Belle idée de la Mostra que de pro­gram­mer coup sur coup ce matin les films de Jerzy Skolimows­ki et de Lau­rie Ander­son, qui parta­gent au moins deux motifs : le 11-Sep­tem­bre comme point de bas­cule d’un change­ment de notre per­cep­tion du monde, et ce monde vu à un moment par le truche­ment d’un chien. À côté de la messe théorique de 11 min­utes sur un présent qui ne serait plus qu’un entrelacs d’images recy­clant les codes du ciné­ma améri­cain, Heart of a Dog de Lau­rie Ander­son, film le plus court de la com­péti­tion, fait toute­fois pâle fig­ure. Si on ne sait d’ailleurs pas trop pourquoi c’est ce doc­u­men­taire-là et un pas un autre qui a eu le droit aux hon­neurs de la com­péti­tion, le film intrigue dans ses pre­mières min­utes par son ambi­tion d’essai intimiste qui appelle néces­saire­ment à des com­para­isons écras­antes, du ciné­ma de Cav­a­lier à l’Adieu au lan­gage de Godard pour la place qu’il ménage à un canidé (comme dans Le Par­adis mais aus­si Et main­tenant ?, l’exploration d’une intim­ité se fait au con­tact d’un ani­mal domes­tique). Mais Heart of a Dog ne parvient ni à con­va­in­cre ni à émou­voir dans son rap­port au com­men­taire, et tombe dans un écueil que l’on a longtemps injuste­ment assim­ilé au ciné­ma de Cav­a­lier : la redon­dance. Une séquence sur deux n’a qu’une valeur pure­ment illus­tra­tive : elle repro­duit à l’écran ce qu’énonce, avec un phrasé trop théâ­tral­isé, le com­men­taire de la réal­isatrice, là où pré­cisé­ment Cav­a­lier parvient à dévelop­per un art ora­toire capa­ble de tran­scen­der une image ou de la nour­rir. Ander­son se con­tente de décrire ou de nom­mer, adopte un ton trop sou­vent cuistre (elle cite Kierkegaard et la philoso­phie tibé­taine) pour évo­quer la mort de son chien et faire part de ses obser­va­tions sur la vie, la mort, l’amour et les balades sur la plage.

Le film pâtit égale­ment de sa lour­deur plas­tique : le cadre est con­stam­ment sur­chargé par un ensem­ble d’afféteries visuelles (gouttes d’eau qui coulent, fil­tres, flous) qui trans­forme cet alliage de régimes d’images (recon­sti­tu­tion de sou­venirs, ani­ma­tion de rêves, vidéos et pein­tures) en une forme de bouil­lie uni­forme, avec peut-être la seule scène d’ouverture comme morceau qui se détache. C’est d’autant plus dom­mage que le film s’éloigne pro­gres­sive­ment de la sim­plic­ité et de la mod­estie pre­mière de son entre­prise, com­plex­i­fie sa bande-son moins four­mil­lante que trop pro­duite, pour accouch­er d’un objet si retra­vail­lé qu’il finit par en devenir lisse. Faute de se coltin­er con­crète­ment au réel, le film échoue à être autre chose qu’un fade tri­co­tage d’images anec­do­tiques bercé par la voix ron­ron­nante de sa nar­ra­trice.