Critikat

Emmanuelle

par Josué Morel

Audrey Diwan (secondée au scénario par Rebecca Zlotowski) avait nécessairement une idée derrière la tête en faisant le choix étonnant de revisiter la figure très datée d’Emmanuelle, grande bourgeoise libertine au cœur d’une série de romans signés Emmanuelle Arsan, puis de films et de téléfilms érotiques à succès. La scène d’ouverture, située à bord d’un avion emmenant l’héroïne (Noémie Merlant),…

Megalopolis

par Josué Morel

Comment Francis Ford Coppola a-t-il pu signer, à la place de l’opus magnum attendu, un film aussi libre et fou ? Et que raconte au fond Megalopolis, cet improbable film expérimental et baroque à 120 millions de dollars, dont l’inventivité et l’audace foisonnantes ont laissé coi la plupart des spectateurs qui l’ont découvert au dernier Festival de Cannes ? De prime…

Hit Man

par Lukas Moreau

Dans le très beau Everybody Wants Some!!, qui marquait la rencontre entre Richard Linklater et Glen Powell, ce dernier incarnait un adonis lettré clamant des tirades hédonistes dans le feu de bacchanales étudiantes, loin de la figure archétypale du jock benêt propre au teen movie. Hit Man, qui marque un affermissement de leur collaboration (l'acteur coscénarise et coproduit le film),…

Les Belles créatures

par Pierre-Jean Delvolvé

En 2013, Xavier Dolan réalisait un clip estampillé « choc » pour Indochine. Leur titre « College Boy » accompagnait une succession d'images au style sulpicien (entre le noir et blanc et les nombreux ralentis) pour dénoncer le harcèlement scolaire, avec comme acmé une crucifixion dans une cour de récréation. S’il serait sans doute excessif d'en faire une matrice esthétique, on voit pourtant, depuis…

House of the Dragon, saison 2

par Corentin Lê

Contrairement à Game of Thrones, qui proposait à chaque saison une nouvelle variante d’une même modélisation 3D de Westeros, le générique de la deuxième fournée de House of the Dragon diffère plus radicalement de la précédente. Exit les coulées de sang qui se répandent sur une maquette de Port-Réal, jusqu’à constituer un arbre généalogique ; elles sont désormais remplacées par…

Speak No Evil

par Thomas Grignon

Un couple de quadra en invite un autre à la campagne ; lors d’une balade dans les décors bucoliques du Devon, les hommes s’arrêtent ensemble pour hurler dans les plaines, expulsant au pied d’une tour leur frustration à pleins poumons. Speak No Evil ne fait aucun secret de la portée satirique de cette séquence, qui détourne l’imagerie virile du développement…

Toxicily

par Thomas Grignon

Toxicily commence comme un thriller : seul à une station essence, un homme encapuchonné et arborant un masque à gaz fait le plein de sa voiture. Il se rend ensuite discrètement, dans on ne sait quel but, vers une usine de raffinage illuminant le cœur de la nuit sicilienne. Est-il un activiste, un écoterroriste, un scientifique ? Le personnage est…

Les Graines du figuier sauvage

par Corentin Lê

La trame des Graines du figuier sauvage s'inscrit d'abord dans la continuité du Diable n’existe pas, film à sketches sur la peine de mort en Iran pour lequel Mohammad Rasoulof a remporté l’Ours d’or en 2020. À Téhéran, une famille est confrontée à un dilemme moral lorsqu'Iman (Misagh Zare), promu juge d'instruction du tribunal révolutionnaire, est contraint de signer à la…

Ma vie ma gueule

par Marin Gérard

Sophie Fillières était une cinéaste-île. Si on peut la rapprocher d’autres auteurs de sa génération, comme les Larrieu (avec qui elle a collaboré sur leur meilleur film, Un homme un vrai) ou Noémie Lvovsky, l’une de ses camarades de la première promotion de la Fémis, ses films ont toujours évolué à part, dans un à-côté du cinéma français : ils ne ressemblaient…

Dahomey

par Corentin Lê

Après le Grand Prix cannois remporté par Atlantique à en 2019, on pouvait s’attendre à ce que Mati Diop capitalise sur le succès de son premier long-métrage de fiction. Si Dahomey a lui aussi remporté un prix d’importance (l’Ours d’Or au dernier Festival de Berlin), le projet du film prend pourtant une voie en apparence contraire : à la fiction…

Le Procès du chien

par Robin Vaz

Le premier long-métrage de Lætitia Dosch repose sur une idée plutôt séduisante : il confronte la mécanique judiciaire et les codes du film de procès à un animal (un chien) – soit un corps incontrôlable échappant à la rationalisation humaine –, dont le crime est d'avoir mordu une femme alors qu'elle essayait de le caresser. De ce postulat, Le Procès…

Kill

par Josué Morel

Présenté comme un rejeton indien de John Wick, qui est devenu en quelques années la référence incontournable du cinéma d’action contemporain, Kill fait pourtant davantage penser à un autre « nouveau classique » du genre des années 2010 : The Raid de Gareth Evans, auquel il emprunte sa violence débridée et une unité de lieu restreinte pour canaliser la castagne, en l’occurrence un…

Juvenile Court

par Marin Gérard

Davantage que Law and Order (1969) et Hospital (1970), dans lesquels Frederick Wiseman expérimentait encore sa forme, Juvenile Court (1973) marque l’avènement d’une méthode, presque inchangée depuis cinquante ans. Quatre plans seulement installent ici le lieu-sujet : une rue avec une skyline à l’horizon, un bâtiment officiel horizontal et austère, un panneau indiquant « Juvenile Court » (tribunal pour enfants) et un panoramique…

Hospital

par Jean-Sébastien Massart

Lorsque Frederick Wiseman commence à plancher sur le projet de Hospital à la fin des années 1960, le directeur des hôpitaux de New York lui propose deux endroits : un hôpital de Brooklyn et le Metropolitan Hospital, situé à East Harlem. Le documentariste opte rapidement pour le second, où il tourne pendant un mois, à raison de douze heures par…

Law and Order

par Corentin Lê

Assassinat de Martin Luther King puis de Robert Kennedy, émeutes raciales embrasant le pays et campagne présidentielle centrée sur les pouvoirs régaliens… Le contexte de 1968 dans lequel le jeune Frederick Wiseman, qui n’a alors signé que deux films (Titicut Follies et High School), réalise Law and Order est pour le moins imposant et semblait appeler à un documentaire abrasif…

Beetlejuice Beetlejuice

par Jean-Sébastien Massart

Avant de découvrir Beetlejuice Beetlejuice, on accueillait le projet avec beaucoup de réserve et de froideur, voire de méfiance. Pourquoi Tim Burton réalisait-il enfin cette suite écrite depuis plus de trente ans, maintes fois remaniée et déjà mise en chantier il y a une dizaine d’années, avec l’aval de Michael Keaton et Winona Ryder ? À l’instar d’autres films emblématiques des…

À son image

par Clément Colliaux

Après Enquête sur un scandale d’État (2022), Thierry De Peretti revient dans À son image à sa Corse natale, en adaptant le livre éponyme de Jérôme Ferrari qui retrace la vie d’une jeune photographe, Antonia (Clara-Maria Laredo), et celle de ses camarades d’enfance, sur fond d’expansion des organisations indépendantistes du FLNC dans les années 1980 et 1990. Se présentant comme…

Mi Bestia

par Clément Colliaux

Dès ses premières images, Mi Bestia, présenté à l’ACID durant le dernier festival de Cannes, s’affirme comme un objet curieux : chevillée à Mila (Stella Martínez), jeune Colombienne d’une quinzaine d'années, la caméra joue avec le nombre d’images par secondes et le temps d’obturation, rompant avec les normes usuelles de prises de vues, pour conférer aux plans un aspect saccadé…

Une vie rêvée

par Robin Vaz

En se penchant sur la trajectoire de Nicole, mère quinquagénaire au chômage qui élève seule son fils adolescent, le deuxième long-métrage de Morgan Simon s’inscrit dans le champ rebattu du film social, où l’observation de faits de société contemporains (le chômage, la fracture social entre le centre et ses périphéries, les fractures communautaires dans les banlieues) se couple à un…

La Prisonnière de Bordeaux

par Fabrice Fuentes

Aux antipodes de Bowling Saturne, film sombre et sec, La Prisonnière de Bordeaux s’avère lumineux et doux. Écrit à plusieurs mains (dont celles de François Bégaudeau), le film dénote dans une filmographie qui nous a habitués à des trouées narratives et des dérèglements pulsionnels. Le cinéma de Mazuy se montre ici résolument tiède, préférant aux élans affectifs indécidables des ressorts psychologiques plus convenus.…