En guise d’antipasti, il s’agissait d’avaler ce matin, à 8h30 pétantes, cette comédie ital­i­enne dont cer­tains détails hideux de l’affiche avaient éveil­lé soupçons, méfi­ance et curiosité un poil moqueuse, pour ne pas dire plus. Alors ? Alors une pro­fonde empathie pour débuter, l’impression d’un réel partage du rédac­teur avec le réveil dif­fi­cile du per­son­nage prin­ci­pal. Pour le reste, Sil­vio Orlan­do inter­prète un cinéaste en mal d’inspiration, et même car­ré­ment dans le creux de la vague alors que son pro­duc­teur le presse de pon­dre une his­toire pour une actrice à suc­cès. Pour ce qui est des ques­tions domes­tiques, la sit­u­a­tion n’est guère meilleure, il doit se ren­dre en Toscane où la tuyau­terie de sa rési­dence est car­ré­ment foutue ; pas si grave, sauf que de l’autre côté du mur, Jésus et quelques acolytes suent à gross­es gouttes sur une fresque du XVIe siè­cle. Pour éviter de gros ennuis avec les autorités, il doit accepter de met­tre en scène pour le compte de la bour­gade la recon­sti­tu­tion in situ de la Pas­sion du Christ pour le Ven­dre­di Saint : bon courage !

On est ain­si sur les rails d’un arc nar­ratif con­venu, après la mise en place de la sit­u­a­tion comique – le type à la ramasse pris­on­nier d’un pacte auquel il ne peut échap­per – vient la phase de pré­pa­ra­tion avec son cortège de cat­a­stro­phes, bas­tons, défec­tions au sein d’une troupe évidem­ment foireuse. Et enfin la représen­ta­tion, dont l’intérêt n’est pas la réus­site, mais ce que cha­cun va en retir­er. Et de savoir, entre autres choses, si notre chien bat­tu va finir cru­ci­fié ou engager sa grise exis­tence sur la voie d’une forme quel­conque de rédemp­tion. Si le film souf­fre d’un éparpille­ment, il est hon­nête­ment mis en œuvre, on se dit que c’est déjà ça. Par­mi la tonne de gags, cer­tains font mouche, même si des pri­vate jokes locales (vis­i­ble­ment de la plus haute drô­lerie à en juger par les ton­nerres de rires de l’assistance) ont échap­pé au non ini­tié qu’est votre obligé. La sobriété penaude de Sil­vio Orlan­do per­met de trou­ver un équili­bre dans l’outrance envi­ron­nante. Quelques répliques font mouche : « tu es pau­vre, tu es recher­ché, tu es un Christ par­fait » lance notre met­teur en scène à son Jésus de sub­sti­tu­tion. Mal­gré les enchâsse­ments – notam­ment la mise en image de pos­si­bles his­toires à racon­ter pour ce Droopy fait cinéaste –, La Pas­sione est glob­ale­ment sup­port­able visuelle­ment. L’agressivité est évitée, les quelques déra­pages con­trôlés ou sans trop de casse ; c’est quelqu’un qui a vu Le Pre­mier qui l’a dit de Fer­zan Özpetek qui vous le dit…