par
Bastien Gens
Faites la révolution et l’amour : dans la première partie d’Une bataille après l’autre, nouvelle adaptation d’un roman de Thomas Pynchon par Paul Thomas Anderson, après Inherent Vice, les héros sont entraînés dans une quête conjointe d’action politique et de jouissance. Si l’univers du film évoque le fond de l’air brun du temps présent (une Amérique fascisante, l’enfer de la…
par
Robin Vaz
Depuis L'Institutrice, la difficulté à communiquer est un motif récurrent du cinéma de Nadav Lapid. Ce dernier joue encore un rôle central au début de Oui, satire sans équivoque de l’obscénité des puissants d’Israël, où l'on suit la trajectoire de Y., un musicien soumis à la bourgeoisie de Tel-Aviv. La première demi-heure condense de façon assez sidérante la frénésie formelle…
par
Marin Gérard
Pour son premier long, Pauline Loquès assume un parti pris mélodramatique assez éloigné de ce que nous montre ordinairement un premier film français. Nino (Théodore Pellerin) apprend dans un hôpital qu’il a un cancer de la gorge, alors qu’il venait simplement récupérer des résultats d’examens pour prolonger un arrêt de travail suite à un burn-out. Le film le suit les trois jours suivants,…
par
Corentin Lê
C’est un plan typique d’un genre à part entière du cinéma de festival - la « fiction d’auteur immersive » dont l’objectif est de nous plonger la tête la première dans un univers sous tension, en collant aux basques d’un protagoniste dépassé par les événements. Un travelling suit en plan rapproché Lucy (Léa Drucker), une infirmière officiant dans les services…
par
Jean-Sébastien Massart
Adapté de son propre roman, Les Tourmentés conforte Lucas Belvaux dans sa veine sombre, celle, entre autres, de Rapt et Des hommes. Visages blafards, sérieux sans faille des dialogues, solennité de l’acting (en mode Bureau des légendes) sont autant de signaux qu’envoie ce film triste et monochrome, qui emporte dans sa noirceur les nuances plus lumineuses et subtiles de Pas…
par
Emmanuelle Kotek
À quoi ressemble la fin du monde chez Gregg Araki ? À une partie de Mortal Kombat lors d’une bagarre de rue, à un Godzilla en carton-pâte surgissant dans les avenues de Los Angeles, ou encore à deux adolescents allongés sur un lit, paralysés par la peur du sida. Dans sa « Teenage Apocalypse Trilogy » (Totally F***ed Up, The…
par
Pierre-Jean Delvolvé
Par le passé, le cinéma de Lucile Hadžihalilović a souvent fait l’objet de préjugés. On a pu déceler dans sa mise en scène privilégiant la fixité et ses partis pris plastiques inspirés d’un fantastique morbide hérité du XIXe siècle la marque d’un imaginaire replié sur lui-même, glauque, voire complaisant – ses détracteurs les plus féroces ont même accusé Innocence de…
par
Corentin Lê
Le nouveau « Spike Lee joint », Highest 2 Lowest, est une adaptation bling-bling d’un roman déjà porté à l’écran par Akira Kurosawa (Entre le ciel et l’enfer), dont l’intrigue est ici transposée dans le milieu de l’industrie musicale à New York. Soit l’histoire de King (Denzel Washington), dont le fils est la cible d’un kidnapping qui tourne mal :…
par
Corentin Lê
À la fin de Renoir, une réplique a valeur de note d’intention : « Quels ont été les moments marquants ? » demande à Fuki sa professeure d’anglais, après les vacances estivales que vient de passer la petite fille à Tokyo. À la façon d’un diaporama, avec des scènes très brèves et entrecoupées d’ellipses, le montage du film autobiographique de…
par
Pierre-Jean Delvolvé
Depuis Vous êtes tous des capitaines, premier long-métrage méconnu d’Óliver Laxe, son cinéma semble répondre à l’appel d’un lâcher-prise, pour épouser les fluctuations et oscillations d’une situation donnée. Si ce beau et curieux documentaire prenait pour point de départ un atelier d'initiation au cinéma avec des enfants au Maroc, la conduite du film échappait rapidement au cinéaste, les élèves prenant…
par
Hugo Mattias
Michele Apicella n’a pas encore sauté dans l’eau qu’il perd déjà pied. Un trajet en voiture, un air de Franco Battiato, quelques grimaces échangées avec deux gamins farceurs, et c’est la sortie de route. En un simple raccord, voilà l’alter ego récurrent de Nanni Moretti étendu sur une table de massage, fredonnant une mélodie dont il ne retrouve ni les…
par
Corentin Lê
Fait plutôt rare pour une adaptation vidéoludique : Exit 8 reprend fidèlement le principe du jeu dont il est tiré. En voulant quitter une station de métro tokyoïte, un jeune homme pénètre sans le savoir à l’intérieur d’une boucle sans fin – un couloir épuré sans qualité particulière, traversé par un passant à la démarche robotique, et au bout duquel…
par
Jean-Sébastien Massart
D’Évanouis à Together, cet été 2025 aura été riche en hommages inattendus au cinéma de John Carpenter. Si le premier évoque plutôt le versant politique de son œuvre (sa satire vise l’Amérique des idiots dont Trump et Musk sont devenus les mascottes), le second cite ouvertement The Thing, mais en restreignant la question des mutations à celle du couple. C’est…
par
Étienne Cimetière-Cano
La « ville sans sommeil » qui donne son nom à la fiction (inspirée de faits réels) de Guillermo Galoe désigne un bidonville en banlieue de Madrid, habité par plusieurs communautés chaque jour davantage menacées d’expulsion. À défaut de dormir, les plus jeunes générations ne manquent pas de rêver : le film émeut surtout par ses scènes de discussions passionnées…
par
Corentin Lê
« Aucune justice ne paraît possible ou pensable sans le principe de quelque responsabilité, au-delà de tout présent vivant, dans ce qui disjointe le présent vivant, devant les fantômes de ceux qui ne sont pas encore nés ou qui sont déjà morts, victimes ou non des guerres, des violences politiques ou autres, des exterminations nationalistes, racistes, colonialistes, sexistes ou autres,…
par
Thomas Grignon, Camille Bouthors
Lorsque Miroirs no. 3 commence, on est d’abord un peu perplexe, voire méfiant. Dans une bicoque isolée au bord d’une route de campagne, Betty recueille Laura, victime d’un grave accident de voiture où son compagnon a perdu la vie. La première a des airs de grande bourgeoise déboussolée, façon Marie-Claire chez Bergman ; la seconde est une jeune pianiste berlinoise…
par
Robin Vaz
Dans la lignée des derniers films de Paul Vecchiali, Bonjour la langue adopte une forme en apparence très simple, presque bricolée, qui se voile progressivement d’une complexité et d’une épaisseur émotionnelle que sa facture ne laissait pas présager. Improvisé en une journée (quelques semaines avant le décès du cinéaste), le film se compose de trois longues séquences dialoguées mettant en…
par
Josué Morel
Jusqu’ici, Ducournau avait aux yeux de la critique l’aura d’une première de la classe : un court remarqué (Junior), un premier long plébiscité (Grave) et une palme précoce (Titane). Cannes aime bien le storytelling, les ascensions et les chutes fulgurantes, et invente donc un nouveau chapitre au roman de la cinéaste : son troisième long, celui qui devait confirmer son statut…
par
Corentin Lê
En 2014, la forme du « desktop movie » émergeait, désignant un film tourné sur un écran d’ordinateur dont la narration repose essentiellement sur les interfaces typiques de nos pratiques numériques (navigation sur internet, réseaux sociaux, moteurs de recherche, consultation de bases de données, télécommunications, messageries instantanées, etc.). Après plusieurs expérimentations pionnières (de Chris Marker à quelques YouTubers avant-gardistes), deux…
par
Josué Morel
Valeur sentimentale, émotion paradoxale. Disons d’emblée que le nouveau film de Joachim Trier témoigne, par l’attention qu’il porte à ses acteurs et actrices (en particulier le trio formé par Stellan Skarsgård, Renate Reinsve et Elle Fanning), d'une certaine vibration qui ne faisait qu'affleurer dans ses précédents films, trop écrits et charmeurs. Ces travers, Trier ne les a pas complètement supprimés,…