Au début de Quelques mots d’amour de Rudi Rosen­berg, la mère courage jouée par Haf­sia Herzi râle avec un peu de ten­dresse sur le « car­ac­tère » de sa fille Abi.  Le «car­ac­tère » con­stitue pré­cisé­ment le car­bu­rant de ce mélo­drame, puisque le film cap­i­talise sur l’énergie et la tchatche de ses inter­prètes (en par­ti­c­uli­er les enfants et ado­les­cents). Tous sont des non-pro­fes­sion­nels, hormis Herzi, volon­taire­ment en retrait – son per­son­nage est sou­vent là en sou­tien à sa fille, cher­chant à l’ac­com­pa­g­n­er du mieux qu’elle peut. Abi (jouée d’abord par Ella Bedoucha puis par Nour Salam) est en effet au cen­tre du réc­it au long cours, et ce dès la pre­mière scène, où la jeune fille essaie de faire la con­nais­sance de son père (qui ne l’a pas recon­nue) et d’entendre de sa bouche « quelques mots d’amour ». Ce por­trait, par­fois émou­vant, est cepen­dant neu­tral­isé par l’application d’un scé­nario adepte du redou­ble­ment des trames nar­ra­tives.

Un exem­ple, assez net : après un pre­mier rejet mutique de son géni­teur, Abi recueille un chien errant dans la rue. Le canidé, sorte d’alter ego d’Abi, se per­dra de nou­veau plus tard dans le réc­it pour être retrou­vé juste avant un autre rap­proche­ment famil­ial, cette fois entre l’ado­les­cente et sa jeune demi-sœur. Il n’y a pas de place pour penser par soi-même : tout est don­né d’emblée, au cen­tre du plan, via le corps et les vis­ages des actri­ces et acteurs, sans s’appuyer sur l’environnement autour d’eux (générale­ment flouté). Par moments, ça fonc­tionne, parce que le naturel des enfants (et du chien) rejail­lit à l’écran. Mais c’est comme si, pour Rosen­berg, le ciné­ma se rédui­sait à cette unique étin­celle – la vital­ité de fortes per­son­nal­ités inté­grées dans une forme quant à elle passe-partout.