L’une des astuces de Quentin Dupieux pour don­ner à son ciné­ma un air de pro­fondeur est de com­pos­er ses réc­its selon un principe gigogne (pen­sons au rêve dans le rêve de Daaaaaali ! ou au lever de rideau dans Au poste !). Ce procédé est cou­plé ici avec une ten­sion entre l’intérieur et l’extérieur : Full Phil est un huis clos sur un père (Woody Har­rel­son) essayant de renouer les liens avec sa fille, Madeleine (Kirsten Stew­art), au beau milieu d’un Paris à feu et à sang à cause de man­i­fes­tants (dont on ne con­nait pas les reven­di­ca­tions). Détour­nant le sketch « Le troisième âge » de Mon­ty Python : Le Sens de la vie, le cinéaste s’amuse à filmer son actrice se goin­fr­er tout en déplaçant le châ­ti­ment de M. Cre­osote vers la fig­ure de son pau­vre père, qui grossit à sa place. L’in­trigue famil­iale est par ailleurs entre­coupée d’ex­traits d’une série B que regarde Madeleine sur son ordi­na­teur, dans laque­lle on retrou­ve Eric Ware­heim, acteur fétiche des pre­miers films de Dupieux. Struc­ture gigogne tou­jours : la péri­ode française du réal­isa­teur (à par­tir d’Au poste) ingère de la sorte la péri­ode dite améri­caine.

Le film s’apparente donc à une entre­prise ludique qui pour­rait séduire si la démarche de Dupieux ne la rédui­sait pas – par paresse ou manque de volon­té – à un jou­jou sans âme. Comme à son habi­tude, celui-ci lance des idées sans les dévelop­per. En témoigne le statut ambiva­lent de Phil, qui pour­rait con­stituer un avatar du mâle blanc arro­gant et dom­i­nant. Mais le film ne va pas au bout de sa charge : l’omniprésence du maître d’hôtel joué par Char­lotte Lebon (piètre incar­na­tion de la soi-dis­ant can­cel cul­ture), qui le soupçonne sans fonde­ment de vouloir infliger du mal à sa fille, a pour con­séquence col­latérale de le ren­dre rel­a­tive­ment sym­pa­thique. Le cinéaste offre à Phil une psy­cholo­gie dont ne jouit jamais Madeleine qui, pas­sant la plus grande par­tie du réc­it à regarder de la fic­tion en mangeant, ren­voie au stéréo­type du spec­ta­teur-con­som­ma­teur. Dupieux se réfugie der­rière une cru­auté à la Fer­reri (on ne peut s’empêcher de penser à La Grande bouffe) pour mas­quer un mépris bête et méchant, dans une forme qui se rap­proche, depuis quelques années, d’un sketch dif­fusé sur Canal +.