Critikat

Roubaix, une lumière

par Josué Morel

« Un film dirigé par Arnaud Desplechin » nous dit le générique de fin. Que déduire de cette formulation ? Peut-être moins que le film organise un chaos (le style nerveux et pris sur le vif qu’il adopte) ou s'en remet à ses acteurs (dont les visages et les profils détonnent là aussi dans le cinéma de Desplechin) qu'il ne s'achemine, comme…

Matthias & Maxime

par Sylvain Blandy

Pour les besoins du tournage d’un petit film amateur, Matthias (Gabriel d’Almeida Freitas) et Maxime (Xavier Dolan) sont contraints d'échanger un baiser. Véritable déflagration, il suscite en chacun des deux amis un trouble dont le film s'efforcera de suivre la trace, en enregistrant la façon dont il ébranle les certitudes les mieux installées (l'orientation sexuelle des personnages, l'opportunité du départ…

Parasite

par Josué Morel

Parasite n’est pas un mauvais film, loin de là, mais il déçoit un peu au regard de ce qu’il met en place – un jeu de stratifications sociales et spatiales dans une maison bourgeoise – et de ce qu’il peine à finalement atteindre – une épaisseur qui irait au-delà d’un quadrillage topographique joueur et bien tenu. Le film est à…

Once Upon a Time… in Hollywood

par Josué Morel

Le travail d’un critique demande parfois de prendre un recul qu’une manifestation comme Cannes n’encourage guère. Prenez par exemple Once Upon a Time... in Hollywood, le nouveau film de Quentin Tarantino, haut la main le titre le plus attendu de cette édition. Avant la projection, le cinéaste faisait lire une lettre, un peu maladroite, qui nous invitait à ne pas…

Frankie

par Josué Morel

Le plus beau plan de Frankie se trouve à la toute fin du film et il a quelque peu le défaut de surligner son ambition : face à la mer, un groupe d’amis contemple le soleil se coucher, tandis que ses reflets sur l’azur forment comme un ruban dorée que prolonge un sentier terreux que les personnages vont, un à…

Portrait de la jeune fille en feu

par Thomas Lequeu

Portrait de la jeune fille en feu narre les amours impossibles de Marianne et d'Héloïse à la fin du XVIIIe siècle. La première, peintre, a été embauchée par la mère de la seconde pour réaliser le portrait de sa fille, destiné à l’homme qu’elle doit épouser. Héloïse, opposée à ce mariage arrangé, refuse cependant de poser. Marianne, qui se fait…

Le Jeune Ahmed

par Sylvain Blandy

Curieux objet que le dernier film des Frères Dardenne qui, posant d’emblée la « radicalité » du jeune Ahmed comme une donnée brute, ne cherchera jamais à l’inscrire dans un faisceau d’indices susceptibles de l’expliquer ou de la discuter. Si l’on connaît au garçon un cousin emporté par le djihadisme et un père absent, le film se dérobe d’autant plus…

La Gomera

par Josué Morel

Très attendu pour son entrée en compétition, Corneliu Porumboiu déçoit pour tout dire un peu, même si le film suscite suffisamment de curiosité pour qu'on ne livre pas tout de suite un jugement définitif. La Gomera, à mi-chemin entre la comédie réflexive et le film policier, fait le récit d'un double apprentissage. Le premier concerne une langue sifflée, par laquelle…

Une Vie cachée

par Josué Morel

Radegund est un village « situé au-dessus des nuages », détail qui a son importance dans l’économie du récit. D’abord parce que la Seconde Guerre Mondiale, qui vient troubler la belle harmonie du hameau, se voit dans un premier temps figurée par le simple son d’un avion transperçant le ciel, mais aussi et surtout parce que cette position intermédiaire entre deux…

Le Lac aux oies sauvages

par Josué Morel

Le Lac aux oies sauvages appartient à ce qui s’apparente désormais à un sous-genre festivalier, le polar chinois nocturne, dont Black Coal, déjà de Diao Yinan, constituerait une sorte de mètre-étalon. Ce nouveau film, qui raconte une chasse à l’homme sur fond de règlements de comptes et de trahisons, a le mérite de s’écarter de toute perspective sociologique ou métaphysique…

Little Joe

par Josué Morel

Les films de Jessica Hausner suivent, en dépit de leur cadres et inspirations très distincts, un même cap et plus encore un beau problème de cinéaste : comment filmer l'invisible et, dans le même temps, ne pas complètement le vider de son ambivalence ? Little Joe, première entrée en compétition pour la réalisatrice autrichienne, promettait beaucoup avec son récit lointainement…

Douleur et gloire

par Thomas Lequeu

Juste avant d’opérer l’œsophage de Salvador, un chirurgien lui demande si son prochain film sera plutôt une comédie ou un drame. Le réalisateur, allongé sur la table d’hôpital, répond « On ne le sait que… » avant de s’endormir sous l’effet de l’anesthésie. Comme ce secret de polichinelle en forme de devinette, tout le film repose sur l’ambiguïté d’une autobiographie qui se…

Sorry We Missed You

par Josué Morel

« Mais qu’est-il donc arrivée à la journée de huit heures ? » La question, sur laquelle se referme une séquence, constitue le « problème » du nouveau film de Ken Loach, toujours coscénarisé avec Paul Laverty. Problème plus que sujet, car l’intérêt du film tient précisément dans la manière dont il rend compte d’une reconfiguration du capitalisme – l’adoption d’un…

Atlantique

par Thomas Lequeu

Retour des zombies sur la Croisette, même si les morts-vivants de Mati Diop se révèlent toutefois nettement plus flegmatiques que ceux de Jarmusch. Tout commence ici comme une histoire d’amour impossible entre Souleiman et Ada, promise contre son gré à un autre. Le film creuse sa veine sociale en esquissant le portrait quasi-documentaire d’une jeunesse sénégalaise à travers ces deux…

Bacurau

par Josué Morel

On s’étonne un peu, pour être mesuré, de l’enthousiasme critique suscité par Bacurau, troisième film de Kleber Mendonça Filho, qui confirme un net infléchissement formel de la part du réalisateur des Bruits de Recife, dont Aquarius, toutefois défendu à l’époque dans nos colonnes, avait déjà déçu certains (dont l’auteur de ces lignes). Le film s’ouvre pourtant sur une séduisante séquence…

Les Misérables

par Josué Morel

Que peut-on attendre d’un critique, a fortiori au Festival de Cannes, où il se trouve en première ligne face aux films ? Idéalement, qu’il rende compte de ce que le film fait ou cherche à faire, en fondant son regard dans le regard du film lui-même, de sorte que sa subjectivité s’exprime naturellement dans les plis d’une tentative de restituer,…

The Dead Don’t Die

par Josué Morel

Il n’est pas si étonnant de voir Jim Jarmusch s’emparer de la figure du zombie, lui qui mettait déjà en scène dans Only Lovers Left Alive des morts-vivants aristocrates regardant de haut le reste de l’humanité, qualifiée avec dédain de "goules". Voilà que ces mêmes goules occupent le centre de The Dead Don’t Die, variation post-moderniste du cinéma de George…

Cannes 2018 : le palmarès de la Sélection Officielle

par Gwenaëlle Le Port

Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda a remporté la prestigieuse Palme d’or au 71ème Festival de Cannes alors que son précédent film The Third Murder (2017) est toujours visible sur les écrans français. Le cinéaste japonais avait auparavant reçu le Prix du Jury à Cannes pour Tel père, tel fils en 2013. Sélectionné en 1989 avec Do the Right Thing, Spike Lee…

Ayka

par Thomas Choury

Littéralement borné par deux plans qui se répondent – le premier ouvre le film et montre quatre nouveau-nés braillards sur un chariot de clinique, le second, juste avant l’épilogue, aligne quatre chiots en train de téter leur mère, dans le cabinet d’un vétérinaire – Ayka cède encore, comme de nombreuses œuvres en compétition (Dogman, Les Filles du soleil, BlacKkKlansman) à…

Dogman

par Thomas Choury

Ouvert par la confrontation entre un puissant pitbull très menaçant, tous crocs dehors, et le corps fragile d’un homme qui essaye, péniblement de lutter contre sa peur pour laver le molosse, Dogman pouvait presque déjà être clos tant cette séquence introductive contient tout le programme du film, qui se contentera ensuite de le dérouler et l’hypertrophier. Soit, les amours chiennes…