Pour ceux qui avaient placé, après son pre­mier long-métrage, quelque espoir en Antho­ny Cordier, Hap­py Few pour­rait faire l’effet d’une douche froide. Et même, après avoir vu son sec­ond, se sen­tiront-ils peut-être, comme les qua­tre pro­tag­o­nistes lors d’une scène assez grotesque, roulés dans la farine.

Avec un ton nat­u­ral­iste et une mise en scène se voulant alerte, dans le mou­ve­ment des corps, notre affaire ne com­mence pas trop mal, par un moment de trou­ble, de séduc­tion entre Rachel et Vin­cent, âge moyen, pas mal­heureux, plutôt bien avec leurs con­joints et leurs enfants. Le duo devient quatuor, Franck et Teri en plus, après une soirée où les cou­ples s’accordent comme du papi­er à musique, ce qui est inau­gu­rale­ment sug­géré, peu fine­ment, par une par­tie de ping-pong suiv­ant les règles bien con­nues de la tour­nante. Après Douch­es froides, on retrou­ve ain­si le ques­tion­nement du réal­isa­teur pour la géométrie insta­ble des con­fig­u­ra­tions sen­ti­men­tales. La sit­u­a­tion est ici limpi­de, per­son­ne ne va mal : “Les semaines d’après, on a con­tin­ué à se partager.”

Avec ce mari­vaudage lib­ertin, il est cer­tain que ce film s’ancre auprès des fes­ti­va­liers dans un imag­i­naire du ciné­ma français assez proche de la car­i­ca­ture. L’indécision amoureuse y laisse cepen­dant place à un équili­bre trou­vé dans cet échange de parte­naires, selon une auto­ges­tion sans règle qui sem­ble faire le bon­heur de cha­cun, et à pro­pos duquel Cordier n’entend se faire ni juge ni flic, il veut filmer une utopie. La mise en scène sans inven­tiv­ité et la lour­deur du réc­it, régulière­ment asso­ciée à des voix-off plom­bantes (“Peut-on aimer deux per­son­nes à la fois ?” se demande Rachel à la moitié du métrage), trans­for­ment trop vite cette vari­a­tion sur les pos­si­bles sen­ti­men­taux en un pro­duit fade, enten­du et mal foutu, où la pré­ten­tion au nat­u­ral­isme est sans cesse con­t­a­m­inée par l’artifice et la vacuité.