Sor­ti quelques jours après Spi­der-Man : Across The Spi­der-verse, The Flash con­firme que le métavers est désor­mais incon­tourn­able : après avoir répliqué la réu­nion des Avengers dans Jus­tice League, la fran­chise des super-héros DC creuse, sur le mod­èle de Spi­der-Man : No Way Home, le sil­lon des univers par­al­lèles, pré­textes pour mul­ti­pli­er les clins d’œil aux spec­ta­teurs biberon­nés aux adap­ta­tions de comics. La tâche incombe cette fois à Flash : une nuit de dés­espoir, Bar­ry Allen décide d’utiliser sa capac­ité de super-vitesse pour remon­ter le temps et « répar­er » le trau­ma­tisme qui le hante – le meurtre de sa mère, injuste­ment imputé à son pro­pre père, empris­on­né depuis. Ce faisant, Bar­ry dis­tord le fameux « con­tin­u­um espace-temps », engen­drant une tem­po­ral­ité alter­na­tive à la façon de Mar­ty McFly dans Retour vers le futur – la saga est d’ailleurs citée ad nau­se­am par les per­son­nages. Si l’on croit un temps à une pirou­ette astu­cieuse pour pou­voir racon­ter la genèse du per­son­nage (Bar­ry ren­con­tre une ver­sion alter­na­tive de lui-même qui va à son tour recevoir ses pou­voirs), l’horizon est tou­jours le même : cap­i­talis­er sur de vieux totems. À cet endroit, le film n’a même pas les moyens de ses piètres ambi­tions et doit se con­tenter de remet­tre Michael Keaton, aujourd’hui sep­tu­agé­naire, dans sa tenue de Bat­man, ou de ressus­citer le général Zod de Man of Steel. Même au petit jeu des références, The Flash sem­ble à la traîne.

Une forme de sin­gu­lar­ité le dis­tingue tout de même, bon gré mal gré, de ses homo­logues. Loin du sérieux de Zack Sny­der, qui avait insuf­flé son style désat­uré aux précé­dents films DC, Andrés Muschi­et­ti n’hésite à don­ner dans le pur car­toon. Plus col­oré – mais égale­ment plus prompt à la plaisan­terie facile –, le film déploie des scènes d’action dopées aux images de syn­thèse, mul­ti­pli­ant par exem­ple les mou­ve­ments de caméra physique­ment impos­si­bles. Le trait de Muschi­et­ti n’est cepen­dant pas aus­si assuré que celui de Brad Bird ou de Sam Rai­mi : la ten­ta­tive d’hybridation entre car­toon et images réelles cul­tive un entre-deux étrange, tan­tôt grotesque (les vis­ages des per­son­nages défor­més par des cour­tes focales), tan­tôt acci­den­telle­ment cauchemardesque. Ce sen­ti­ment cul­mine face à un décor faisant office d’interface entre les tem­po­ral­ités, con­stru­it comme une arène peu­plée des fig­ures du passée de Bar­ry, toutes mod­élisées en images de syn­thès­es. Faute d’une tech­nique à la hau­teur, cette galerie de stat­ues s’enfonce dans les méan­dres de la « val­lée de l’étrange ». Le film ressem­ble ain­si sou­vent à un curieux assem­blage, d’autant que la majorité des scènes reposent sur un trucage numérique approx­i­matif : la dupli­ca­tion d’Ezra Miller, qui joue en même temps deux ver­sions de Flash. Un vis­age humain inter­ag­it en per­ma­nence avec un dou­ble dig­i­tal jamais tout à fait con­va­in­cant, y com­pris dans un éton­nant champ-con­trechamp – qui aurait donc pu se pass­er de cet arti­fice – à l’arrière du jet de Bat­man, où l’humain dis­cute l’air de rien avec sa copie dif­forme.

The Flash oscille ain­si entre l’accident indus­triel et l’autoparodie, à l’image d’une séquence dans laque­lle Bat­man expose la théorie des univers par­al­lèles à par­tir d’un plat de nouilles. La sauce bolog­naise qui clôt la scène donne d’ailleurs quelque part son allé­gorie au film, mélange d’ingrédients à moitié mixés où cohab­itent, par­fois au sein d’un même plan, une red­ite de Man of Steel et du Bat­man de 1989, ou un pandé­mo­ni­um d’ef­fets spé­ci­aux et un meme inter­net. Métas­tasé par les références, à l’image du mul­tivers cor­rompu qui appa­raît dans son dernier tiers, The Flash témoigne surtout d’un oppor­tunisme sans borne : le véri­ta­ble pina­cle du film, davan­tage que sa réso­lu­tion con­v­enue, tient dans une scène embar­ras­sante qui con­cré­tise, le temps de l’aperçu fur­tif d’un univers par­al­lèle, un célèbre pro­jet d’adaptation n’ayant finale­ment jamais vu le jour. Déter­miné par tous les moyens à aguich­er ses spec­ta­teurs, The Flash brille finale­ment moins par son étrangeté que par sa dém­a­gogie.