On se serait bien aven­turé dans l’art de l’éditorial visant à mar­quer notre tristesse devant la dis­pari­tion d’une fig­ure du ciné­ma. Si l’on peut dire, nous avions le choix cette semaine : Jean Rollin pour les ama­teurs de série Z française et Blake Edwards pour ceux de comédies ciselées. Et ils le méri­tent bien cet hom­mage, cela va sans dire. Mais pas ici et pas main­tenant, nous rever­rons ou décou­vrirons leurs films bien­tôt. Car il y a des vivants que l’on tue à petit feu et nos pen­sées émues vont entière­ment vers eux. Nous chroniquions la semaine dernière un cof­fret DVD « Regards sur le ciné­ma nord-coréen », pour faire état d’une con­ster­na­tion devant un art nav­i­gant dans des eaux total­i­taires sem­blant appartenir à des cauchemars passés. Nous n’étions pas au bout de nos peines : ce lun­di 20 décem­bre 2010 – alors que Moham­mad Nouzi­rad est déjà empris­on­né depuis avril 2010 pour une peine de 3 ans et demi – Jafar Panahi et Moham­mad Rasoulof ont écopé de 6 ans de prison. Dans une volon­té totale­ment per­verse de bris­er ces deux cinéastes, le ver­dict est assor­ti d’une inter­dic­tion de filmer et de quit­ter le ter­ri­toire pen­dant 20 ans. Dou­ble, triple, quadru­ple peine ? Non : la mort. Et à tra­vers eux celle du ciné­ma iranien, puisqu’il s’ag­it bien de ren­dre impos­si­ble une expres­sion qui ne soit pas com­plète­ment soumise au rig­orisme d’une République islamique dont l’as­sou­plisse­ment sen­si­ble des prési­dences Khata­mi (1997–2005) n’est plus qu’un loin­tain sou­venir. Par exten­sion, cela con­stitue aus­si un aver­tisse­ment sans ambiguïté adressé aux très nom­breux Iraniens épris de quelque chose qui s’appelle lib­erté. En Iran, sub­lime pays que le régime en place sem­ble s’acharner à tou­jours plus enlaidir et salir, ce mot est encore plus beau : AZADI !

P.S. : nous espérons que vous serez nom­breux à sign­er la péti­tion en vous ren­dant au lien suiv­ant.