Con­traire­ment à Game of Thrones, qui pro­po­sait à chaque sai­son une nou­velle vari­ante d’une même mod­éli­sa­tion 3D de Wes­t­eros, le générique de la deux­ième fournée de House of the Drag­on dif­fère plus rad­i­cale­ment de la précé­dente. Exit les coulées de sang qui se répan­dent sur une maque­tte de Port-Réal, jusqu’à con­stituer un arbre généalogique ; elles sont désor­mais rem­placées par une tapis­serie (tou­jours tein­tée d’hémoglobine) qui retrace la légende de la famille Tar­garyen, des temps anciens aux événe­ments con­tem­po­rains de la série. Ce faisant, la série troque la dimen­sion semi-abstraite des maque­ttes pour une logique plus illus­tra­tive et la fig­u­ra­tion de scènes mythologiques. Ce revire­ment a valeur de note d’intention, mais aus­si d’aveu : l’ampleur tem­porelle qu’était par­v­enue à retran­scrire la pre­mière sai­son au gré d’ellipses spec­tac­u­laires n’est plus de la par­tie, puisque la sai­son se con­sacre à une poignée de semaines précé­dant un affron­te­ment atten­du entre les pré­ten­dants au trône de fer. À l’image des erre­ments de Dae­mon dans le château han­té d’Harrenhal, per­du dans des cauchemars inter­minables qui n’aboutissent qu’à des visions pré­moni­toires en forme de clins d’œil à Game of Thrones, les intrigues sec­ondaires se mul­ti­plient et per­me­t­tent à la série de jouer la mon­tre : avant d’aller au com­bat, il faut réu­nir des troupes, con­va­in­cre des alliés oubliés, recruter de nou­veaux drag­onniers, etc.

La série trou­ve tout de même dans cette ligne scé­nar­is­tique une manière de se renou­vel­er a min­i­ma, en adop­tant un autre point de vue que celui des seuls aris­to­crates. Rhaenyra Tar­garyen cherche ain­si, du côté du bas peu­ple, des enfants illégitimes aptes à dompter des drag­ons afin d’inverser le rap­port de force avec ses cousins siégeant sur le trône à sa place. Cette quête d’horizontalité entre nobles et sujets pro­duit des scènes de vie quo­ti­di­enne dévoilant le hors-champ des intrigues shakespe­ri­ennes de la pre­mière sai­son. Mais ces bouts d’intimité ne suff­isent pas à revig­or­er suff­isam­ment la série, qui con­tin­ue en par­al­lèle de dépein­dre les petites mani­gances habituelles des mem­bres de la cour. À cet endroit, les per­son­nages les plus tur­bu­lents de la série, qui lui per­me­t­tent d’esquisser en un geste bru­tal des tra­jec­toires et des développe­ments inat­ten­dus, sont hélas tan­tôt con­finés dans un espace restreint (Dae­mon à Har­ren­hal), tan­tôt assignés à un rôle que l’on sait tem­po­raire (Aemond en roi régent). On se croirait par­fois de retour face au ven­tre mou de Game of Thrones, qui met­tait en scène une myr­i­ade de pio­ns avançant de case en case, sans qu’aucun coup décisif ne soit joué (les nais­sances et les décès, déter­mi­nants jusqu’ici dans la pro­gres­sion la série, se raré­fient). En miroir d’une sai­son en forme d’intermède, le dernier épisode s’achève sur une marche dont l’effet d’annonce rap­pelle la réplique cen­trale de la saga, emblé­ma­tique de sa modal­ité nar­ra­tive – celle d’un gigan­tesque teas­er : win­ter is com­ing (soon).