Critikat

Plácido

par Benoît Smith

C'est la seconde fois (après la reprise du formidable Bourreau l'année dernière) que Tamasa Distribution nous le rappelle : il devient pressant de redécouvrir les films de Luis García Berlanga. Soit des comédies légères ou noires qui, aux alentours de Viridiana de Buñuel, constituèrent un antidote non négligeable au poison qui flottait dans l'air de la société espagnole de son…

Umberto D.

par Benoît Smith

La lucidité sociale radicale du cinéma néoréaliste italien n'était pas faite pour plaire à tout le monde, et encore moins dans les rangs du parti au pouvoir, la très conservatrice "Démocratie chrétienne". Un des derniers et des plus puissants films de ce mouvement, Umberto D. de Vittorio De Sica eut aussi l'insigne honneur de recevoir une réponse politique particulièrement cinglante…

Certifiée halal

par Benoît Smith

Certifiée halal vient grossir les rangs des comédies conçues comme des recettes (comprendre : additions d'ingrédients) censées faire rire, mais où la sauce ne prend jamais. Prenez deux mariages arrangés : l'un dans le milieu rural algérien, l'autre entre la Seine-Saint-Denis et le bled pour mater une fille de cité trop progressiste membre de l'association "Ni poules ni soumises" (sic)…

Ladygrey

par Benoît Smith

Premier long-métrage réalisé par Alain Choquart, auparavant chef opérateur chevronné (notamment pour Bertrand Tavernier), Ladygrey est l'adaptation de deux romans d'Hubert Mingarelli transportés dans la même région d'Afrique du Sud, au voisinage d'une mission française au pied des montagnes. Difficile de ne pas voir dans cette double origine une explication à la multiplicité des personnages, entre lesquels le récit lutte…

Hyena

par Benoît Smith

Le Royaume-Uni n'est pas le dernier pays à sacrifier, avec force démonstration, à la tradition du néo-polar crapoteux. C'est porteur de cette estampille que Hyena, second long métrage de Gerard Johnson, s'est fait remarquer un peu partout, s'attirant même les louanges d'un certain Nicolas Winding Refn - mention incitant à la prudence, venant du maniériste responsable de Bronson, Drive et…

Melody

par Benoît Smith

Voilà cinq ans qu'on était sans nouvelles de Bernard Bellefroid, depuis son premier long métrage La Régate, histoire de libération touchante bien qu'un peu scolaire et indécise entre âpreté et pathos. Melody marque des retrouvailles au goût étrange, puisqu'il n'est pas sans renvoyer à certains caractères de La Régate qui, qu'ils aient été de bonnes ou de moins bonnes choses,…

Les Terrasses

par Benoît Smith

Ce film réalisé il y a deux ans par Merzak Allouache (qui vient de finir de tourner le suivant, titre provisoire Madame Courage) est frustrant : il repose sur des idées séduisantes mais qui ne le mènent pas bien loin. Belle idée, par exemple, de matérialiser la ville d'Alger du point de vue de lieux emblématiques et en surplomb :…

L’Armée des ombres

par Benoît Smith

Une des scènes les plus spectaculaires de L'Armée des ombres est aussi une de celles qui traduisent au mieux la vision radicalement désenchantée de son auteur. Lyon, fin 1942 ou début 1943. Prisonnier des SS, le résistant Philippe Gerbier (Lino Ventura : vieilli, à demi éteint, formidable) se prépare à être exécuté selon un protocole des plus sadiques. Lui et…

Le Labyrinthe du silence

par Benoît Smith

En 2007, un beau film de Robert Thalheim, Et puis les touristes, se penchait avec tact sur le sombre héritage du camp d'extermination d'Auschwitz sur les lieux même, en Pologne, de nos jours. L'acteur principal était un beau blond du nom d'Alexander Fehling. C'est une étrange sensation de revoir aujourd'hui ce comédien en tête d'affiche d'un autre film sur les…

Les Optimistes

par Benoît Smith

Les arguments de documentaire sur un groupe de personnes accomplissant des activités d'ordinaire dévolues à d'autres catégories inspirent rarement une confiance immédiate. On craint le risque du pittoresque, de voir des personnes réduites à des objets de tourisme et de condescendance, arborant l'étiquette "certifié authentique" apposée par la caution documentaire, et instrumentalisées pour garantir le succès public de leur image…

Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence

par Benoît Smith

Ce film au titre fleuve est l'heureux lauréat du Lion d'or de la Mostra de Venise 2014 (où nous l'avions vu et évoqué). Mais le prix pourrait aussi bien avoir été décerné à l'auteur du film Roy Andersson "pour l'ensemble de son œuvre", ou du moins son œuvre depuis son irruption dans la publicité en 1975 - ce qui laisse…

Jiseul

par Benoît Smith

En 1948 et 1949, dans la tourmente d'une Corée en voie de partition des suites de la guerre froide, le gouvernement pro-américain entreprit de mater le soulèvement des habitants de l'île de Jeju. Le bilan se compte en dizaines de milliers de victimes civiles, avec la destruction d'un tiers des villages de l'île. Jusqu'à la fin des années 1990, la…

Every Thing Will Be Fine

par Benoît Smith

Après le documentaire Pina, Wim Wenders poursuit son expérimentation de la 3D pour filmer, cette fois, une fiction dramatique - ce qui, suppose-t-on, devrait ajouter au "crédit artistique" de cette technologie en en faisant autre chose qu'un gadget forain de blockbuster. De fait, si quelque chose justifie l'existence d'Every Thing Will Be Fine, ce sont bien ces moments où une…

La Promesse d’une vie

par Benoît Smith

S'il est un nom de lieu qui, pour les Australiens, synthétise le traumatisme de la Première Guerre mondiale (à l'instar de Verdun pour les Français), c'est bien Gallipoli. D'avril 1915 à janvier 1916, cette péninsule turque fut le théâtre de la meurtrière campagne des Dardanelles opposant les forces britanno-françaises (dont le corps d'armée australien et néo-zélandais, l'ANZAC) à celle de…

Robin des Bois, la véritable histoire

par Benoît Smith

La véritable histoire est bien connue : c'est celle d'idées, d'intentions, de concepts qui enflamment vaguement l'imagination mais ne dépasseront jamais le stade du papier glacé du dossier de presse, parce qu'ils n'ont, au fond, été conçus que comme des arguments de marketing, à l'instar de l'accroche sur l'affiche ("La lâcheté a enfin un nom !"). La parodie, ici, n'est…

Cake

par Benoît Smith

Voici Jennifer Aniston, alias Claire, alias l'Incarnation du Mal-Être sur Terre. Visiblement rescapée d'un grave accident, son visage couvert de cicatrices arbore deux expressions : la grimace quand elle marche et la moue le reste du temps, tandis qu'elle crache à tout bout de champ son fiel, son mépris des bons sentiments et sa rancœur contre le monde entier, tout…

Sea Fog — Les Clandestins

par Benoît Smith

La pêche n'étant plus ce qu'elle était en Corée du Sud suite à la "crise asiatique" (nous sommes en 1998), un capitaine et son équipage acceptent de récupérer et de convoyer des immigrés clandestins sur la mer de Chine. C'est évidemment dangereux, mais bientôt les garde-côtes seront le cadet des soucis des personnes à bord... Sans trop éventer l'intrigue de…

La Maison au toit rouge

par Benoît Smith

Amusante coïncidence (?) que les sorties françaises simultanées de ce film et de Journal d'une femme de chambre de Benoît Jacquot - même si La Maison au toit rouge, évoquant lui aussi les rapports maître-domestique, s'avère plus pudique et porté sur les sous-entendus que le roman d'Octave Mirbeau ou ses adaptations. Le film du vétéran japonais Yōji Yamada commence de…

L’Homme des foules

par Benoît Smith

L'Homme des foules, nouvelle d'Edgar Poe, est une merveille de regard anthropologique, appliqué à la masse avant de se resserrer sur le mystère d'un individu fuyant l'isolement. Le tandem des Brésiliens Marcelo Gomes, cinéaste (à qui on doit le délicat Il était une fois Veronica), et Cao Guimarães, plasticien, s'est inspiré de l'individu de la nouvelle pour composer deux figures,…

Waste Land

par Benoît Smith

Sans trop éventer l'intrigue, on peut décrire Waste Land comme une déclinaison d'un grand classique du polar visant la noirceur psychologique : le flic qui perd les pédales. Il faut dire que son protagoniste accumule les motifs de déraillement, ce qui rend d'autant plus remarquable la capacité du comédien Jérémie Renier à ne pas sombrer dans l'outrance. Il s'agit donc…