Au mitan de Jus­tice League, une scène vient ajouter une couleur poten­tielle­ment sin­gulière à un film jusqu’ici très atone : Super­man, tout juste revenu des morts, dis­cute avec Lois Lane de son expéri­ence « lazaréenne » sous un ciel orangé qui con­voque le sou­venir des cré­pus­cules flam­boy­ants du Hol­ly­wood clas­sic. L’image ici retrou­vée se super­pose à une autre : celle du champ de maïs dans lequel la scène se déroule, chro­mo de l’Amer­i­cana qui par­ticipe à la con­struc­tion mythologique de Super­man, alien qui est devenu, au fil de son enfance de fils de fer­mi­er, un Améri­cain. Prob­lème : la scène, loin d’être aus­si étrange qu’escompté, glisse finale­ment comme les autres dans l’assemblage que tri­cote le film. C’est au fond une image feinte, qui a la sur­face (les couleurs du mélo­drame) sans en avoir la sub­stance – comme le méchant du film est un méchant feint, imper­son­nel et sans moti­va­tion digne de son nom, comme les trau­mas des héros sont des trau­mas feints, de sim­ples pré­textes pour don­ner une orig­ine à leur sens moral.

Le ciel orangé est à l’image des vignettes qui ouvrent le film pour sig­ni­fi­er la déliques­cence dans laque­lle le monde se retrou­ve plongé suite au décès de Super­man à la fin de Bat­man v Super­man – des activistes d’extrême-droite menaçant une femme musul­mane et son fils, un clochard men­di­ant avec un pan­neau où est écrit « I tried » (« J’ai essayé »), etc. : une manière de mimer le sens, de repro­duire l’apparence de quelque chose sans pour autant chercher à l’investir pleine­ment. Le film est au fond coupable de ne pas tranch­er entre le car­toon et le sérieux appar­ent d’un scé­nario qui évoque par ailleurs la vague d’attentats en Europe et artic­ule l’intrigue autour d’une opéra­tion de nécro­man­cie toute­fois vidée de sa grav­ité. C’est que le vrai mou­ve­ment qui guide le réc­it prend la forme d’une opéra­tion math­é­ma­tique : addi­tion­ner les héros pour faire face à un adver­saire qui de son côté addi­tionne des boîtes pour déchaîn­er l’Apocalypse. Pro­gramme sim­ple, machinique, qui fait de Jus­tice League un block­buster ni déshon­o­rant ni hon­teux, mais sim­ple­ment dénué d’intérêt et de sincérité.