Pour son pre­mier long, Pauline Loquès assume un par­ti pris mélo­dra­ma­tique assez éloigné de ce que nous mon­tre ordi­naire­ment un pre­mier film français. Nino (Théodore Pel­lerin) apprend dans un hôpi­tal qu’il a un can­cer de la gorge, alors qu’il venait sim­ple­ment récupér­er des résul­tats d’examens pour pro­longer un arrêt de tra­vail suite à un burn-out. Le film le suit les trois jours suiv­ants, avant qu’il ne débute une chimio­thérapie. Le scé­nario, certes un peu chargé (cf. le deuil non réglé du père qui refait sur­face), décrit minu­tieuse­ment l’état de stu­peur et de qua­si-hébé­tude qui gagne ce jeune homme de vingt-neuf ans après avoir appris la nou­velle. Tout en retar­dant l’annonce de la mal­adie à ses proches, il paraît soudain doté d’une appréhen­sion aiguë du monde qui l’entoure. Dans une longue séquence de soirée, la nul­lité absolue des con­ver­sa­tions dans lesquelles il se retrou­ve embar­qué (et le spec­ta­teur avec lui) lui saute par exem­ple au vis­age, comme s’il se rendait compte pour la pre­mière fois de la super­fi­cial­ité de son envi­ron­nement social.

De façon un peu automa­tique, cette hyper-pre­science (si on peut l’appeler ain­si) s’incarne par de nom­breux plans isolant le vis­age du per­son­nage, entouré de flou, tan­dis que les plans larges restent réservés à ses errances dans le 19ème arrondisse­ment de Paris. Mais la mise en scène, au-delà de cer­taines séquences sur­dé­coupées (telles ces dis­cus­sions inutile­ment dynamisées par la mul­ti­pli­ca­tion des angles de prise de vues), sait faire mouche à quelques instants clefs. Lorsque Nino parvient enfin à dire ce qui lui pèse sur le cœur dans le lit d’une presque incon­nue, Pauline Loquès fig­ure sa con­fes­sion par un sub­lime geste de ten­dresse, cette fois en un seul plan. Nino révèle une par une les dif­férentes com­posantes de son « secret » (son can­cer, l’origine de la mal­adie, mais aus­si ses mésaven­tures du week-end, etc.), en ouvrant un à un ses doigts sur la joue de la jeune femme : la caresse n’est entière qu’une fois la vérité com­plète.