En 1979, il y a eu une Révo­lu­tion. Sa com­mé­mora­tion, le trente-deux­ième anniver­saire de notre révo­lu­tion irani­enne, se tien­dra le 11 févri­er 2011. Je vous rap­pelle ces faits car j’ai l’impression que vous en avez oublié les caus­es. Je me trompe peut-être, ou peut-être devriez-vous vous expli­quer. Vous avez peut-être votre pro­pre déf­i­ni­tion de notre révo­lu­tion… Dans ce cas, je pense que vous devriez répon­dre à la ques­tion : “Pourquoi avons-nous eu une révo­lu­tion en 1979 ?”

Le temps est égale­ment venu de clar­i­fi­er vos raisons pour l’éviction des cinéastes. Vos raisons pour vouloir sac­ri­fi­er une vie, une car­rière, au nom de la Révo­lu­tion, ou peut-être ma ques­tion n’est-elle pas la bonne : ne s’agit-il pas tout sim­ple­ment de votre réélec­tion ?

Jafar Panahi, l’un de nos plus impor­tants cinéastes, un ami proche pour lequel j’ai grand respect et admi­ra­tion, est actuelle­ment empris­on­né, par votre gou­verne­ment, par votre loi. Il est con­damné à six ans pour avoir voulu faire un film, un film qu’il n’a même pas réal­isé. Six ans de prison pour en avoir eu l’idée. À cela s’ajoutent vingt ans d’interdiction d’exercer son méti­er et vingt ans d’interdiction de sor­tie de ter­ri­toire. Moham­mad Rasoulof, un autre jeune cinéaste impor­tant, se trou­ve égale­ment con­damné aux mêmes peines. Son crime : avoir tra­vail­lé avec Jafar Panahi.

Ils sont tous deux punis de s’être intéressés à leurs com­pa­tri­otes. Punis d’avoir voulu com­pren­dre les événe­ments de juin 2009. Punis de s’être préoc­cupés des vies per­dues dans les con­flits issus des élec­tions. Dois-je vous rap­pel­er que les can­di­da­tures étaient validées par le régime ? Les choix étaient clairs et par­faite­ment légaux. Jafar Panahi et Moham­mad Rasoulof ont pris leur déci­sion aux côtés de la majorité de notre indus­trie ciné­matographique. C’est devenu le Mou­ve­ment Vert. C’est un droit qui nous avait été don­né.

- Y‑a-t-il un prob­lème à vouloir com­pren­dre pourquoi des gens sont morts lors de nos dernières élec­tions ?
— Pensez-vous que le pays ignore les vio­lences provo­quées par les résul­tats de ces élec­tions ?
— Est-ce un crime que Jafar Panahi veuille faire un autre film ?
— Est-ce un crime que Moham­mad Rasoulof veuille ques­tion­ner la réal­ité ?
— Est-ce parce que les cinéastes veu­lent ten­dre un miroir pour ques­tion­ner la société ?
— Avez-vous peur d’un point de vue qui con­tredi­rait le vôtre ?
Dans ce cas, répon­dez à la ques­tion : “Pourquoi avons-nous eu une révo­lu­tion ?”

Rafi Pitts

Paris, le 24 décem­bre 2010