Il suf­fit d’un plan, le pre­mier, pour qu’Alexandre Aja prou­ve qu’il a retenu une des leçons des Dents de la mer, à savoir que la mise en scène d’un mon­stre tueur passe d’abord et avant tout par l’usage de la métonymie. Face à une piscine dans laque­lle elle s’apprête à plonger, Hay­ley (Kaya Scode­lario) est ain­si sur­plom­bée par un fan­ion qui fig­ure déjà la gueule den­tée qui bien­tôt la men­ac­era. C’est d’ailleurs dans la mise en place du réc­it, avant le sur­gisse­ment de tout événe­ment hor­ri­fique, que le film con­va­inc le plus, lorsqu’il se con­tente sim­ple­ment, par un rac­cord sur un ciel orageux ou par la présence de signes annon­ci­a­teurs (une bar­rière aux allures de dents, un gril­lage dont les mailles ren­voient à la peau écailleuse des pré­da­teurs, etc.), à patiem­ment faire mon­ter la ten­sion. Le prob­lème, c’est que le cinéaste a oublié un autre enseigne­ment du film de Spiel­berg, au moins aus­si impor­tant : la révéla­tion du mon­stre obéit à une logique infla­tion­niste ; à chaque fois que l’attraction mon­tre son muse­au, il faut en mon­tr­er davan­tage. Or, très (trop) rapi­de­ment, la bête sur­git en pleine lumière d’un escalier (autre métonymie de la gueule, celle-ci pour le coup sous-exploitée). Que peut dès lors ten­ter le film pour répon­dre à la néces­sité d’en révéler plus ? La réponse est pour le moins frus­trante : il con­voque un deux­ième alli­ga­tor, puis un troisième, jusqu’à ce qu’une armée envahisse la ville inondée dans laque­lle Hay­ley et son père sont piégés.

Si Crawl est en cela un film pris à son pro­pre jeu, la décep­tion tient surtout à une cer­taine indo­lence de l’écriture, qui des­sine d’astucieuses idées néan­moins inex­plic­a­ble­ment lais­sées en friche. Par exem­ple, la petite lampe torche dynamo d’Hayley, qu’elle mouline sans arrêt : à aucun moment le film ne joue sur les mod­u­la­tions de la lumi­nosité, l’objet ne ser­vant qu’à intro­duire une mécanique de ner­vosité (le geste répété de l’héroïne). C’est pour­tant par de petites trou­vailles de ce type que le film aurait pu trou­ver sa sin­gu­lar­ité, plus que dans la mul­ti­pli­ca­tion des rep­tiles.