Critikat

Mindhunter, saison 2

par Josué Morel

Pour saisir ce qui se joue dans cette deuxième saison de Mindhunter, il faut peut-être repartir du générique, où l’installation d’un dispositif d’enregistrement se voit entrecoupée de flashs de cadavres en décomposition. Ce générique, qui repose sur une tension entre l’aplanissement de l’image par la trame d’un récit (le ruban du magnétophone qui défile) et le surgissement d’une résistance de…

La rentrée Critikat

par Josué Morel, Corentin Lê

Quelques mois après le lancement d’une nouvelle formule, Critikat poursuit sa mue. D’abord avec le lancement d’un podcast, Scanners, piloté par Corentin Lê, rédacteur en chef adjoint de la revue. Une fois par mois, cette rubrique proposera une table-ronde réunissant des membres de la rédaction, puis un entretien avec un invité (réalisateur, technicien, chercheur, etc.) pour aborder une thématique liée…

Frankie

par Josué Morel

Le plus beau plan de Frankie, qui se trouve à la toute fin du film, a le défaut de surligner son ambition : face à la mer, un groupe d’amis contemple le soleil se coucher, tandis que ses reflets sur l’azur forment comme un ruban dorée que prolonge un sentier terreux que les personnages vont, un à un, emprunter pour…

Once Upon a Time… in Hollywood

par Josué Morel

Depuis Les Huit Salopards, quelque chose de nouveau semble à l’œuvre dans le style de Tarantino, qui gagne en profondeur et en complexité à mesure qu’il délaisse la part que l’on pouvait considérer encore comme un brin superficielle. Appelons ça, faute de mieux, une forme de maturité, qui passe par un dérèglement du système du cinéaste. Dans le cas de…

Une grande fille

par Josué Morel

Intéressant cas que cette Grande fille (Beanpole, soit « la girafe »), qui investit, dans la lignée d’une tendance que l’on évoquait brièvement en ouverture du dernier Festival de Cannes, une esthétique héritée de la modernité. Stalingrad, 1945. Le film s’ouvre sur une pure suspension de la signification, via la stase mentale et physique dans laquelle plonge parfois Ilya, infirmière qui a…

Dragged Across Concrete

par Josué Morel

Dragged Across Concrete (ou Traîné sur le bitume, si l’on préfère son titre français) prouve qu’il faut parfois laisser quelques films à un auteur pour développer, au-delà d’un imaginaire et d’un style identifiés, une véritable écriture. Que raconte en surface le troisième film de S. Craig Zahler, réalisateur de Bone Tomahawk et de Brawl in Cell Block 99 ? L’histoire…

Midsommar

par Josué Morel

Midsommar, le deuxième film d’Ari Aster, prend pour décor une communauté suédoise de prime abord idyllique, mais dont les rites et secrets font basculer l’intrigue vers l’horreur. Il raconte surtout en sous-main l’histoire d’un couple qui, on le comprend sans que cela ne soit explicitement dit, ne fait pas beaucoup l’amour. Cette question innerve secrètement le film et ce dès…

Notes sur la 3D du Roi Lion

par Josué Morel

1. Peut-on vraiment dire que Le Roi Lion est le « remake plan par plan » du film d’animation de 1994 ? Oui, à condition toutefois de définir en quoi consiste une telle démarche, à ne pas confondre avec la décalcomanie ou la réitération déférente et fidèle, deux horizons qui s’avèrent être aux antipodes du film de Favreau. C’est un b.a-ba. de…

Crawl

par Josué Morel

Il suffit d’un plan, le premier, pour qu’Alexandre Aja prouve qu’il a retenu une des leçons des Dents de la mer, à savoir que la mise en scène d’un monstre tueur passe d’abord et avant tout par l’usage de la métonymie. Face à une piscine dans laquelle elle s’apprête à plonger, Hayley (Kaya Scodelario) est ainsi surplombée par un fanion…

Anna

par Josué Morel

Avec son récit qui substitue à la guerre froide une guerre des sexes, Anna s’apparente à un film passéiste qui essaierait, en vain, d’être actuel. Il faut peut-être envisager sous cet angle l’horizon gigogne de la narration, construite sur le motif de la poupée russe ("it’s a woman inside a woman...»), renvoyant autant à une conception de la femme comme…

Le procès de Charlie Chaplin

par Josué Morel

Si Monsieur Verdoux et Un Roi à New York sont les deux seuls films du cinéaste où l’acteur tient un premier rôle autre que celui de Charlot, ou du moins dans lesquels la figure Charlot serait cachée sous le visage d’un personnage différent, c’est un autre point commun qui donne envie de mettre les deux films en regard. Là où…

Les génériques de James Bond

par Josué Morel

Avec les compositions symphoniques de John Barry, les génériques sont peut-être ce qui vient le plus immédiatement en tête lorsqu’on pense aux films de James Bond. C’est que ces séquences introductives, outre le fait qu’elles constituent une forme de spectacle, indépendant et ritualisé d’épisode en épisode (dans une logique sérielle, cf. ce que l'on expliquait à propos du générique de…

X‑Men : Dark Phoenix

par Josué Morel

Avant la séance de X-Men : Dark Phoenix défile la bande-annonce d'un autre blockbuster, Men in Black : International. « Men in Black ? » interroge ironiquement l'héroïne jouée par Tessa Thompson. « J’y travaille. » lui promet, un peu embarrassée, sa responsable. Vingt minutes plus tard, le film a commencé et la même scène, l’humour en moins, se rejoue à l’écran. Raven/Mystique (Jennifer…

Zombi Child

par Josué Morel

L’enchaînement frénétique des projections dont Cannes est le théâtre donne parfois l’occasion au critique, entre deux scènes ou deux films, de se poser quelques questions de méthode. Par exemple, on s'interroge devant le nouveau film de Bertrand Bonello : à quel niveau l’écriture s’organise-t-elle ? Quelle serait l'unité métrique du film ? On serait tenté de poser l'hypothèse que Zombi…

Matrix Reloaded / Hacker

par Josué Morel

Par ses allers et retours entre la « réalité » et la Matrice, la trilogie des sœurs Wachowski aura non seulement figuré un « monde ouvert » mais aussi une ouverture au monde. Des trois films, Reloaded est peut-être celui qui a poussé le plus loin cet horizon, au point que sa scène inaugurale semble rétrospectivement annoncer d’autres films qui…

Générique (Deadwood)

par Josué Morel

Le générique, peut-être plus que toute autre composante du médium sériel, constitue aujourd’hui sa marque la plus évidente, celle que toutes les séries partagent. Si le cinéma a progressivement délaissé cette forme esthétique à part entière, les séries continuent quant à elles de l’investir et ce en dépit des évolutions qui les touchent. Depuis l’émergence de Netflix et des plateformes…

Al Swearengen (Deadwood)

par Josué Morel

Deadwood est emblématique d’un âge d’or de la chaîne HBO, qui a inventé au début des années 2000 un type de fiction pleinement adapté aux modalités du feuilleton télévisuel, d’Oz à The Wire ou plus récemment The Deuce. On pourrait le définir comme une chronique au long cours dont le goût pour les figures bariolées et théâtrales n’entraverait toutefois rien…

Parasite

par Josué Morel

Reprise de notre billet cannois consacré à Parasite, avec une conclusion légèrement retouchée suite à la Palme d'or remise au film. Parasite n’est pas un mauvais film, loin de là, mais il déçoit un peu au regard de ce qu’il met en place – un jeu de stratifications sociales et spatiales dans une maison bourgeoise – et de ce qu’il…

Cannes, un bilan

par Josué Morel

Clap de fin pour le 72e Festival de Cannes. Quel bilan tirer de cette édition ? Outre la cinquantaine de textes déjà publiés sur Critikat, voici quelques notes en guise de synthèse. En gestation Petite coïncidence : les deux films les plus passionnants de cette édition, Once Upon a Time… in Hollywood et Mektoub My Love : Intermezzo, ne sortiront peut-être…

Roubaix, une lumière

par Josué Morel

« Un film dirigé par Arnaud Desplechin » nous dit le générique de fin. Que déduire de cette formulation ? Peut-être moins que le film organise un chaos (le style nerveux et pris sur le vif qu’il adopte) ou s'en remet à ses acteurs (dont les visages et les profils détonnent là aussi dans le cinéma de Desplechin) qu'il ne s'achemine, comme…