Nou­velle entrée dans le champ du body hor­ror français, le pre­mier long-métrage de Mar­i­on Le Cor­reller enfonce le clou plan­té il y a deux ans par The Sub­stance de Coralie Fargeat. D’emblée, le lien de par­en­té formelle et pop saute aux yeux : couleurs cri­ardes (ici, le rouge dom­i­nant), intérieurs asep­tisés filmés en grand angle, plongées et con­tre­p­longées défor­mant les per­spec­tives, ryth­mique tech­no qui insuf­fle sa dynamique épilep­tique au mon­tage. L’ouverture, située dans un fast-food où un serveur sur­mené pète les plombs et mas­sacre un client impoli, ne plante pas seule­ment le décor. Elle s’aventure sur un ter­rain ren­du désor­mais fam­i­li­er, voire car­i­cat­ur­al (par excès de sec­ond degré et de références), qui laisse d’abord crain­dre la red­ite ou une dévo­tion coupable. Fort heureuse­ment, passé ce préam­bule déférent, San­guine s’at­tache à trou­ver sa pro­pre voie sans se dépar­tir de cette réjouis­sante dés­in­vol­ture. Dépourvu de légèreté, le film parvient cepen­dant par endroits à faire peau neuve grâce à quelques idées bien sen­ties dans la descrip­tion de la lente descente aux enfers de Mar­got, une jeune interne para­chutée aux urgences.

Pre­mière bonne idée : con­fin­er (à l’exception d’une séquence dans une boîte de nuit) l’essentiel des scènes au sein d’un hôpi­tal, réduit som­maire­ment à quelques couloirs angois­sants, bureaux, salles de soins et loge­ments étu­di­ants étriqués. Si les con­di­tions du tra­vail hos­pi­tal­ier sont au cen­tre de ce réc­it de soma­ti­sa­tion (une étrange mal­adie cutanée se développe à mesure que la charge de tra­vail déshu­man­isante aug­mente), Le Cor­reller n’en fait pas pour autant un enjeu de satire socié­tale (et c’est heureux). L’hôpital ne vaut que comme arrière-fond bar­i­olé, par­tic­i­pant d’une esthé­tique ludique (le jeu sur les couleurs se mêle à celui sur les échelles de plan) et d’un espace car­céral (la cham­bre de l’héroïne ressem­ble à s’y mépren­dre à une cel­lule) où l’horreur peut advenir der­rière chaque porte. Sec­onde bonne idée : tir­er un prof­it indé­ni­able du vis­age de Mara Taquin, décou­verte aus­si probante que celle de Garance Mar­il­li­er dans Grave de Julia Ducour­nau. Davan­tage que son corps détraqué, voué à des trans­for­ma­tions de plus en plus gore, ce vis­age, filmé lui aus­si sous toutes les cou­tures, offre sa fasci­nante plas­tic­ité à la caméra dévo­rante de la réal­isatrice. Sa capac­ité à encaiss­er la douleur, à se con­cen­tr­er ou à se laiss­er débor­der, en fait presque un film à lui seul.