Quels sont au juste les « cons » aux­quels Dupon­tel dit adieu ? La police, bien sûr, qui en prend pour son grade dès la pre­mière scène, mais aus­si plus large­ment l’administration et le monde numérisé, peu­plé de zom­bies, qui dans les trans­ports en com­mun restent béate­ment rivés sur des smart­phones. C’est peu ou prou la seule idée d’écriture du cinéaste – qui s’en remet, pour le reste, à un défilé de vignettes à l’esthétique sur­chargée (accéléra­tions, caméra tournoy­ante, plans sur­plom­bants) : imman­quable­ment, les per­son­nages font face à des grandes sur­faces trans­par­entes où appa­rais­sent images, plans d’immeubles, radi­ogra­phies et autres don­nées foi­son­nantes. Dupon­tel se rêve peut-être en sale gosse du ciné­ma hexag­o­nal (dis­ons, pour faire vite, son Ter­ry Gilliam, qui fait d’ailleurs comme dans 9 mois ferme une petite appari­tion), mais il cède pour­tant à cette obses­sion qui acca­pare désor­mais la comédie française con­tem­po­raine (dans toutes ses couch­es, des films de Gondry à Effac­er l’historique, en pas­sant par Self­ie et bien­tôt Les 2 Alfred) : les sociétés inter­con­nec­tées sont des pris­ons froides où l’on perd de vue les sen­ti­ments humains les plus élé­men­taires. Et le cinéaste d’opposer à cette gri­saille une poésie fre­latée et mièvre, où des fig­ures tru­cu­lentes et hautes en couleur (exem­plaire­ment, l’aveugle cam­pé par Nico­las Mar­ié, qui avec son nœud-papil­lon bigar­ré a tout du per­son­nage de bande-dess­inée) résis­tent vail­lam­ment aux hordes de « cons ».

Ce pro­gramme, déjà pas très exci­tant, se heurte de sur­croît à la tartuferie du scé­nario, qui fait de Dupon­tel un fugi­tif, mais aus­si un ersatz de mar­i­on­net­tiste. Sa vir­tu­osité d’informaticien, qui lui per­met de con­trôler tout sys­tème de sécu­rité, l’aidera en effet à sur­mon­ter les obsta­cles et à retrou­ver le fils biologique de Suze (Vir­gine Efi­ra), sa com­pagne d’infortune. Dupon­tel, dont le per­son­nage essaie donc de vain­cre le mal par le mal, aurait bien fait de garder en tête l’avertissement de Niet­zsche : « à lut­ter avec les mêmes armes que ton enne­mi, tu devien­dras comme lui ». Adieu les cons est de fait un film peu­plé de pan­tins désar­tic­ulés (la scène de la tour et des ascenseurs devenus fous), d’esquisses à moitié vides, de robots que le cinéaste télé­com­mande à dis­tance (la séquence roman­tique des deux jeunes tourtereaux). Toute l’ambiguïté de cette pos­ture cul­mine dans un dénoue­ment dont la rad­i­cal­ité en apparence nihiliste et vague­ment punk (un adieu défini­tif à ce monde de merde) est pour­tant nuancée par ce que le réc­it a par ailleurs organ­isé sur la fil­i­a­tion et le pas­sage de relais aux généra­tions futures. Le ciné­ma bour­sou­flé de Dupon­tel, qui souhaite gag­n­er sur tous les tableaux, est décidé­ment bien antipathique.