Qu’est-ce que « Ça » ? Une créa­ture qui serait la peur per­son­nifiée : entité pro­téi­forme, Pen­ny­wise a le pou­voir de met­tre en images les pho­bies secrètes de ses vic­times. Le film tire de cet hori­zon une suite de scènes qua­si-autonomes qui brassent tout un imag­i­naire de films d’horreur. Il suf­fit, pour s’en con­va­in­cre, de s’arrêter sur la séquence où Bev­er­ly (Jes­si­ca Chas­tain) se retrou­ve enfer­mée dans des toi­lettes envahies par un déluge de sang et où le vis­age de son père se des­sine dans l’entrebâillement de la porte : soit deux cita­tions de Shin­ing pour le prix d’une. C’est la part post-mod­erne du film, qui ne cesse d’ailleurs de faire appa­raître des corps en décom­po­si­tion et des cadavres déliques­cents, recy­clant un cat­a­logue fan­tas­tique usé jusqu’à la corde. Le réc­it lui-même n’est qu’un remake à peine voilé du pre­mier volet, sous la forme d’une bal­lade à Mem­o­ry Lane où les per­son­nages revivent des scènes du film précé­dent et col­lectent des objets oubliés pen­dant vingt-sept ans.

Il faut savoir gré au film de recon­naître lui-même son extrême « faib­lesse », dans un long finale où les per­son­nages pren­nent con­science de la nature du mon­stre et de ses dif­férentes incar­na­tions : c’est une bau­druche vide, un « impos­teur » et même un « imi­ta­teur ». Le film va même jusqu’à achev­er la dernière séquence réu­nis­sant tous les per­son­nages par l’évocation et la déf­i­ni­tion, cela ne s’invente pas, du « pot-pour­ri ». Cette poussée de lucid­ité donne son intérêt au film, mais on regrette tout de même que la créa­ture, dont le poten­tiel brille ici et là (deux scènes : d’abord les yeux du clown, scin­til­lants dans la nuit, entrap­erçus du point de vue d’un per­son­nage en train de se noy­er, puis le piège dans lequel tombe une char­mante petite fille), ne serve en fin de compte qu’une mise en scène tablant sur un déluge d’effets au mieux dérisoires, au pire navrants.