—that of a coex­is­tence of sound, where lit­er­al­ly any­thing can become mate­r­i­al.

Sound edit­ing for film is per­haps where this prin­ci­ple finds its most fer­tile ground: an almost lim­it­less field of play in which every sound can be dis­placed, recom­posed, and assigned a mean­ing oth­er than the one it orig­i­nal­ly car­ried. The mix pre­sent­ed here could just as eas­i­ly have become an entire­ly dif­fer­ent com­po­si­tion. Anoth­er way of lis­ten­ing, anoth­er per­spec­tive, anoth­er anchor point. A dif­fer­ent sen­so­ry algo­rithm would have emerged. An arrange­ment that exists nowhere else but with­in this pre­cise selec­tion.

What fol­lows, then, is not a col­lec­tion of per­son­al favorites, but a series of delib­er­ate choic­es. Any work with sound, if pur­sued to the end of its own log­ic, is polit­i­cal work: it con­stant­ly requires questioning—or shifting—the frame that appears to be fixed. It is with­in this anti-cap­i­tal­ist, anti-racist and anti-patri­ar­chal hori­zon that my own son­ic prac­tice is sit­u­at­ed.

Son­ic per­spec­tives, rhythms, lev­els and mix­ing offer end­less pos­si­bil­i­ties for artic­u­la­tion: the peri­od­ic­i­ty of a sound, its image, its rep­re­sen­ta­tion, its imprint, the way it over­laps with oth­er sounds, its move­ment. Togeth­er, these ele­ments form a sin­gle writ­ing of space and time.

Ques­tions of son­ic memory—of what remains and what fades away—lie at the heart of both my prac­tice and my way of lis­ten­ing. They res­onate with the ques­tions raised by Mark Fish­er when dis­cussing William Basin­ski’s The­o­ret­i­cal­ly Pure Antero­grade Amne­sia (2006), a work con­ceived around a form of amne­sia in which one retains mem­o­ries of the past while remain­ing unable to cre­ate new ones.¹ Through sound, Basin­s­ki recre­ates this sense of dis­ori­en­ta­tion by scat­ter­ing “frag­ments of melody emerg­ing from a monot­o­nous audio-tonal swamp“² impos­si­ble to place pre­cise­ly in time, even after repeat­ed lis­ten­ing.

I would like to con­clude this intro­duc­tion with the notion of the sound­scape, devel­oped by R. Mur­ray Schafer (1977).³ Schafer under­stands the son­ic envi­ron­ment not as a mere accu­mu­la­tion of nois­es, but as a fab­ric of mean­ings: sig­nals and land­marks, son­ic imprints that become embed­ded in mem­o­ry, and a silence that is nev­er empti­ness but the space that allows every­thing else to breathe.

These are some of the sound­scapes I hope to invite you to lis­ten to through this mix.

SHAKEDOWN BY LEILA WEINRAUB

00′00″ ♪ Sound excerpt (Music by Tim DeWit)

08’33” ♪

Pen­dant près de quinze ans, dans les années 90–2000, Leila Wein­raub a filmé les nuits du Shake­down : un club de strip-tease créé pour et par des femmes noires les­bi­ennes de Los Ange­les. Le film rassem­ble archives VHS, inter­views et scènes de club en un seul geste. Presque une mix­tape visuelle. Shake­down est le réc­it d’une com­mu­nauté qui con­stru­it ses pro­pres représen­ta­tions, en dehors des cir­cuits médi­a­tiques dom­i­nants.

La musique de Tim DeWit enveloppe les images, comme s’il fal­lait traduire en son la ten­dresse d’un lieu qu’on ne filme jamais tout à fait de l’ex­térieur. Aus­si, le tra­vail sonore par­ticipe pleine­ment à cette posi­tion. Wein­raub refuse le mix­age démon­stratif ou l’ex­pli­ca­tion par la voix-off : l’é­coute demeure immergée dans le club, tra­ver­sée par les bass­es, les cris, les con­ver­sa­tions, les annonces du DJ et les réver­béra­tions pro­pres à un espace sat­uré de corps. Les fron­tières entre musique, ambiance et parole restent volon­taire­ment poreuses.

For near­ly fif­teen years, through­out the 1990s and 2000s, Leila Wein­raub doc­u­ment­ed the nights of Shake­down, a strip club cre­at­ed by and for Black les­bian women in Los Ange­les. The film brings togeth­er VHS archives, inter­views and club footage in a sin­gle gesture—almost like a visu­al mix­tape. Shake­down tells the sto­ry of a com­mu­ni­ty cre­at­ing its own rep­re­sen­ta­tions beyond the reach of main­stream media.

Tim DeWit’s score envelops the images, trans­lat­ing into sound the ten­der­ness of a place that is nev­er filmed entire­ly from the out­side. The film’s sound design ful­ly par­tic­i­pates in this posi­tion. Wein­raub rejects demon­stra­tive mix­ing and explana­to­ry voice-over: we remain immersed in the club, car­ried by bass fre­quen­cies, shouts, con­ver­sa­tions, DJ announce­ments and the rever­ber­a­tion of a space sat­u­rat­ed with bod­ies. The bound­aries between music, ambi­ence and speech remain delib­er­ate­ly porous.

AFTERSUN BY CHARLOTTE WELLS

03′40″ ♪ Sound excerpt (Music by Oliv­er Coates)

Une jeune femme se sou­vient des dernières vacances passées avec son père, en Turquie, quand elle avait onze ans. Le film pro­gresse avec une sen­sa­tion de dis­tance. Cas­sette vidéo, sou­venirs flous, hors-champ, sans jamais totale­ment dire ce qui a suivi ce voy­age.

Le son de ce film m’a telle­ment mar­qué que j’ai même sam­plé les pleurs du papa dans le son éponyme de mon dernier album. Ce qui m’est resté après la sor­tie de la salle de ciné­ma est cette sen­sa­tion de latence créée par le son : le décalage entre ce que Sophie voit enfant et ce qu’elle com­prend des années plus tard. La bande sonore du film est con­stru­ite de sorte à ce que, les espaces où les silences, les res­pi­ra­tions et les sons lais­sés soient une espèce de repro­duc­tion d’une mémoire altérée ? La musique d’Oliver Coates pro­longe cette idée de réma­nence : une matière sonore qui revient, se déforme et sem­ble tou­jours sur le point de dis­paraître.

A young woman looks back on the last hol­i­day she shared with her father in Turkey when she was eleven years old. The film unfolds through a sense of dis­tance: cam­corder footage, blurred mem­o­ries, off-screen spaces—never ful­ly reveal­ing what hap­pened after that trip.

The sound of this film affect­ed me so deeply that I end­ed up sam­pling the father’s sobs in the title track of my lat­est album. What stayed with me long after leav­ing the cin­e­ma was this feel­ing of laten­cy cre­at­ed through sound—the gap between what Sophie sees as a child and what she comes to under­stand years lat­er. The sound­track is shaped so that its silences, breaths and lin­ger­ing son­ic traces become an evo­ca­tion of altered mem­o­ry. Oliv­er Coates’ score extends this sense of per­sis­tence: a son­ic mate­r­i­al that returns, shifts, and always seems on the verge of dis­ap­pear­ing.

HYPE WILLIAMS — 2008 2011 BY INGA COPELAND & DEAN BLUNT

06′08″ ♪ Orig­i­nal Score by Hype Williams

14′32″ ♪ 

Dif­fi­cile de par­ler de l’avant-garde musi­cale bri­tan­nique des années 2010 sans évo­quer Hype Williams. Duo iconique com­posé de Dean Blunt et Inga Copeland. Iels ont dévelop­pé entre 2007 et 2012 une série de vidéos et de com­pi­la­tions, mêlant par exem­ple pop cul­ture, clips trou­vés et sam­ples défor­més. Ce mon­tage vidéo en com­pile une par­tie.

Le son, “non résolu”, est une matière ambiante et vivante. Ce qui rend leur tra­vail pro­fondé­ment mar­quant est peut-être cette affir­ma­tion rad­i­cale : créer sans deman­der d’autorisation, faire exis­ter une forme sim­ple­ment parce qu’elle doit exis­ter. Mais cette lib­erté n’est pas un geste abstrait ou détaché du monde : elle s’inscrit dans un con­texte pré­cis, celui d’une généra­tion d’artistes bri­tan­niques tra­vail­lant depuis les marges des indus­tries cul­turelles, se réap­pro­pri­ant des images, des sons et des out­ils qui ne leur étaient pas néces­saire­ment des­tinés. Leur pro­duc­tion devient pour moi un espace de résis­tance et d’invention. Un geste qui dit moins « regardez-moi » que « cette chose existe parce que je l’aime, et cette exis­tence même con­stitue déjà une prise de posi­tion ».

It is dif­fi­cult to speak about the British musi­cal avant-garde of the 2010s with­out men­tion­ing Hype Williams, the icon­ic duo formed by Dean Blunt and Inga Copeland. Between 2007 and 2012, they pro­duced a series of videos and com­pi­la­tions that brought togeth­er ele­ments of pop cul­ture, found footage, and manip­u­lat­ed sam­ples. This video mon­tage assem­bles frag­ments of that body of work.

Their sound is delib­er­ate­ly unre­solved: ambi­ent, unsta­ble, and alive. What makes their work so com­pelling is per­haps its rad­i­cal proposition—to cre­ate with­out ask­ing per­mis­sion, to bring a form into exis­tence sim­ply because it needs to exist. Yet this free­dom is nev­er abstract or detached from the world. It emerges from a spe­cif­ic con­text: a gen­er­a­tion of British artists work­ing from the mar­gins of the cul­tur­al indus­tries, reclaim­ing images, sounds and tools that were not nec­es­sar­i­ly meant for them. For me, their work becomes a space of resis­tance and inven­tion, a ges­ture that says less “look at me” than “this exists because I love it—and that exis­tence alone is already a polit­i­cal stance.”

BORDER BY LAURA WADDINGTON

10′26″ ♪ Sound excerpt

En 2002, Lau­ra Wadding­ton passe plusieurs mois cachée dans les champs autour du camp de San­gat­te, aux côtés de réfugiés afghans et irakiens qui ten­tent de tra­vers­er le tun­nel sous la Manche. Filmé de nuit, avec l’ob­tu­ra­teur grand ouvert pour capter la moin­dre lumière, le film ne mon­tre presque jamais les vis­ages : seule­ment des sil­hou­ettes, trem­blées, presque fan­toma­tiques.

Les souf­fles, les vents, les bruits loin­tains et les nappes élec­tron­iques con­stru­isent un espace sonore aus­si incer­tain que l’im­age. Cette impré­ci­sion n’est jamais un manque : elle devient une posi­tion éthique.

In 2002, Lau­ra Wadding­ton spent sev­er­al months hid­den in the fields sur­round­ing the San­gat­te refugee camp, along­side Afghan and Iraqi refugees attempt­ing to cross the Chan­nel Tun­nel. Shot at night with the cam­er­a’s shut­ter wide open to cap­ture the faintest traces of light, the film almost nev­er shows faces—only trem­bling sil­hou­ettes, ghost-like fig­ures.

Breath­ing, wind, dis­tant nois­es and elec­tron­ic drones build a son­ic space as uncer­tain as the image itself. This impre­ci­sion is nev­er a short­com­ing; it becomes an eth­i­cal posi­tion.

FORSISSIES BY CORA LLEDO

16′15″ ♪ Sound excerpt (Music by For­sissies)

Forssisies est un doc­u­men­taire réal­isé par Cora Lle­do, une plongée dans l’univers du groupe élec­tro-punk brux­el­lois du même nom. Tourné entre Brux­elles, Paris et les Ardennes, le film suit qua­tre musi­ci­ennes dans leur quo­ti­di­en, leurs répéti­tions et leurs con­certs. En faisant émerg­er une parole sur la colère fémin­iste, la soror­ité et le désir de créer un espace où la musique devient un out­il d’expression, et de retourne­ment de pou­voir.

J’ai eu la chance de tra­vailler sur le son du film en tant que pre­neuse de son, puis de réalis­er son mix­age dans le cadre d’un pro­jet de troisième année avec l’INSAS. Ce pro­jet a été une réflex­ion sur ce que peut être un son doc­u­men­taire : com­ment préserv­er une matière vivante, par­fois déséquili­brée, sans chercher à la nor­malis­er ? Ce film m’a encore appris à écouter : pour accom­pa­g­n­er à la fois la force d’un dis­cours et une matière sonore extrême­ment riche d’un groupe dont la musique repose sur l’én­ergie et la sat­u­ra­tion. En doc­u­men­taire, on ne con­trôle jamais totale­ment l’espace d’enregistrement. On accepte les dis­tances, les acci­dents, les voix qui dis­parais­sent der­rière une basse ou un mur d’ampli.

Forssisies is a doc­u­men­tary by Cora Lle­do, an immer­sion into the world of the Brus­sels-based elec­tro-punk band of the same name. Filmed across Brus­sels, Paris and the Ardennes, it fol­lows four musi­cians through their dai­ly lives, rehearsals and per­for­mances, while bring­ing for­ward a con­ver­sa­tion about fem­i­nist anger, sis­ter­hood, and the desire to cre­ate a space where music becomes both a tool for expres­sion and a means of reclaim­ing pow­er.

I had the oppor­tu­ni­ty to work on the film as its sound recordist, as well as mix­ing engi­neer it as part of my third-year project at INSAS. The project became a reflec­tion on what doc­u­men­tary sound can be: how do you pre­serve a liv­ing, some­times unbal­anced son­ic mate­r­i­al with­out try­ing to nor­malise it? This film taught me, once again, how to listen—how to sup­port both the strength of a polit­i­cal voice and the extra­or­di­nar­i­ly rich son­ic tex­ture of a band whose music is built on ener­gy and sat­u­ra­tion. In doc­u­men­tary film­mak­ing, you nev­er have com­plete con­trol over the record­ing envi­ron­ment. You learn to embrace dis­tance, acci­dents, and voic­es that dis­ap­pear behind a bassline or a wall of ampli­fiers.

ATLANTIQUE BY MATI DIOP

19′46″ ♪ Orig­i­nal Score by Fati­ma Al Qadiri

21′22″ ♪

À Dakar, un groupe de jeunes ouvri­ers dis­paraît en mer en ten­tant de rejoin­dre l’Eu­rope ; leurs fiancées, restées à terre, sont bien­tôt vis­itées par des présences qui n’en sont pas tout à fait. Mati Diop con­stru­it un film de fan­tômes poli­tiques, entre réal­isme social et fable sur­na­turelle.

La bande son de Fati­ma Al Qadiri installe une ten­sion per­ma­nente entre le con­cret (le port, le chantier, la ville) et l’ir­ré­solu du deuil col­lec­tif. Le son fait exis­ter ce qui, dans l’im­age, reste à la lisière du vis­i­ble : les absents, et ce qu’ils lais­sent der­rière eux.

In Dakar, a group of young con­struc­tion work­ers dis­ap­pear at sea while attempt­ing to reach Europe. The fiancées they leave behind are soon vis­it­ed by pres­ences that are not quite ghosts. Mati Diop crafts a film of polit­i­cal haunt­ings, sus­pend­ed between social real­ism and super­nat­ur­al fable.

Fati­ma Al Qadiri’s score sus­tains a con­stant ten­sion between the tangible—the port, the con­struc­tion site, the city—and the unre­solved nature of col­lec­tive grief. The sound­track gives pres­ence to what remains at the edge of the screen: those who are absent, and what they leave behind.



ON VANISHING LAND BY JUSTIN BARTON & MARK FISHER

23′04″ ♪ Sound excerpt

On Van­ish­ing Land est une fic­tion sonore prenant la forme d’une dérive le long de la côte du Suf­folk, entre le port indus­triel de Felixs­towe et le site archéologique de Sut­ton Hoo. À tra­vers réc­it, fic­tion, his­toire locale et enreg­istrements de ter­rain, Justin Bar­ton et Mark Fish­er imag­i­nent une géo­gra­phie han­tée où dif­férentes strates tem­porelles coex­is­tent. Le “film” pro­longe une idée cen­trale de Fish­er : les paysages con­tem­po­rains sont han­tés par ce que le cap­i­tal­isme a effacé, mais aus­si par les futurs qui auraient pu exis­ter. Le lit­toral du Suf­folk devient ain­si un lieu où dif­férentes tem­po­ral­ités entrent en col­li­sion.

J’ai choisi cet extrait parce qu’il pose une ques­tion : une œuvre sonore peut-elle être du ciné­ma ? Sans image, On Van­ish­ing Land pro­duit pour­tant une expéri­ence pro­fondé­ment ciné­matographique, non pas en illus­trant un paysage mais en organ­isant une per­cep­tion du temps et de l’e­space. La voix, les pris­es de sons, et leurs traite­ments com­posent une fic­tion sonore où le port con­tem­po­rain de Felixs­towe, sym­bole du cap­i­tal­isme logis­tique, entre en col­li­sion avec les traces archéologiques et les fan­tômes du passé. Le son devient ici une sorte de méth­ode de pen­sée, un chemin qui n’aboutit pas.

J’en prof­ite égale­ment pour ren­dre hom­mage au tra­vail de Mark Fish­er qui est fon­da­men­tal. À cette occa­sion, j’ai com­posé la musique du générique du long métrage We Are Mak­ing A Film About Mark Fish­er, un film col­lec­tif et aut­o­fi­nancé, sor­ti en 2025.

On Van­ish­ing Land is a son­ic fic­tion that takes the form of a drift along the Suf­folk coast­line, between the indus­tri­al port of Felixs­towe and the archae­o­log­i­cal site of Sut­ton Hoo. Through sto­ry­telling, fic­tion, local his­to­ry and field record­ings, Justin Bar­ton and Mark Fish­er imag­ine a haunt­ed geog­ra­phy where mul­ti­ple tem­po­ral lay­ers coex­ist. The “film” extends one of Fish­er’s cen­tral ideas: that con­tem­po­rary land­scapes are haunt­ed not only by what cap­i­tal­ism has erased, but also by the futures that nev­er came. The Suf­folk coast becomes a place where dif­fer­ent tem­po­ral­i­ties col­lide.

I chose this excerpt because it rais­es a ques­tion: at what point does a son­ic work become cin­e­ma? Even with­out images, On Van­ish­ing Land pro­duces a pro­found­ly cin­e­mat­ic experience—not by illus­trat­ing a land­scape, but by organ­is­ing our per­cep­tion of time and space. Voice, field record­ings and their son­ic treat­ments com­pose a form of audio fic­tion in which the con­tem­po­rary port of Felixstowe—a sym­bol of logis­ti­cal capitalism—collides with archae­o­log­i­cal traces and the ghosts of the past. Here, sound becomes a method of think­ing: a path that nev­er seeks res­o­lu­tion.

I’d also like to take this oppor­tu­ni­ty to pay trib­ute to Mark Fish­er, whose work I con­sid­er essen­tial. I com­posed the open­ing cred­its music for the fea­ture film We Are Mak­ing A Film About Mark Fish­er, a col­lec­tive­ly made, self-fund­ed project released in 2025.

https://www.theguardian.com/film/2026/apr/17/we-are-making-a-film-about-mark-fisher-capitalist-realism

MANDY BY PANOS COSMATOS

27′44″ ♪ Orig­i­nal Score by Jóhann Jóhanssonn

Dans une forêt isolée pen­dant les années 1980, une secte détru­it la vie tran­quille d’un cou­ple ; ce qui suit est une vengeance sen­sorielle sous LSD, sat­urée de rouge et de fumée.

Dernière com­po­si­tion de Jóhann Jóhanns­son pour le ciné­ma, la musique de Mandy est vrai­ment une expéri­ence, nour­rie par le doom met­al, le heavy met­al, et les “grandes mass­es sonores” du ciné­ma fan­tas­tique. La musique et le son for­ment une matière physique, une immer­sion où chaque vibra­tion pro­longe l’état de transe du film. D’ailleurs, une des cita­tions du film est la pochette de mon dernier album.

Set in an iso­lat­ed for­est in the 1980s, Mandy begins when a reli­gious cult destroys the qui­et life of a cou­ple. What fol­lows is an LSD-soaked revenge sto­ry, sat­u­rat­ed with red lights and clouds of smoke.

Jóhann Jóhannsson’s final score for cin­e­ma is less a sound­track than a phys­i­cal expe­ri­ence, draw­ing from doom met­al, heavy met­al and the “son­ic mass­es” of fan­ta­sy cin­e­ma. The music and the sound are almost like phys­i­cal mat­ter, in which every vibra­tion extends the film’s hal­lu­ci­na­to­ry trance. A quote from the film even appears on the cov­er of my lat­est album.

“When I die 

Bury me deep 

Lay two speak­ers at my feet 

Wrap some head­phones 

Around my head 

And rock and roll me”

GHOST DOG BY JIM JARMUSCH

31′36″ ♪ Sound excerpt (Music by Cease Gunz) & Orig­i­nal Score by RZA

Un tueur à gages afro-améri­cain vit selon le code des samouraïs, com­mu­nique par pigeons voyageurs, et tra­vaille pour un mafieux qui lui a sauvé la vie.

Le Samu­rai theme, com­posé par RZA, mem­bre fon­da­teur du Wu-Tang Clan, a large­ment con­tribué à faire de Ghost Dog une œuvre culte, en faisant dia­loguer la cul­ture hip-hop de la côte Est, et le ciné­ma de samouraïs. Fig­ure pio­nnière de cette généra­tion de pro­duc­teurs qui ont redéfi­ni le lan­gage du rap dans les années 1990, le Wu-Tang Clan a pro­fondé­ment influ­encé mon pro­pre rap­port à la musique et à l’im­age.

An African Amer­i­can hit­man lives accord­ing to the code of the samu­rai, com­mu­ni­cates by car­ri­er pigeon, and works for the Mafia boss who once saved his life.

The Samu­rai Theme, com­posed by RZA—founding mem­ber of the Wu-Tang Clan—played a major role in mak­ing Ghost Dog a cult clas­sic by bring­ing East Coast hip-hop into dia­logue with samu­rai cin­e­ma. As pio­neers of a gen­er­a­tion of pro­duc­ers who reshaped the lan­guage of rap through­out the 1990s, the Wu-Tang Clan pro­found­ly influ­enced my own rela­tion­ship to both music and image.

CARE BY KLEIN

34′36″ ♪ Sound excerpt (Music by Klein)

Musi­ci­enne lon­doni­enne et artiste mul­ti­dis­ci­plinaire, Klein a conçu Care comme une comédie musi­cale fan­tas­tique, inspirée à la fois des con­tes de princess­es Dis­ney et du sys­tème bri­tan­nique de pro­tec­tion de l’en­fance (le “care sys­tem“).

Chez Klein, les bugs de micro, les coupures, les com­pres­sions numériques, les voix défor­mées ou les rup­tures de lec­ture ne sont jamais des acci­dents : ils con­stituent la matière même de son lan­gage. Le défaut devient un out­il de com­po­si­tion comme les autres, comme n’im­porte quelle banque de son ou de plug in. Le choix du “défaut” est capa­ble de pro­duire de nou­velles émo­tions et de nou­velles façons d’é­couter.

Décou­vrir son tra­vail a pro­fondé­ment trans­for­mé mon rap­port au son. Sa manière d’in­té­gr­er l’im­per­fec­tion, les erreurs numériques et les tex­tures dégradées a été l’une des influ­ences les plus déter­mi­nantes dans ma façon de penser le son au quo­ti­di­en, bien au-delà du ciné­ma. Au fond, ce n’est pas for­cé­ment une ques­tion d’imperfection mais d’arriver à porter ce regard là sur notre envi­ron­nement quo­ti­di­en et nos actes de créa­tion. Et con­tin­uer con­stam­ment à se ques­tion­ner sur : “Pourquoi je choi­sis ou fais ça ? Et pourquoi cela plutôt qu’autre chose ?”

Lon­don-based musi­cian and mul­ti­dis­ci­pli­nary artist Klein con­ceived Care as a fan­tas­ti­cal musi­cal inspired equal­ly by Dis­ney princess sto­ries and the British child wel­fare system—the “care sys­tem”.

In Klein’s work, micro­phone glitch­es, dig­i­tal com­pres­sion, abrupt cuts, dis­tort­ed voic­es and play­back inter­rup­tions are nev­er acci­dents: they are the very mate­r­i­al of her lan­guage. Degra­da­tion itself becomes a com­po­si­tion­al tool, no dif­fer­ent from a sam­ple library or a plug-in. Choos­ing to work with these so-called “defects” opens up new emo­tion­al reg­is­ters and new ways of lis­ten­ing.

Dis­cov­er­ing Klein’s work pro­found­ly trans­formed my own rela­tion­ship to sound. Her way of embrac­ing dig­i­tal errors, degrad­ed tex­tures and tech­no­log­i­cal imper­fec­tions has been one of the most deci­sive influ­ences on how I think about sound—not only in cin­e­ma, but in every­day life. Ulti­mate­ly, it is per­haps less about imper­fec­tion than about learn­ing to look at our every­day son­ic envi­ron­ment, and at our own cre­ative ges­tures, through a dif­fer­ent lens. To keep ask­ing our­selves: why am I choos­ing this? Why this, rather than some­thing else?

HARU: THE ISLAND OF THE SOLITARY BY KANERVA CEDERSTRÖM & RIIKKA TANNER

36′32″ ♪ Orig­i­nal Score by Rin­neRa­dio

L’écrivaine fin­landaise Tove Jans­son et sa com­pagne Tuu­lik­ki Pietilä ont passé vingt-cinq étés sur l’îlot de Klovharu, dans le golfe de Fin­lande. Le film est con­stru­it à par­tir des images Super 8 qu’elles ont filmées l’une de l’autre pen­dant vingt ans, qui com­posent peu à peu le por­trait d’une vie partagée, de leur intim­ité et de leur vieil­lir ensem­ble.

Peu de dia­logue, beau­coup de mer, de vent et de gestes rou­tiniers. La bande-son est très douce, et la musique de Rinne Radio accom­pa­gne et laisse au silence toute la place qu’il mérite.

Finnish writer Tove Jans­son and her part­ner Tuu­lik­ki Pietilä spent twen­ty-five sum­mers on the tiny island of Klovharu in the Gulf of Fin­land. Built from the Super 8 films they made of one anoth­er over the course of two decades, the doc­u­men­tary grad­u­al­ly becomes a por­trait of a shared life, of inti­ma­cy, and of grow­ing old togeth­er.

There is very lit­tle dialogue—mostly sea, wind and every­day ges­tures. The sound­track is remark­ably gen­tle, and Rin­neRa­dio’s music accom­pa­nies the images while leav­ing silence all the space it deserves.

SÉCURISE TES IMAGES : DÉTRUIS-LES BY LORY GLENN

39′28″ ♪ Orig­i­nal Score by Elouann & Maël Durieu

Le 25 mars 2023, Lory Glenn filme la man­i­fes­ta­tion con­tre les méga-bassines à Sainte-Soline. Evéne­ment mar­qué par une répres­sion poli­cière d’une vio­lence excep­tion­nelle : usage mas­sif de grenades, blessures graves et affron­te­ments. En décou­vrant ses images après coup, il se con­fronte à une ques­tion : com­ment témoign­er d’une lutte sans trans­former les per­son­nes filmées en preuves exploita­bles par des dis­posi­tifs de sur­veil­lance.

J’ai trou­vé le tra­vail sonore d’Elouann et Maël Durieu mar­quant dans leur manière de recon­stru­ire une mémoire d’un événe­ment trau­ma­tique à tra­vers une expéri­ence physique. Sans voix off ni réc­it expli­catif, le film inter­roge la manière de restituer une telle vio­lence. En l’oc­cur­rence celle d’un événe­ment pré­cis, à par­tir de frag­ments de sou­venirs, de sen­sa­tions. La force du film réside dans la coex­is­tence pré­cise entre image et son : chaque plan sonore par­ticipe à la con­struc­tion d’un espace men­tal. Les silences, les matières et les dif­férents plans sonores d’écoute coex­is­tent. Le son ouvre un niveau de per­cep­tion de l’événement.

On 25 March 2023, Lory Glenn filmed the protest against the Sainte-Soline mega-basins, an event marked by excep­tion­al­ly vio­lent police repres­sion: the mas­sive use of explo­sive grenades, severe injuries and vio­lent clash­es. Revis­it­ing the footage after­wards, he was con­front­ed with a ques­tion: how can one bear wit­ness to a polit­i­cal strug­gle with­out turn­ing the peo­ple being filmed into evi­dence that can lat­er be exploit­ed by sur­veil­lance sys­tems?

What struck me most about the work of Elouann and Maël Durieu was the way they recon­struct the mem­o­ry of a trau­mat­ic event through a phys­i­cal son­ic expe­ri­ence. With­out voice-over or explana­to­ry nar­ra­tion, the film asks how such vio­lence can be conveyed—through frag­ments of mem­o­ry, sen­sa­tion and per­cep­tion rather than through a lin­ear account. Its strength lies in the pre­cise coex­is­tence of image and sound: every son­ic lay­er con­tributes to the con­struc­tion of a men­tal space. Silences, tex­tures and dif­fer­ent planes of lis­ten­ing coex­ist, open­ing up anoth­er way of per­ceiv­ing the event.



PERFECT BLUE BY SATOSHI KON

44′54″ ♪ Orig­i­nal Score by Masahi­ro Iku­mi

Une idole pop japon­aise quitte la musique pour devenir actrice. Com­mence alors un dédou­ble­ment pro­gres­sif entre son anci­enne image publique et sa nou­velle vie, jusqu’à ce que réal­ité et fic­tion ne soient plus démêlables. Kon con­stru­it un thriller psy­chologique sur l’i­den­tité et la sur­veil­lance, prophé­tique sur l’ère des réseaux.

A Japan­ese pop idol leaves the music indus­try to become an actress. What fol­lows is a grad­ual split­ting between her for­mer pub­lic per­sona and her new life, until real­i­ty and fic­tion become impos­si­ble to dis­en­tan­gle. Satoshi Kon deliv­ers a psy­cho­log­i­cal thriller about iden­ti­ty and sur­veil­lance that proved prophet­ic in antic­i­pat­ing the age of social media.

BLESSED BLESSED OBLIVION BY JUMANA MANNA

49′37″ ♪ Orig­i­nal Score by Sama Ahmed

À Jérusalem-Est, dans des salles de sport, des car­rosseries et des salons de coif­fure, Jumana Man­na, réal­isatrice pales­tini­enne, filme une cul­ture mas­cu­line de la per­for­mance et du pres­tige.

La bande-son, faite de pop et de poésie dite à voix haute, fonc­tionne en col­lage : elle expose autant qu’elle célèbre les rit­uels vir­ils qu’elle doc­u­mente. Man­na se laisse séduire par ses per­son­nages sans jamais renon­cer à leur ambiva­lence.

In East Jerusalem, across gyms, auto body shops and hair salons, Pales­tin­ian film­mak­er Jumana Man­na observes a mas­cu­line cul­ture built around per­for­mance, phys­i­cal­i­ty and pres­tige.

Com­posed of pop songs and spo­ken poet­ry, the sound­track func­tions as a col­lage: it both reveals and cel­e­brates the mas­cu­line rit­u­als it doc­u­ments. Man­na allows her­self to be seduced by her sub­jects with­out ever aban­don­ing their ambi­gu­i­ty.

TERRITORIES BY ISAAC JULIEN

51′58″ ♪ Sound excerpt

Réal­isé au sein du col­lec­tif Sanko­fa, Ter­ri­to­ries utilise le car­naval de Not­ting Hill comme un espace de con­fronta­tion entre cul­ture noire bri­tan­nique, représen­ta­tion médi­a­tique et con­trôle polici­er. En pleine péri­ode post-émeutes de Brix­ton et de fortes ten­sions autour de la crim­i­nal­i­sa­tion des com­mu­nautés noires au Roy­aume-Uni, le film refuse l’image d’un car­naval réduit à une sim­ple célébra­tion cul­turelle : il le présente comme un ter­ri­toire poli­tique, tra­ver­sé par des rap­ports de pou­voir.

Le tra­vail sonore est ancré dans cette his­toire. Inspiré par la logique du sound sys­tem, le film repro­duit au son cette logique avec des super­po­si­tions de rup­tures, de voix con­cur­rentes et de musiques se répon­dent. Avec une alter­nance entre deux musiques prin­ci­pales: Free­dom Chant de Mad Pro­fes­sor et Sac­co and Vanzetti d’En­nio Mor­ri­cone. La bande sonore agit comme archive vivante d’une dias­po­ra qui affirme son droit à l’e­space pub­lic.

Made as part of the Sanko­fa Film and Video Col­lec­tive, Ter­ri­to­ries uses the Not­ting Hill Car­ni­val as a set­ting, where Black British cul­ture, media rep­re­sen­ta­tion and police con­trol col­lide. Pro­duced in the after­math of the Brix­ton upris­ings, dur­ing a peri­od of intense crim­i­nal­i­sa­tion of Black com­mu­ni­ties in the UK, the film refus­es to reduce the Car­ni­val to a sim­ple cul­tur­al cel­e­bra­tion. Instead, it presents it as a polit­i­cal ter­ri­to­ry shaped by pow­er rela­tions.

The sound­track is root­ed in this his­to­ry. Inspired by the log­ic of the sound sys­tem, it recre­ates that same prin­ci­ple through lay­ers of inter­rup­tions, com­pet­ing voic­es and musi­cal coun­ter­point. Alter­nat­ing between Mad Pro­fes­sor’s Free­dom Chant and Ennio Mor­ri­cone’s Sac­co and Vanzetti, the sound­track func­tions as a liv­ing archive of a dias­po­ra claim­ing its right to occu­py pub­lic space.

Mer­ci d’avoir lu et écouté ! - Thank you for reading—and for lis­ten­ing !

Esther Gla­vany aka red­starstill

Notes

Notes
↑1 Mark Fish­er, Spec­tres de ma vie, p. 126.
↑2 Ibid.
↑3 Mur­ray Schafer, The Tun­ing of the World, 1977.