Sur l’écran mas­sif du palais des fes­ti­vals s’af­fichent, austères, les petites let­tres sans fior­i­t­ures du générique du Ruban blanc de Michael Haneke. Le ton est don­né, et il est à l’austérité. Ain­si, deux heures et demie durant, le réal­isa­teur de Fun­ny Games va décrire avec minu­tie le quo­ti­di­en d’une petite ville rurale de l’Alle­magne pré-pre­mière guerre mon­di­ale. Qui sont donc les coupables des actes de malveil­lance qui émail­lent le quo­ti­di­en du vil­lage ?

Comme à son habi­tude, Michael Haneke donne avec ce nou­veau film du grain à moudre à la fois à ses défenseurs comme à ses détracteurs. Dis­til­lant un malaise sub­til et vénéneux dont la nature est à même de ravir ceux qu’ont déjà hyp­no­tisé les cir­con­vo­lu­tions de Fun­ny Games, Le Ruban blanc se révélera pour ceux que l’u­nivers per­pétuelle­ment cloîtré et morale­ment cousu de fil blanc de Michael Haneke laisse froid, une nou­velle source d’en­nui poli et d’a­gace­ment face à la sim­plic­ité des prob­lé­ma­tiques (ici, une propo­si­tion sur les orig­ines du nazisme). Pour les autres, les «entre deux», Le Ruban blanc con­stituera une somme de quelques belles scènes, d’une pho­togra­phie tou­jours soignée, mais au pou­voir de fas­ci­na­tion dia­ble­ment inex­is­tant.