Deux ans après Sile­si­lence, l’un de ses films les plus abrasifs, et quelques mois après Marée Métal, ambitieuse instal­la­tion mul­ti-écrans présen­tée l’été dernier au Lieu Unique à Nantes, Jacques Per­con­te a signé deux vidéo­clips, pour le morceau post-rock « 100% Black Puz­zle » d’Arnaud Fournier et celui, tech­no avant-gardiste, de Peter Van Hoe­sen, « Twi­light Sta­t­ic Dilem­ma ». À la manière de Chu­va (Madeira), le pre­mier s’ouvre sur un îlot qui rompt la ligne d’horizon dess­inée par la mer. Out­re les com­pres­sions fétich­es du plas­ti­cien, qui vien­nent recon­fig­ur­er l’appréhension de l’espace (en faisant se con­fon­dre dans un mag­ma de pix­el la mer et le ciel, le haut et le bas ou encore le pre­mier et l’arrière-plan), Per­con­te a recours à une série de surim­pres­sions pro­duisant des images rarement vues dans son ciné­ma, où de bru­tales col­li­sions (via les com­pres­sions) se cou­plent à des trans­parences très déli­cates (pour les surim­pres­sions). Dans cet amas brumeux, des volutes de fumée finis­sent par émerg­er avant qu’un panoramique ne dévoile l’incendie dont elles provi­en­nent. Des oiseaux volent alors entre les flammes, tan­dis que la musique s’embrase à son tour. Brûlante et cauchemardesque, l’image est un brasi­er : un lieu de com­bus­tion tur­bu­lente où la matière se trans­forme et s’évapore, comme un incan­des­cent mirage ouvrant sur un ultime retour au calme. Que restera-t-il « après le feu » ?

Le clip que Per­con­te a réal­isé pour Peter Van Hoe­sen, qui débute à la manière de Sile­Si­lence, baigne dans la même atmo­sphère brûlante. Des plans du port indus­triel de Rot­ter­dam, où le cinéaste réside, se tein­tent de rouge avant que l’image ne tende vers une sorte d’abstraction frémis­sante. Elle paraît là aus­si s’évaporer en des traînées ver­ti­cales de pix­els, avant un ultime plan sur une chem­inée crachant du feu. En trois min­utes, le film se méta­mor­phose alors en une toile plas­tique­ment hal­lu­ci­nante : tan­dis que les flammes vien­nent en per­ma­nence redé­pos­er des touch­es de rouge à des endroits dif­férents dans la zone cen­trale de l’image, une masse de pix­els tournoie tout autour pour for­mer un mael­ström apoc­a­lyp­tique peu à peu tra­ver­sé par le vol des oiseaux. Si l’on a longtemps com­paré sa tech­nique à un proces­sus de liqué­fac­tion (Impres­sions, Le Tem­pes­taire), de tis­sage (Ettrick), ou de glisse­ment de ter­rain (Avant l’ef­fon­drement du Mont Blanc), Per­con­te mon­tre qu’une voie nou­velle est encore pos­si­ble, trente ans après le début de son œuvre : la com­pres­sion numérique est aus­si un embrase­ment.

Les deux vidéo­clips sont disponibles gra­tu­ite­ment sur YouTube.