Le 62e fes­ti­val de Cannes est fini: voici venue la tra­di­tion­nelle heure de récrim­i­na­tion des cri­tiques (dont nous sommes) con­tre le pal­marès, for­cé­ment trop injuste, incom­préhen­si­ble ou car­ré­ment idiot. Pour inau­gur­er une nou­velle rubrique don­nant la parole à ses rédac­teurs en une ques­tion, Critikat a décidé de revenir sur 62 ans de Fes­ti­val en cher­chant à décern­er la “pire” Palme de toute l’his­toire. Quoique deux films se détachent claire­ment (Dancer in the Dark, Lars von Tri­er, 2000 et Le vent se lève, Ken Loach, 2006), les avis restent divers, savoureux, argu­men­tés quand le besoin s’en fai­sait sen­tir, par­fois drôles, sou­vent rageurs – preuve que même à Critikat, tous les goûts sont dans la nature et que le débat reste ouvert, quoique par­fois san­guinaire. En toute sub­jec­tiv­ité, nous avons classé hors con­cours la palme décernée à Michael Moore en 2004 et à son Fahren­heit 9/11, dont l’avis suiv­ant d’un rédac­teur est partagé par une grande majorité (mais pas l’u­na­nim­ité) d’en­tre nous: «2004 me sem­ble l’an­née mar­ron par excel­lence. Il s’ag­it évidem­ment de l’in­fâme Michael Moore et de son brou­et Fahren­heit 9/11. Avec les applaud­isse­ments de rigueur à la fin de celle-ci, c’est sans doute la pire séance de ciné­ma que j’ai vécue. Un anti-film, de l’an­ti-ciné­ma, du prêt-à-penser pour cerveaux indisponibles : une merde (d’où le choix de la couleur ci-dessus) indéfend­able.»

Quelle est, selon vous, la Palme d’or la moins méritée de l’histoire du festival de Cannes?

Vin­cent Avenel

Dancer in the Dark (Lars von Tri­er, 2000)

C’est le sum­mum de la série “mis­éra­biliste” des Palmes.

Ari­ane Beauvil­lard

Ex-aequo Orfeu Negro (Mar­cel Camus, 1959) et L’En­fant (Jean-Pierre et Luc Dar­d­enne, 2005)

Orfeu Negro ou com­ment la descrip­tion lanci­nante plombe un mythe.
L’En­fant ou com­ment le mis­éra­bil­isme plombe une étroite représen­ta­tion sociale.
Cannes ou com­ment les hon­neurs plombent par­fois le ciné­ma.

Stéphane Cail­let

Pas vu toutes les Palmes, mais le côté cynique­ment voyeur et méga­lo de Dancer in the Dark (Lars von Tri­er, 2000) qui se fait pass­er pour un bel hom­mage au mélo­drame en fait une bien mau­vaise Palme.
En revanche, je suis d’ac­cord pour attribuer la Palme des Palmes à Michael Moore, juste pour l’in­sup­port­able séquence de l’I­rak Dis­ney Land, où com­ment pren­dre les spec­ta­teurs pour des cons.

Sébastien Cha­puys

Le vent se lève (Ken Loach, 2006)

Cannes, c’est à la fois le lieu des révéla­tions trop pré­maturées et des con­sécra­tions trop tar­dives. Out­re les nou­veaux réal­isa­teurs pro­mus « jeunes prodi­ges du ciné­ma mon­di­al », et propul­sés du jour au lende­main sur le devant de la scène médi­a­tique avant d’avoir pu com­mencer à bâtir une œuvre – fruits gâtés avant que d’être mûrs, con­damnés à décevoir ou à s’en­fer­mer dans la tour d’ivoire de l’auteurisme pour fes­ti­vals –, il y a ces cinéastes accom­plis, qui ont der­rière eux une riche fil­mo­gra­phie, et qui se retrou­vent célébrés à Cannes en fin de car­rière, pour des films qui ne sont plus que l’om­bre de leurs réus­sites d’an­tan.

C’est peut-être parce que la com­péti­tion 2006 était assez faiblarde (peu de bons films, encore moins de mémorables), que Le vent se lève a paru mérit­er une Palme aux yeux du jury présidé par Wong Kar-wai. Mais pour ceux qui con­nais­sent et appré­cient le ciné­ma engagé et formelle­ment remar­quable du Bri­tan­nique, ce Vent n’est qu’une petite brise com­parée aux tem­pêtes des années 1970 (Kes, Fam­i­ly Life…) à 1990 (Lady­bird, Land and Free­dom). Manichéen, dés­in­car­né, académique et con­sen­suel, Le vent se lève méri­tait moins que tout autre film de Loach de se voir ain­si dis­tin­gué – loin de représen­ter le som­met de son œuvre, il n’est que le symp­tôme ter­mi­nal de son essouf­fle­ment. Triste fin de car­rière pour un auteur révo­lu­tion­naire recon­ver­ti en autorité morale pon­tif­i­ante : le jour où un enragé, un sub­ver­sif, reçoit la plus haute dis­tinc­tion des mains des pro­fes­sion­nels de la pro­fes­sion, c’est peut-être bien qu’il ne dérange plus per­son­ne.

Emmanuel Didi­er

La Leçon de piano (Jane Cam­pi­on, 1993)

Un hen­nis­sant mélo­drame qui ne parvient pas à cacher sa médi­ocrité der­rière ses appar­entes bonnes inten­tions.

Oscar Duboy

Ex-aequo Roset­ta (1999) et L’En­fant (2005)

Non, les frères Dar­d­enne ne sont pas les pires cinéastes du monde. Oui, leur attribuer une Palme d’or les rendait déjà fati­gants, alors que la deux­ième les a ren­dus car­ré­ment insup­port­a­bles.
Non, le fait qu’ils soient belges n’a rien à voir là-dedans. Oui, le fait qu’il soient belges per­met au chau­vin­isme français de se les appro­prier dès qu’ils gag­nent.
Non, la vie n’est heureuse­ment pas faite que de mis­ère. Oui, le ciné­ma doit cepen­dant refléter les aspects moins gais de notre monde.
Non, le film social et/ou réal­iste n’a pas tou­jours été aus­si auto­com­plaisant. Oui, la com­miséra­tion redon­dante dans toute forme d’art est las­sante et vaine, là où un brin de retenue objec­tive a pu don­ner des films aus­si durs mais mag­nifique­ment poignants.
Non, la surenchère n’est pas un style facile à manier. Oui, ceux qui ne pos­sè­dent pas cette com­pé­tence devraient faire preuve d’un peu de pondéra­tion.
Non, les fes­ti­vals ne sont pas que des lieux de déprime. Oui, il serait grand temps d’in­vers­er la ten­dance.
Non, je ne suis ni un téléspec­ta­teur de TF1, ni Dany Boon aux César. Oui, j’aime le ciné­ma autant que vous, je m’ap­pelle Oscar Duboy et vous par­le d’un fes­ti­val qui est cen­sé être le plus grand du monde, celui de Cannes.

Sarah Elka­ïm

Under­ground (Emir Kus­turi­ca, 1995)

C’est le film où sa touche per­son­nelle a bas­culé dans le procédé, qui m’a don­né l’im­pres­sion de son inca­pac­ité à apporter une réponse ciné­matographique sincère à la guerre pour se plonger dans un tin­ta­marre de cuiv­res, insup­port­a­bles ici.

Romain Génis­sel

Un homme et une femme (Claude Lelouch, 1966)

La meilleure des palmes: Taxi Dri­ver (Mar­tin Scors­ese, 1973), non ?

La pire: Sans doute la dernière, mais je n’ai pas vu Le Ruban blanc…
Donc, Un homme et une femme de Claude Lelouch m’ap­pa­raît comme le gag­nant de la loterie.

Flo­ri­an Guig­nan­don

Dancer in the Dark (Lars von Tri­er, 2000)

Car il y a quelque chose d’ig­no­ble chez Lars von Tri­er, et dans ce film un cynisme insouten­able. Non pas un cynisme dans sa vision du monde, après tout pourquoi pas?, mais un cynisme car tout est con­stru­it pour faire lar­moy­er le spec­ta­teur, et ce sans moti­va­tion par­ti­c­ulière, comme s’il s’en fichait. Je pense à lui et à cette phrase de Valéry: «L’homme n’est pas si sim­ple qu’il suff­isse de le rabaiss­er pour le com­pren­dre.» Et puis c’é­tait quand même Luc Besson le prési­dent du Jury.

Clé­ment Graminiès

La Loi du Seigneur (William Wyler, 1957)

Même si par ailleurs j’aime beau­coup ce réal­isa­teur.

Arnaud Hée

Dancer in the Dark (Lars von Tri­er, 2000)

En exclu­ant Michael Moore, tous les films devi­en­nent tout à coup respecta­bles. Enfin presque. The Mis­sion de Roland Jof­fé en 1986. Vague sou­venir, mais ça doit être bien mau­vais, dans le genre fresque his­torique kitsch vieil­lie et moche. Mais ma palme va à Dancer in the Dark de Lars von Tri­er, une expéri­ence de spec­ta­teur très très pénible, jusqu’à la nausée. Un mé(ga)lodrame qui se révèle un vrai navet sous le très épais ver­nis du pseu­do chef d’œu­vre.

Alexan­dre Labarus­si­at

Le Salaire de la peur (Hen­ri-Georges Clouzot, 1953 – Grand Prix du Fes­ti­val)

Au risque d’être répudié…

Raphaël Lefèvre

Ex-aequo : Roset­ta (Luc et Jean-Pierre Dar­d­enne, 1999) et Dancer in the Dark (Lars von Tri­er, 2000)

Deux insouten­ables pris­es d’o­tage sen­sorielles et psy­chologiques.

Clau­dine Le Pal­lec Marand

L’É­ter­nité et un jour (Théo Angelopou­los, 1998)

Mal­gré le titre mer­veilleux, le sou­venir d’un naufrage esthé­tique en péniche, une nature morte plutôt qu’un film, sous pré­texte que l’Oc­ci­dent décou­vre la chute du com­mu­nisme…

Math­ieu Macheret

Le Ruban blanc (Michael Haneke, 2009)

La «pire Palme d’or de tous les temps» est tou­jours la plus récente, la dernière. Sinon, le fes­ti­val de Cannes aurait dis­paru depuis longtemps !
Cette année, elle récom­pense un Haneke hau­tain, plein de morgue, raide et pédant (dans le sens de «don­neur de leçons»). Le Ruban blanc est corseté tout du long par un principe formel implaca­ble : noir & blanc bergmanien, cadres au cordeau, dis­tance, froideur – en somme, tout le rig­orisme qu’il fustige chez sa petite com­mu­nauté de per­son­nages. On est écrasé par la si osten­si­ble volon­té de puis­sance du maître (Haneke niet­zschéen ?). Celui-ci nous refait le coup des orig­ines du nazisme, sur un ter­reau fer­tile : la Prusse rurale et protes­tante des années 1913–14. Alors qu’on se demande, depuis X films, jusqu’où il nous fau­dra fouiller pour déter­rer ces fichues orig­ines, Haneke a déjà sor­ti son micro­scope. Belle scène de déc­la­ra­tion de dégoût d’un médecin à sa ser­vante mais, là encore, c’est Bergman qui règne.

Car­ole Mil­leliri

Entre les murs (Lau­rent Can­tet, 2008)

Après réflex­ion, cher­chant à dépass­er ma mécon­nais­sance de cer­tains films «palmés» depuis 1955 pour répon­dre mal­gré tout à cette ques­tion, je choisir­ais de con­sid­ér­er le film Entre les murs comme la pire Palme d’Or (que je con­naisse).

Cette réponse mérite évidem­ment une expli­ca­tion. D’au­tant plus que cer­tains lecteurs ont peut-être com­pris mon admi­ra­tion pour le mer­veilleux directeur d’ac­teurs qu’est Lau­rent Can­tet (voir et revoir Ressources humaines !). J’ai en revanche des réserves cer­taines sur l’in­térêt dis­cur­sif et esthé­tique d’ Entre les murs, dont un cer­tain nom­bre de scènes rap­pel­lent des séquences doc­u­men­taires vues et revues sur le sujet (je pense par exem­ple au film Grands comme le monde, Denis Gheer­brandt, 1998). Je doute aus­si du réal­isme (pour­tant attribué au film) de cer­taines sit­u­a­tions pro­posées dans cette fic­tion. Cette impres­sion a pu être con­fir­mée par des amis pro­fesseurs dans l’en­seigne­ment sec­ondaire, qui ne se sont pas recon­nus pas du tout, voire ont pu être choqués par le com­porte­ment hau­tain, et par­fois agres­sif, du «per­son­nage» de François Bégaudeau. Je recon­nais cepen­dant l’in­térêt soci­ologique de ce film, abor­dant des ques­tions impor­tantes qui ont toute leur légitim­ité dans le champ ciné­matographique (enseigne­ment, citoyen­neté, ado­les­cence, mix­ité, incom­mu­ni­ca­bil­ité, rap­ports eth­niques et rap­ports de classe…).

Mais je trou­ve mal­gré tout ce film bien sures­timé et le voir obtenir la Palme d’Or fut pour moi une grande sur­prise en 2008. Je choi­sis donc ici de con­sid­ér­er Entre les murs comme la pire Palme d’Or, dans le sens du «pire mode d’at­tri­bu­tion d’une récom­pense» : le film s’est en effet vu attribuer cette Palme de façon tar­dive et hâtive. Dernier film vision­né par le jury au matin de la clô­ture du fes­ti­val, Entre les murs a volé la vedette à Valse avec Bachir à la dernière minute. Ce film con­cur­rent est égale­ment sujet à polémique, mais ses qual­ités plas­tiques et tech­niques, tout comme l’au­dace de son pro­pos, méri­tait peut-être d’être mis­es en valeur. Mais Entre les murs aurait finale­ment été choisi en rai­son de l’u­ni­ver­sal­ité de son dis­cours, d’après les pro­pos du prési­dent Sean Penn lors de la remise de la Palme. Je ne peux tou­jours pas m’empêcher de trou­ver ça louche…

La pire des Palmes d’Or, c’est celle qui fait ressen­tir un an après ce doute per­sis­tant, cette incom­préhen­sion tou­jours latente.

Mar­i­on Pasquier

Le vent se lève (Ken Loach, 2006)

Thomas Pietrois-Chabassier

Le vent se lève (Ken Loach, 2006)

Pour le manque d’au­dace du jury.

Raphaëlle Pireyre

Sexe, men­songes et vidéo (Steven Soder­bergh, 1989)

Sans doute devenu assez irre­gard­able aujour­d’hui…

Fabi­en Reyre

Mis­sion (Roland Jof­fé, 1986)

En ce qui me con­cerne cela se joue entre Sailor & Lula (David Lynch, 1990), Mis­sion (Roland Jof­fé, 1986) et Under­ground (Emir Kus­turi­ca, 1995)… Je dirais Mis­sion, car à ce compte-là on n’a qu’à don­ner des palmes à Rid­ley Scott, Jean-Jacques Annaud et Bille August… Ah non, lui c’est déjà fait ! Deux fois en plus !

Belin­da Salig­ot

Ex-aequo Dancer in the Dark (Lars von Tri­er, 2000) et Le vent se lève (Ken Loach, 2006)

Dancer in the Dark: si l’héroïne n’avait pas eu ses prob­lèmes de vue, ça m’au­rait bien arrangée. Et si elle ne chan­tait pas, aus­si. Je l’ai vu une fois, je la revois danser sur des rails, et je ressens encore en moi cette las­si­tude pro­fonde à voir défil­er des images sans les com­pren­dre, des images qui défi­laient à toute vitesse, qui m’ont plongée dans un pro­fond ennui, dont le résul­tat final m’a achevée, et pour­tant, Lars von Tri­er ne m’a pas tou­jours fait cet effet, bien au con­traire.

Le vent se lève. Une his­toire clas­sique, une fin clas­sique, lar­moy­ante, prévis­i­ble. De beaux plans, encore de la poli­tique, oui, et alors ? Pourquoi palme-t-on un film ? Parce que l’his­toire est jolie et sec­oue les con­sciences ? En tout cas, pas parce que le réal­isa­teur a cher­ché a réin­ven­ter une manière de filmer.

Matthieu San­tel­li

Il est vrai qu’en­tre les choix peureux qui récom­pensent les films académiques de Bille August (Pelle le Con­quérant, 1988; Les Meilleures Inten­tions, 1992), les Palmes d’or ex-aequo con­sen­suelles sou­vent le fruit de com­pro­mis pas tou­jours hon­nêtes, les prix par défaut qu’on a pu décern­er aux Dar­d­enne, Angelopou­los ou même le pau­vre Pialat (Sous le soleil de Satan, 1988), les Palmes abu­sives attribuées à des cinéastes sures­timés comme Kus­turi­ca, Taran­ti­no (Pulp Fic­tion, 1994) ou Lars von Tri­er, il y a de la matière pour désign­er la pire des Palmes d’or. Cepen­dant, je m’ab­stiendrai bien de choisir un film et répondrai sim­ple­ment à cette ques­tion en dis­ant : toutes !

Le principe des prix, et par­ti­c­ulière­ment les prix can­nois, out­re l’aspect grotesque du céré­mo­ni­al glam­oureux et mor­bide qu’il implique et la ridicule façade de pres­tige mal placé qui est la seule image qu’il ren­voie du ciné­ma, m’est per­son­nelle­ment insup­port­able pour le car­ac­tère totale­ment aléa­toire de ses résul­tats (qui alig­nent sur un même tableau Le Gué­pard de Vis­con­ti – 1963 – et The Mis­sion de Jof­fé), dont la qual­ité des films est loin d’être l’u­nique fac­teur. Les prix du fes­ti­val de Cannes ten­tent d’im­pos­er une hiérar­chie des valeurs ciné­matographiques en esquis­sant leur pro­pre his­toire du ciné­ma au présent, tan­dis que l’his­toire du ciné­ma, la vraie, se con­stru­it au passé et, bien sou­vent, refuse le chemin que Cannes lui a tracé.

En regar­dant une liste de toutes les Palmes d’or de l’his­toire et en y con­statant les quelques grands chef-d’œu­vres qui y fig­urent (La Dolce Vita – Fed­eri­co Felli­ni, 1960, Les Para­pluies de Cher­bourg – Jacques Demy, 1964, Blow Up – Michelan­ge­lo Anto­nioni, 1967…) j’ai surtout été frap­pé par l’inu­til­ité de ce prix tant j’avais oublié que ces films en étaient grat­i­fiés, tant il devient soudain acces­soire, anec­do­tique. Je ne peux alors m’empêcher de penser qu’il sert essen­tielle­ment de repère médiocre à une cinéphilie faible.

Benoît Smith

J’avoue n’avoir pas vu des mass­es de Palmipèdes dorés, encore moins en entier, et encore encore moins des mérités. Beau­coup de bau­druch­es, allant de Mis­sion à 4 mois, 3 semaines et 2 jours (Cris­t­ian Mungiu, 2007) (eh oui)… Jusqu’à plus ample infor­ma­tion, les quelques chi­antis­simes images que j’ai pu glan­er de L’É­ter­nité et un jour d’An­gelopou­los fer­ont de ce film un can­di­dat à la palme de la Palme la moins sup­port­able de l’his­toire des Palmes. Sinon, par pure mau­vaise foi puisque j’en ai vu encore moins que l’An­gelopou­los, je me fends d’une men­tion spé­ciale à l’o­pus palmé de ce goug­nafi­er de Lars «von» Tri­er.

Ophélie Wiel

Dif­fi­cile de faire son choix entre les Palmes «bonne con­science éco­lo» (Le Monde du silence, Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle, 1956), les récom­pens­es incom­préhen­si­bles accordées à des cinéastes oubliés pour une bonne rai­son (Bille August) ou à des œuvres gen­til­lettes sans réel impact ciné­matographique (Le Knack ou com­ment l’avoir, Richard Lester, 1965 et Un homme et une femme, Claude Lelouch, 1966). Le plus rageant au fond, n’est pas tant à qui sont attribuées les récom­pens­es, mais qui les attribue. Si les débuts du fes­ti­val furent mar­qués par des jurys n’ap­par­tenant pas au monde du ciné­ma (avec notam­ment des écrivains comme prési­dents du jury), la «glam­ouri­sa­tion» de ces dernières années est cer­taine­ment bien plus insup­port­able. Certes, Meg Ryan, Zhang Ziyi et Aish­warya Rai por­tent de bien belles robes sur le tapis rouge. Mais en quoi les acteurs/actrices (com­posant sou­vent la moitié du jury) ont-ils plus de légitim­ité que les autres à décider des films les plus réus­sis du fes­ti­val de ciné­ma «le plus impor­tant du monde»? À quand un jury com­posé aus­si de chefs opéra­teurs, mon­teurs ou tech­ni­ciens du son? Le grand Alain Resnais fit bien de leur ren­dre hom­mage cette année; car sans eux, il n’y aurait pas de films, ni de Palmes.