Pour rem­plir son office, un fes­ti­val se doit de présen­ter un film qui ne recule devant rien. Pour ce que nous avons vu des sélec­tions, Cold Fish est celui-là. Et pour­tant, il s’agit de la chronique d’une famille, par le truche­ment de laque­lle on peut décel­er le por­trait d’une société dys­fonc­tion­nelle rongée par une vio­lence con­tenue, la frus­tra­tion sociale et la com­plex­ité des rela­tions intergénéra­tionnelles. C’est-à-dire le genre de trame que nous offre régulière­ment la pro­duc­tion nip­ponne dis­tribuée en Europe, citons par exem­ple Tokyo Sonata de Kiyoshi Kuro­sawa ou Still Walk­ing de Hirokazu Kore-eda. Sauf que Sono Sion est aux manettes et que le type est un bor­der­line nihiliste, vis­i­ble­ment très fier de ce statut.

Shamo­to est le pro­prié­taire d’un mod­este mag­a­sin de pois­sons trop­i­caux. Sa famille, pas­sons les détails, se retrou­ve sous la férule du prince – il roule en Fer­rari – de l’aquarium et de la pois­caille exo­tique. Détail impor­tant, ce dernier s’avère aus­si un psy­chopathe doté d’un autori­tarisme qui fait que ses paroles sont éruc­tées et non pronon­cées, sans doute une très sub­tile dénon­ci­a­tion d’un atavisme mil­i­tariste japon­ais (l’ar­mée de vendeuses de son mag­a­sin porte tee-shirts moulants et shorts courts… cam­ou­flage). Obsédé sex­uel et san­guinaire, il fait de Shamo­to, parangon de la pas­siv­ité et de la viril­ité zéro, sa chose. Ce dernier s’y con­forme dans une ser­vil­ité hébétée. Jusqu’à quand ? Le film est ryth­mé par un compte à rebours récur­rent à l’écran ; on se dit donc que Cold Fish nous mène quelque part. Ceci tient en une liste pleine de réjouis­sances mon­tant en puis­sance au fil du réc­it : for­ni­ca­tions sauvages en série et rafales de vio­ls, lâchés de chairs fine­ment émincées dans la riv­ière, nuages de cen­dres faisant suite à une fâcheuse ten­dance à la cré­ma­tion des os, pénis sec­tion­nés, corps évis­cérés… À ce stade, une décep­tion, pour ne pas dire une faute de goût : pas la moin­dre scène d’anthropophagie. Ce menu est présen­té dans un régime visuel oscil­lant entre un prosaïsme triv­ial et des poussées de fièvre tombant invari­able­ment à plat. On est volon­tiers prêt à suiv­re les fous, japon­ais ou autres, mais pas n’importe lesquels.