Peut-on sauver quelque chose de la pre­mière par­tie de Rebel Moon, qui retrace, sous l’influence évi­dente des films Star Wars, les bal­bu­tiements d’une révolte con­tre un empire inter­galac­tique mal­faisant ? Des fer­miers men­acés par un ami­ral impi­toy­able au recrute­ment de mer­ce­naires pour pro­téger les agricul­teurs dému­nis, Zack Sny­der emprunte autant à Georges Lucas qu’aux films de Kuro­sawa (déjà la matrice de la saga du Cal­i­fornien) à l’intérieur d’un melt­ing-pot SF dont la plus grosse faib­lesse, out­re un scé­nario paresseux riche en pon­cifs et scènes réchauf­fées, tient à sa plas­tic­ité bâtarde. Le film ne paraît pas savoir sur quel pied danser entre, d’un côté, un régime télévi­suel cal­i­bré pour des scènes dia­loguées et, de l’autre, le style pom­pi­er cher au cinéaste, con­sti­tué de ralen­tis fétichistes et out­ranciers. C’est qu’il y a longtemps eu un malen­ten­du au sujet du ciné­ma de Sny­der : célébré pour sa dimen­sion « esthé­tique », sa mise en scène se résume pour­tant à altern­er coups de force riefen­stahliens (300, Watch­men, la director’s cut de Jus­tice League) et académisme plat pour rem­plir le vide entre deux tableaux vivants.

Can­ton­nés à une poignée de flash­backs et quelques panora­mas, les ralen­tis ne sauraient ici maquiller la banal­ité de l’univers dépeint, où défi­lent décharges spa­tiales, déserts hos­tiles et dystopies cyber­punk. Non seule­ment chaque décor n’est jamais exploré ou con­sid­éré pour ses par­tic­u­lar­ités spa­tiales (s’agit-il encore d’un « space » opera ?), mais ils sem­blent en plus tout droit sor­tis d’une usine à clichés. Or ce type de film d’aventure très léger, reposant sur un voy­age de planète en planète, ne vise au fond qu’à sus­citer un sen­ti­ment de dépayse­ment et un émer­veille­ment pro­pre à la décou­verte. Au vu de la pré­cip­i­ta­tion avec laque­lle Sny­der passe d’un décor stéréo­typé à un autre, pas sûr que la deux­ième par­tie, qui aura la tâche de boucler l’intrigue, puisse relever le niveau de cette odyssée sans sin­gu­lar­ité.