Retour à Cannes pour Hirokazu Kore-eda après la Palme d’or pour Une affaire de famille en 2018 (et l’embarrassant La Vérité, par­en­thèse parisi­enne avec Deneuve et Binoche). Si le cinéaste tourne pour la pre­mière fois en Corée du Sud, on remar­que à peine la dif­férence : il s’agit bien d’un Kore-eda pur jus. Le film racon­te le voy­age d’un groupe com­pos­ite qui cherche à trou­ver une nou­velle famille pour un bébé aban­don­né. En découle un mélo parsemé de bons sen­ti­ments et peu­plé de per­son­nages aus­si impar­faits qu’attachants, de ceux qui émeu­vent et font aus­si sourire — ce serait l’hori­zon vague­ment chap­linesque que l’on prête à Kore-eda. Ce mélange des gen­res ici à l’œuvre est au fond rac­cord avec le sujet de son ciné­ma : le lien. Les mots du titre japon­ais sont d’ailleurs con­nec­tés les uns aux autres par un petit fil blanc, tan­dis que le per­son­nage de Sang-hyeon (Song Kang-ho, l’acteur fétiche de Bong Joon-ho), cou­turi­er à ses heures per­dues, reprise les bou­tons de chemise de ses com­pagnons impro­visés. En somme, il s’ag­it d’un ciné­ma de la suture, qui part de sujets graves pour rac­com­mod­er les êtres abimés et raf­fer­mir les liens dis­ten­dus. Le souci tient à ce que le film, qui se rêve ten­dre, s’avère surtout mièvre et siru­peux. Quelques plans un brin plus inspirés que la moyenne (par exem­ple, un bras qui entre dans le cadre pour mas­quer un vis­age mouil­lé par les larmes) pèsent peu face au ron­ron d’une mise en scène ser­vant d’écrin à un débal­lage psy­chologique fausse­ment com­plexe. À force d’étaler sa mignon­ner­ie, Kore-eda trans­forme le « tout le monde a ses raisons » de Renoir en un « tout le monde a un bon fond ».