La fil­mo­gra­phie de Quentin Dupieux se dis­tingue par une cer­taine prédilec­tion pour le par­a­sitage : ses films s’attellent à frac­tur­er dif­férents medi­ums (le ciné­ma dans Non­film et le théâtre dans Yan­nick), ou à s’attaquer à leurs fig­ures de proue (l’acteur dans Rub­ber et l’auteur dans Daaaaaalí !). Sou­vent, cette démarche relève d’une forme de plaidoy­er pour l’amateurisme (en sus du « no rea­son » et de l’absurde). Avec son design pix­elisé qui rap­pelle celui des jeux Playsta­tion 1, Le Ver­tige, pre­mier film d’animation du réal­isa­teur, pro­longe ce geste : dès la scène d’ou­ver­ture, on assiste à un bug, avec le doigt d’un per­son­nage qui sem­ble s’en­fon­cer dans la son­nette d’un immeu­ble. Les erreurs et les imper­fec­tions seront assumées de bout en bout par Dupieux. Si par le passé le cinéaste a pu vis­er un véri­ta­ble sen­ti­ment de ver­tige (pen­sons à Réal­ité), il le désamorce ici par une forme pré­caire qui nous rap­pelle à chaque instant que ce n’est après tout qu’une blague : pas de sen­ti­ment d’inquiétante étrangeté quand Jacky (Alain Cha­bat) vient annon­cer à son meilleur ami Bruno (Jonathan Cohen) qu’ils vivent dans une sim­u­la­tion, seule­ment un léger goût d’absurde qui n’i­ra pas plus loin une fois le dis­posi­tif instal­lé.

Le réc­it est d’une telle paresse que Dupieux tente de défendre son absence d’originalité en met­tant dans la bouche de ses pro­tag­o­nistes des références à la trilo­gie Matrix ou à Alice au pays des mer­veilles, lorsqu’il n’en reprend pas les prin­ci­paux motifs : la décou­verte de failles dans le sys­tème (ici, un oiseau qui fait du sur­place dans une bouche d’égout), la ren­con­tre avec un guide aux air de Mor­pheus (Jean-Marie Win­ling), avec sa calvi­tie et ses lunettes noires, ou la tra­ver­sée du miroir (qui se joue, évidem­ment, sur un mode décep­tif). Dupieux sem­ble enfin trou­ver son cap avec le per­son­nage de Jonathan Cohen qui, après un saut tem­porel, devient un père défail­lant (comme l’un des héros de Full Phil, dif­fusé en séance de minu­it la même année à Cannes) et un mag­nat de la tech sur­fant sur le com­plo­tisme ambiant. Dans l’une des dernières scènes, sa fille lui reproche d’arnaquer des mil­liers de per­son­nes avec une machine fraud­uleuse. Le manque d’égard que Bruno lui man­i­feste pen­dant l’ensemble du film annonce au fond qu’il en a très peu aus­si pour l’avenir. Mais le scé­nario botte en touche à quelques min­utes de la fin : lorsque le film pour­rait pos­er un regard sur la famille ou sur la société, Dupieux choisit de le faire bas­culer de l’autre côté du miroir, dans un monde où tous les con­flits dis­parais­sent. Signe du peu d’intérêt que le cinéaste porte en général à ses sujets (mais alors : pourquoi les évo­quer ?). Ou bien sim­ple­ment d’un manque d’inspiration ?