À peine revenu sur le devant de la scène avec l’assez réjouis­sant Colony, Yeon Sang-ho déçoit avec The Ugly, adap­ta­tion d’un roman graphique dont il est lui-même l’auteur. Loin des zom­bies et de la sci­ence-fic­tion qu’affectionne le cinéaste, le réc­it s’articule autour de l’enquête de Lim Dong-hwan (Park Jung-min), con­fron­té aux zones d’ombre de son passé. Son père (Kwon Hae-hyo, habitué du ciné­ma de Hong Sang-soo depuis dix ans) est un arti­san aveu­gle renom­mé qui fait l’objet d’un doc­u­men­taire télévisé. C’est dans ce con­texte que les osse­ments de sa mère, Young-hee, dis­parue mys­térieuse­ment depuis quar­ante ans, refont sur­face. Chapitré autour d’une série d’interviews, le film retrace alors le passé de cette femme aux traits pré­sumé­ment mon­strueux – « The Ugly », ce serait donc elle. Enfin, pas vrai­ment : on com­prend vite que le fan­tôme de Young-hee, dont le vis­age est con­stam­ment masqué dans les flash­backs (par le découpage, par le flou, par ses cheveux qui font office de masque), est le révéla­teur d’une laideur ambiante logée en cha­cun des autres per­son­nages, au passé comme au présent.

L’enchâssement des flash­backs implique un jeu de va-et-vient tou­jours en deçà de son poten­tiel : même si le film entend téle­scop­er plusieurs regards et inter­locu­teurs, chaque retour en arrière se détache du point de vue des dif­férents con­teurs pour sim­ple­ment retrac­er étape par étape les événe­ments qui ont con­duit à la mort de la mal­heureuse. La plongée rétro­spec­tive dans une Corée du Sud paupérisée fait certes par endroits penser aux décors pois­seux de Spi­der de Cro­nen­berg (qui repose sur un principe nar­ratif voisin), mais sans jamais par­venir à décoller la nar­ra­tion sin­ueuse d’une fable à gros sabots – jusque dans le dernier plan, le moins laid des per­son­nages, c’est bien celle qu’on surnom­mait pour­tant « tête de cul ». Le film a beau tabler sur l’indécision, l’aveuglement et le mys­tère, son réc­it est cousu de fil blanc.