Dix ans après Dernier train pour Busan, Yeon Sang-ho revient à son tro­pisme pour les zom­bies (on passera sous silence Penin­su­la, suite ratée de Busan) dans un réc­it qui sub­stitue en apparence l’horizontalité d’un train à la ver­ti­cal­ité d’une tour. Au sein d’un com­plexe accueil­lant à la fois un cen­tre com­mer­cial et des bureaux, un virus créé par un sci­en­tifique fou et revan­chard se répand. Ce n’est toute­fois pas tout à fait du « zom­bisme » pur jus : les infec­tés devi­en­nent les mem­bres d’une colonie inter­con­nec­tée (un peu sur le mode des hommes-champignons de The Last of Us) qui, et c’est le cœur véri­ta­ble du film, ne cesse d’évoluer en se partageant des infor­ma­tions, sur le mode des four­mis dia­loguant par l’entremise de phéromones. Quelques rescapés – dont une sci­en­tifique, com­prenant vite de quoi il retourne – se rassem­blent non pas pour échap­per au lieu con­finé, mais pour trou­ver le savant malade à l’origine de l’infection, qui s’est inoculé le vac­cin du virus. Rapi­de­ment, ce grand méchant se révèle être aus­si une fig­ure de mar­i­on­net­tiste, qui a gardé sa con­science humaine tout en étant relié à la ruche.

Ce point de départ per­met au film de met­tre à jour régulière­ment ses règles : les zom­bies, d’abord, sont des corps ram­pants se jetant sur leurs proies. Ils appren­nent ensuite à marcher, à dis­tinguer les êtres humains des pan­neaux pub­lic­i­taires ou des man­nequins présents dans les échoppes, puis à se gref­fer les uns aux autres pour for­mer des créa­tures à plusieurs têtes et mem­bres, etc. La strat­i­fi­ca­tion du décor en dif­férents couloirs et niveaux se cou­ple alors à une recon­fig­u­ra­tion ludique du fonc­tion­nement même de la série B, qui per­met au film de renouer avec l’inventivité de Dernier train pour Busan, mais aus­si de repar­courir à vitesse grand V une his­toire de l’évolution du genre. Par exem­ple, le décor orig­inel de la galerie marchande rap­pelle le canon­ique Dawn of the Dead, tan­dis que l’apprentissage par les zom­bies de gestes moteurs élé­men­taires ren­voie au stade atteint par les morts-vivants de Land of the Dead, l’un des derniers films de Romero. Dans le détail, Colony n’est toute­fois pas aus­si réjouis­sant que Dernier train… : il souf­fre par­fois d’un découpage brouil­lon (cf. une scène dans un ascenseur où l’action n’est pas très lis­i­ble, des per­son­nages dis­parais­sant sans que l’on sache trop com­ment), mais Yeon Sang-ho a le mérite de faire de son dis­posi­tif la matrice d’un film de zom­bies assez malin, qui oppose un réseau col­lec­tif (celui des zom­bies) à un groupe humain rongé de l’intérieur par son manque de sol­i­dar­ité. Si bien que Colony finit par renouer, dans ses plis, avec la part poli­tique pro­pre au genre, dont il actu­alise la logique : la dis­so­lu­tion de l’individu n’apparaît pas ici comme un châ­ti­ment, mais comme le révéla­teur de l’atomi­sa­tion de la société sud-coréenne.