Cer­ti­fiée halal vient grossir les rangs des comédies conçues comme des recettes (com­pren­dre : addi­tions d’in­gré­di­ents) cen­sées faire rire, mais où la sauce ne prend jamais. Prenez deux mariages arrangés : l’un dans le milieu rur­al algérien, l’autre entre la Seine-Saint-Denis et le bled pour mater une fille de cité trop pro­gres­siste mem­bre de l’as­so­ci­a­tion “Ni poules ni soumis­es” (sic) (pau­vre Haf­sia Herzi). Ajoutez une gourde de GHB pour trim­baller la rebelle jusqu’au bled en toute tran­quil­lité, mais faites tourn­er le pro­duit, comme ça, juste parce que le résul­tat est cen­sé être drôle. Faites se crois­er les deux con­vois nup­ti­aux, et inter­ver­tis­sez les mar­iées puisqu’elles por­tent le même voile sur la tête. Mais surtout, surtout, pensez à charg­er le moin­dre per­son­nage de tous les clichés tru­cu­lents con­cer­nant le Maghreb, ses tra­di­tions patri­ar­cales ances­trales, le sens des affaires qui là-bas fait cal­culer ce qu’on gagne ou perd dans un mariage, sans oubli­er les (nom­breux) coups de sang prover­biaux. Au pas­sage, si vous pou­vez grat­ter quelques accents de con­flit fran­co-algérien qui seront prin­ci­pale­ment des pré­textes à vannes faciles sur le mode “l’Al­gérie c’est pas la France, lib­erté et laïc­ité on con­naît pas”, ce sera tou­jours ça de pris. Enfin, nappez le tout d’une musique ori­en­tal­isante comme il faut, mais en la lais­sant par­fois pas­tich­er les airs de Mor­ri­cone pour west­ern-spaghet­ti his­toire de bien con­firmer qu’i­ci on fait dans la déri­sion.

Voilà, c’est prêt : vous obtenez une comédie vite faite mal faite et surtout pas à refaire, sans forme ni rythme, où l’hu­mour con­sterne la plu­part du temps, mais abrité sous une estampille arti­fi­cielle “car­i­ca­ture des archaïsmes et de la marchan­di­s­a­tion de la femme”. Car oui, quand un per­son­nage s’éloigne des mim­iques de clichés nord-africains, c’est pour ânon­ner un mes­sage d’é­man­ci­pa­tion de bon aloi, mais tout en demeu­rant, dans ce reg­istre, aus­si grossier et creux que tous les autres. Com­ment pren­dre au sérieux les pré­ten­tions d’un cinéaste à tourn­er en déri­sion le traite­ment des femmes comme des objets, quand lui-même traite ses per­son­nages comme de grossières fig­urines tout juste bonnes à ali­menter une machine à pro­duire des gags piteux, des dia­logues pit­toresques et des vannes autosat­is­faites[1] ? Mal­gré son titre, voilà une marchan­dise à l’é­tat plus que dou­teux.

Notes

Notes
↑1 Une pen­sée pour l’ac­teur et humoriste Smaïn Faïrouze, longtemps con­nu sous son seul prénom, et ici exclu­sive­ment voué à servir ce genre de répliques.