Présen­té comme un reje­ton indi­en de John Wick, qui est devenu en quelques années la référence incon­tourn­able du ciné­ma d’action con­tem­po­rain, Kill fait pour­tant davan­tage penser à un autre « nou­veau clas­sique » du genre des années 2010 : The Raid de Gareth Evans, auquel il emprunte sa vio­lence débridée et une unité de lieu restreinte pour canalis­er la castagne, en l’occurrence un train à bord duquel est mon­té incog­ni­to un gang de quar­ante voleurs. Détrous­sant les pas­sagers, les ban­dits auront la malchance de décou­vrir que se trou­vent par­mi eux deux com­man­dos suren­trainés – notam­ment Amrit (Kaksh Lal­wani), prêt à tout pour pro­téger sa fiancée, qui fig­ure égale­ment par­mi l’assistance. On ne pour­ra pas reprocher au film d’être tim­o­ré ou dénué d’audace : passé sa mise en place à l’eau de rose, il déploie un chapelet de corps sup­pli­ciés et mas­sacrés par à peu près toutes les armes imag­in­ables – mains nues, mas­sues, fusils, haches, machettes, couteaux, extinc­teurs et même un bri­quet. Nikhil Nagesh Bhat n’est assuré­ment pas un adepte du less is more : les quar­ante pre­mières min­utes, qui exploitent à vitesse grand V ce cadre de jeu, ne con­stituent en vérité qu’un pro­logue (le titre n’apparaît qu’au bout d’un gros tiers du film) pour la suite des réjouis­sances.

La stratégie a toute­fois son revers : on a rapi­de­ment le sen­ti­ment que le film, tout en ayant le courage d’investir son réc­it avec une con­vic­tion rafraîchissante, bégaie et mul­ti­plie ensuite les ten­ta­tives de relance. Par exem­ple, lorsqu’Amrit se lance pour la pre­mière fois dans sa croisade con­tre une myr­i­ade d’opposants armés jusqu’aux dents, le cinéaste fait aus­sitôt tomber le héros de son piédestal. Du moins jusqu’à ce que le sol­dat, mis en échec et cap­turé, s’échappe une, puis deux, puis trois fois de la même sit­u­a­tion répétée. Il en va de même pour les à‑côtés des scènes d’action : le scé­nario paraît se débar­rass­er avec force et fra­cas de sa romance trop sucrée ? Aus­sitôt bal­ancée par la porte du wag­on, la mièvrerie re-ren­tre par la fenêtre à la faveur de flash­backs siru­peux. Si bien que Kill, bal­loté entre coups d’éclats et ten­ta­tives de rafis­tol­er la mécanique qu’il sem­blait vouloir pour­tant détri­cot­er, s’installe dans un faux rythme qui tend à aplanir le défile­ment de vio­lence en une suc­ces­sion de tableaux vite ron­ron­nante. Les affron­te­ments sont à l’avenant : le défer­lement de gore (on est par­fois plus proche du tor­ture porn que de l’action­er tra­di­tion­nel) a beau ménag­er ici et là une cer­taine inven­tiv­ité, le film, d’une gour­man­dise courant le risque de l’indigestion, préfère tou­jours la quan­tité à la qual­ité.