Critikat

Bilan de la 72e Mostra de Venise

par Josué Morel, Marie Gueden, Nicola Brarda

JUSTE UN POINT (par Josué Morel) On ne reviendra pas sur la déception générale de notre équipe face à cette Mostra globalement dépourvue de bons films (avec quelques exceptions notables mais aucun sommet : 11 minutes, In Jackson Heights, dans une certaine mesure Francofonia de Sokourov et The Event de Loznitsa) : les textes égrainés au cours de cette édition,…

Taj Mahal

par Josué Morel

"Jesus Christ !" : c’est le cri d’exaspération poussé par notre voisin de projection alors que s’amorce la quatrième fin possible de Taj Mahal, deuxième film de l’ex-critique des Cahiers du Cinéma Nicolas Saada. On le comprend : Taj Mahal est un film qui ne démarre jamais vraiment et qui pourtant refuse de s’arrêter, quitte à accumuler les épilogues superflus.…

Heart of a Dog

par Josué Morel

Belle idée de la Mostra que de programmer coup sur coup ce matin les films de Jerzy Skolimowski et de Laurie Anderson, qui partagent au moins deux motifs : le 11-Septembre comme point de bascule d’un changement de notre perception du monde, et ce monde vu à un moment par le truchement d’un chien. À côté de la messe théorique…

De Palma

par Josué Morel

C’est le bol d’air frais du festival, un feel-good movie pour le moins inhabituel mais qui dans le cadre de cette décevante Mostra fait office de pause bienvenue. L’intelligence de Noah Baumbach et de Jake Paltrow est d’avoir restreint leur dispositif documentaire à deux choses : A) la parole affable de Brian De Palma, peu avare lorsqu’il s’agit de livrer…

Anomalisa

par Josué Morel

Derrière les parures atypiques de ce film en stop-motion, coréalisé par Charlie Kaufman (plus connu pour son travail de scénariste pour Spike Jonze et Michel Gondry), se cache en réalité un véritable marronnier du cinéma d’auteur international : donner à voir la solitude qu’engendre le monde contemporain, cet alliage impitoyable de flux et de biais de communication qui font de…

Abluka — Frenzy

par Josué Morel

On a l’impression, à la sortie de Frenzy d’Emin Alper, d’avoir assisté à ce que pourrait donner un remake du Festin nu de Cronenberg par Kornél Mundruczó (White God). Le film repose sur un dosage maladroit entre film de genre et fable politique sur un pays en proie au chaos (attention, titre programmatique), tout en s’aventurant à moitié vers le…

El Clan

par Josué Morel

Dans la course au Lion d’or se trouvent de drôles de concurrents sortis d’on ne sait où (mention spéciale à A Bigger Splash, à qui l’on doit pour l’instant l’idée la plus absurde du festival : remaker l’anecdotique Piscine de Deray avec Matthias Schoenaerts pour remplacer Delon), mais aussi quelques noms familiers, bien rodés aux marathons festivaliers. Pablo Trapero est…

The Childhood of a Leader

par Josué Morel

Comment résumer The Childhood of a Leader, premier film de l’acteur Brady Corbet à l’improbable casting (Robert Pattinson, Bérénice Béjo, Yolande Moreau, Stacy Martin) ? C’est un échec indéniable, un film malade jusqu’à la moelle, mais aux très hautes ambitions : inspiré par une nouvelle de Sartre (L’Enfance d’un chef), le film se rêve comme un croisement entre Le Ruban…

The Danish Girl

par Josué Morel

L’appétit des films « oscarisables » (c’est un genre en soi) pour les figures d’exception et les performances affectées est bien connu : comme attendu, The Danish Girl loge à cette enseigne. Avec ce biopic consacré au « premier transsexuel » (c’est important : c’est un pionnier avant toute chose), Tom Hooper revient à la veine lénifiante et corsetée du…

Strictly Criminal

par Josué Morel

Avec Black Mass, Scott Cooper s’impose comme l’un des faiseurs les plus antipathiques apparus à Hollywood ces dernières années, un modèle de cinéaste paresseux et cynique à la tête de produits calibrés pour les oscars et son collège d’acteurs emperruqués. Inspiré par la vie du gangster Whitey Bulger, à l’origine également du personnage interprété par Jack Nicholson dans Les Infiltrés,…

Francofonia, le Louvre sous l’Occupation

par Josué Morel

Peut-être le film le plus attendu de cette Mostra, Francofonia risque de désappointer nombre des admirateurs d’Aleksandr Sokourov, sacré Lion d’or sur ce même Lido avec Faust. S’il s’en détache par son dispositif, Francofonia affiche ouvertement une grande proximité avec L’Arche russe, et commence d’ailleurs là où le film aîné s'achevait : sur l’image d’un navire transportant symboliquement la mémoire…

Everest

par Josué Morel

Avec son imposant casting (Josh Brolin, Jake Gyllenhaal, Robin Wright, Keira Knightley, Sam Worthington, etc.) et sa promesse d’un survival à spectacle, Everest avait tout l’air d’un bon choix pour ouvrir cette 72ème édition de la Mostra. C’est pourtant à l’arrivée un drôle de blockbuster qui se présente à nous, à la fois old-school (le film joue a minima l’éternel…

Beasts of No Nation

par Josué Morel

Que le nouveau film de Cary Fukunaga, soudainement propulsé au rang de cinéaste à suivre après le carton de True Detective saison 1, se déroule dans un « pays africain sans nom » est en soi un symptôme de la dimension passe-partout de son auteur, caméléon capable de traverser le Mexique (Sin Nombre), la Louisiane (True Detective) ou encore les…

Ventos de Agosto

par Josué Morel

Depuis maintenant un plus d’un an et la révélation des Bruits de Recife, une certaine attention, voire un frémissant enthousiasme, entoure le jeune cinéma brésilien (cf. les sorties récentes de Casa Grande et d’Une seconde mère). Passé par le Festival de Locarno, dont il est reparti avec une mention spéciale, Ventos de Agosto n’a certes ni l’étrangeté troublante ni la…

Floride

par Josué Morel

Attention danger : en se frottant à une figure de vieux grabataire mi-loufoque mi-monstrueux, taillée sur mesure pour le fringant Jean Rochefort, le cinéma de Philippe Le Guay, en équilibre entre la comédie sophistiquée et le téléfilm boulevardier, semble basculer définitivement dans la naphtaline. Claude, industriel à la retraite, aussi malicieux qu’hébété, mène la vie dure à sa fille (Sandrine…

Ted 2

par Josué Morel

Trois ans après son incursion au cinéma avec Ted premier du nom, le système de Seth MacFarlane, auteur de trois séries vaguement cultes (Les Griffin, American Dad et Cleveland Show) semble déjà à bout de souffle : déjà au stade du rebond (un an à peine après le four Albert à l’Ouest, MacFarlane veut se remettre en selle) mais aussi…

Love & Mercy

par Josué Morel

Pour qui considère les Beach Boys comme l’un des plus grands groupes de la courte histoire de la pop music, Love & Mercy promettait joie et euphorie, joie de passer deux heures en compagnie des cathédrales sonores de Brian Wilson et consorts, mais aussi joie, un an après le très beau Jersey Boys de Clint Eastwood, de suivre à nouveau…

Poltergeist

par Josué Morel

Ni simple lifting d’un film culte, ni produit opportuniste marketé pour attirer les ados fraîchement vacanciers, ce remake de Poltergeist, produit par Sam Raimi, est une surprise. Car on n’attendait honnêtement pas grand-chose de cette relecture d’un classique des années 1980, tant le cinéma de genre, faute d’inspiration, a puisé ces dernières années sans vergogne dans le grenier des Craven…

Un moment d’égarement

par Josué Morel

C’est ce que l'on appelle un retour par la petite porte. Sept ans après le diptyque Mesrine, récompensé du César du meilleur réalisateur, Jean-François Richet revient avec ce remake d’un film de Claude Berri, Un moment d’égarement, où un homme, au cours d’une soirée alcoolisée, se laisse séduire par la fille mineure de son meilleur ami. Titre malheureux, qui résume…

Vice Versa

par Josué Morel

Les dernières minutes de Toy Story 3, déchirant adieu à l’enfance, ont peut-être eu, dans notre inconscient cinéphile, valeur d’adieu à Pixar. D’autant que cette impression s’est vue confirmée par le niveau en-deçà des productions qui ont suivi, si bien que brusquement l’usine à rêves semblait désormais à l’arrêt, tandis que ses plus brillants techniciens (Brad Bird, Andrew Stanton) s’envolaient…