Critikat

Les Jours heureux

par Ariane Beauvillard

Documentaire classique dans sa construction et son équilibre entre mémoire orale et narration historique, Les Jours heureux s'intéresse à un pan de l'histoire de la Résistance et de la reconstruction politique de guerre et d'après-guerre assez peu visité par la non-fiction : la création et le destin du programme du CNR (Conseil National de la Résistance). Si l'on peut regretter…

Les Voyages de Sullivan

par Ariane Beauvillard

Roi de la screwball comedy, Preston Sturges ne s'est pas contenté d'en développer les ficelles principales que sont les luttes sociales, la sortie de la norme familiale ou les conflits générationnels et sexuels. Avec Les Voyages de Sullivan, il porte le genre à un tout autre niveau, celui du méta-cinéma, poussant la mise en abyme plus loin que dans ses…

La Santé dans l’assiette

par Ariane Beauvillard

Mangez des navets, donc, mais ne comptez pas trop sur le film de Lee Fulkerson pour éclairer votre lanterne alimentaire. Ce méli-mélo de reportages bas de gamme et d'instantanés pamphlétaires à la Michael Moore mène irrémédiablement au déversement de confusions, d'erreurs et de simplisme où la personnalité du réalisateur et son expérience individuelle sont érigées en exemple d'une part et…

À la recherche de Mister Goodbar

par Ariane Beauvillard

À la recherche de Mister Goodbar fait le portrait d'une génération qui, non contente de se libérer de la tutelle moralisatrice de ses parents, tombe dans les bras de la consommation de masse. Sans gêne et à corps perdus, elle entre dans un conformisme nouveau : celui du désir trop assouvi, trop rapidement satisfait. Richard Brooks développe, sans moralisme aucun,…

Cinema Komunisto

par Ariane Beauvillard

On s'étonne parfois de la sortie en salles de certains films à l'ambition cinématographique limitée voire absente. Pour ce qui est de Cinema Komunisto, la surprise dépasse le simple constat de l'échec visuel : film à la gloire des années titistes, ce documentaire de montage fait sans cesse s'entrechoquer le rire à gorge déployée et l'affliction la plus totale. Il…

Un nuage dans un verre d’eau

par Ariane Beauvillard

Un nuage dans un verre d'eau, premier film de son auteur Srinath Christopher Samarasinghe, semble parfois handicapé par une volonté de trop bien faire. Malgré tout, on trouve dans ce coup d'essai quelques jaillissements qui appellent une forme d'attente de l'œuvre à venir, un poil plus mature. Un nuage dans un verre d'eau est clairement atteint du syndrome du premier…

George Cukor

par Ophélie Wiel, Marie Bigorie, Ariane Beauvillard

George Cukor a connu le muet avant le parlant. Peut-être tirera-t-il de cette expérience, doublée d'un premier parcours artistique au théâtre, l'importance de la direction d'acteurs. Ce qui ne signifie pas que Cukor soit un réalisateur de stars. Il a cependant eu la volonté, tout au long de sa carrière, de Tarnished Lady en 1931 à Riches et célèbres en…

Indiscrétions

par Ariane Beauvillard

Cinéaste des femmes s'il en est, George Cukor réalise pour Indiscrétions le fantasme de tout un chacun : faire une comédie parfaite réunissant les deux monstres du genre, Cary Grant et James Stewart, autour de la déesse Hepburn, tout en conservant les grands thèmes d'une screwball comedy bien plus sophistiquée que d'habitude. Indiscrétions est également l'un des films les plus fins,…

Enquête sur une passion

par Ariane Beauvillard

Réalisateur qui n'est jamais vraiment sorti de son statut de chef opérateur, notamment pour David Lean, Nicolas Roeg fit chavirer les regards curieux de certains en 1980 tandis que son style désordonné et fragmentaire ennuyait les autres. De ce méli-mélo punk avant l'heure, il reste aujourd'hui quelques jaillissements poétiques ou impromptus, un peu noyés parfois dans une valse oscillant entre…

Hiroshima mon amour

par Ariane Beauvillard

Commander à Alain Resnais en 1959 un film sur la paix, c'était évidemment provoquer chez cet admirateur du Nouveau Roman une nouvelle forme cinématographique qui avait à peine éclos en quelques films. Ouvrant la voix à L'Année dernière à Marienbad, réalisé deux ans plus tard, Hiroshima mon amour est un film torturé, emprunt des blessures physiques de chacun, des séquelles…

Le Quatuor

par Ariane Beauvillard

Ce n'est pas sans espoir et sans émotion que l'on voit apparaître en ouverture le symbole de la RKO, l'une des sociétés de production indépendantes les plus représentatives de l'âge d'or hollywoodien. Pourtant, rien n'y fait : cette histoire de relations amoureuses et amicales, dont le moteur musical n'est jamais réellement mis en scène, se perd dans les méandres de…

Broken City

par Ariane Beauvillard

Il faut bien avouer qu'un film d'Allen Hughes (Le Livre d'Eli) avec Mark Wahlberg en flic alcoolique et Russell Crowe en maire de New York corrompu n'intrigue que fort peu sur le papier. Et pourtant... rien. L'alignement de clichés, l'accumulation de préciosités scénaristiques et le refus absolu de toute subtilité qui sortirait ce film complotisant de la compilation des morceaux…

Electrick Children

par Ariane Beauvillard

Premier long-métrage de sa réalisatrice, Electrick Children est un joli coup d'essai qui assume ses imperfections et ses flottements : le film est, certes, parfois un peu plombé par ses références et ses accroches symboliques, mais il reste une ode brumeuse et poétique à la découverte adolescente. Si Rebecca Thomas lorgne pour son premier film sur le Gus Van Sant…

Quelque part dans la nuit

par Ariane Beauvillard

Mankiewicz est probablement l'un des représentants les plus honorables du cinéma mental. Si Quelque part dans la nuit est un rejeton plus mineur de sa filmographie que Soudain, l'été dernier ou Chaînes conjugales, il témoigne néanmoins de la complétude d'un cinéma qui n'oscille pas entre deux genres (le drame psychologique et le film noir) ou deux entités (le personnage et…

Take This Waltz

par Ariane Beauvillard

Directement sorti en DVD dans nos contrées, Take This Waltz a pourtant obtenu un succès d'estime outre-atlantique, en partie grâce à la présence lumineuse de Michelle Williams. Le cinquième film de Sarah Polley fait partie de ces "petites œuvres" non dénuées de charme, mais à l'ambition peut-être trop sage et linéaire pour sortir du lot des comédies de mœurs traitant…

Une place au soleil

par Ariane Beauvillard

George Stevens, surtout célèbre pour Géant, saga familiale crépusculaire un peu surannée qui a la particularité d'être le dernier film de James Dean, a également reçu l'Oscar du meilleur réalisateur pour Une place au soleil en 1952, face à Minnelli, Kazan, Huston et Wyler... rien que cela! Nous ne nous adonnerons pas à une factice hiérarchisation des films en présence…

L’Amour d’une femme

par Ariane Beauvillard

Il fallut attendre les années 1970 pour que la plupart des films de Jean Grémillon soient retrouvés puis restaurés. Si l'on évoque souvent Gueule d'amour qui avait donné son sobriquet à Gabin et l'un de ses seuls réels succès publics à son auteur, l'histoire du cinéma français et la critique ont souvent eu tendance à oublier l’œuvre majeure de Grémillon,…

Pietà

par Ariane Beauvillard

Un temps loué pour ses portraits de classes populaires naviguant entre l'onirisme et l'absurdité, Kim Ki-duk se laisse pourtant, encore une fois, aller à la description un brin gratuite d'une société coréenne déterminée par la violence et l'abandon. On ressent à chaque changement de rythme et presque à chaque plan la présence d'un réalisateur persuadé de son propre talent et…

Guerrière

par Ariane Beauvillard

Filmer la violence n'est pas chose facile, d'autant moins quand cette violence est politique et enserrée dans l'histoire nationale du réalisateur. Pour son premier long-métrage, David Wnendt suit la trajectoire fatale d'une jeune néo-nazie plombée par l'autorité des hommes qui l'entourent. Mais, au-delà de ce portrait féminin fasciné, la représentation de la violence, objet d'esthétique autant que de critique, perd…

La Famille de Nicky

par Ariane Beauvillard

On ne peut guère se limiter à juger, dans la composition d'un film, les intentions morales ou historiques, aussi louables soient-elles, de son réalisateur et de ses participants. La Famille de Nicky fait partie de ces œuvres qui-ont-le-mérite-de, mais ne réussissent pas à dépasser leur trame mémorielle et ne parviennent pas à faire sens cinématographiquement. Entre mélange des genres assumé…