Si As Bestas se présente comme une vari­a­tion sur Les Chiens de paille de Sam Peck­in­pah, il creuse surtout le sil­lon tracé par Madre, le précé­dent film de Rodri­go Soro­goyen, dont le principe est ici, du moins en apparence, retourné comme un gant. On ne suit plus l’errance d’une Espag­nole sur les plages des Lan­des, mais les déboires d’Antoine (Denis Méno­chet) et d’Olga (Mari­na Foïs), un cou­ple instal­lé dans un petit vil­lage gali­cien décrépi. Peu à peu, ils font face à l’hostilité de cer­tains locaux, mécon­tents de leur oppo­si­tion à un pro­jet d’achat des ter­res. Sans trop en dévoil­er, le film repose là encore sur une ellipse et une dis­pari­tion qui rabat­tent les cartes du réc­it, mais cette fois-ci beau­coup plus tar­di­ve­ment, pour opér­er une inat­ten­due bas­cule de point de vue.

Soro­goyen a beau invers­er les don­nées de son équa­tion nar­ra­tive, le résul­tat reste peu ou prou le même : un pri­mat de la psy­cholo­gie sur l’action et une dom­i­na­tion très nette du scé­nario sur la mise en scène, la com­plex­ité des sen­ti­ments ici en jeu faisant l’objet de longues séquences dia­loguées, par ailleurs assez iné­gale­ment menées et inter­prétées. Là où les dis­putes (en espag­nol) entre Antoine et son voisin per­me­t­tent de faire per­ler la rage con­tenue de Méno­chet, acteur qui, depuis son appari­tion dans Inglou­ri­ous Bas­ter­ds, cul­tive un jeu fondé sur un bouil­lon­nement intérieur, celles con­frontant Olga à sa fille (Marie Colomb) con­fir­ment, après Madre, les approx­i­ma­tions de Soro­goyen lorsqu’il dirige des acteurs fran­coph­o­nes avec un peu moins de bouteille. Or les comé­di­ens sont la char­p­ente de ce film sou­vent tim­o­ré dans sa forme, strié de plans isolés les uns des autres dans le mon­tage et de scènes illus­trant plate­ment le quo­ti­di­en du cou­ple, qui vise pour­tant à son­der la com­plex­ité d’une sit­u­a­tion inex­tri­ca­ble. Il aurait fal­lu pour cela un cinéaste un peu plus sub­til.